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«Aux Philippines, le président Duterte a institutionnalisé les meurtres»

Le FIFDH se penche sur la croisade antidealers du président philippin. Un film dévoile les dessous de cette sale guerre

«Je suis devenu un tueur de trafiquants de drogue à plein-temps». Ainsi parle Albert, un tueur à gages dont les affaires semblent bien tourner depuis l’accession au pouvoir de Rodrigo Duterte, en juin 2016. Le nouveau président des Philippines jurait alors qu’il allait débarrasser son pays des dealers et des consommateurs de shabu, la méthamphétamine locale, donnant à sa police un véritable «permis de tuer». Albert, c’est l’un des personnages de «Philippines, tirs à vue sur les dealers», un documentaire de Chloé Rémond, diffusé ce samedi dans le cadre du Festival du film et forum international des droits humains. Cette journaliste free lance installée depuis deux ans à Manille a plongé dans les coulisses de cette sale guerre, qui a déjà fait 8000 morts en huit mois.

Albert, donc, est un des rouages cachés de cette folle croisade. Garde du corps de profession, il explique comment de tueur à gages occasionnel, uniquement «pendant les périodes électorales», il est devenu un professionnel des meurtres sur commande. Un business rentable. Jugez plutôt: seize personnes abattues en seulement deux mois, explique-t-il en montrant son arsenal à la caméra, et affirmant qu‘il a pour employeur un colonel et deux officiers supérieurs de la police nationale. Un consommateur mort vaut 350 francs, un baron du trafic jusqu’à 2800. «La police philippine a reçu carte blanche pour tuer, mais des privés sont aussi engagés pour faire le sale boulot, explique Chloé Rémond. Ces enrôlements en marge des actions policières sont directement liés au fait que les policiers eux-mêmes sont souvent impliqués dans le trafic de drogue. Il faut se débarrasser des gens avant qu’ils ne parlent».

Les Philippins, eux, peuvent suivre tous les jours à la télévision les épisodes de la saga contre les dealers, la police philippine œuvrant volontiers avec des journalistes et des cameramen embarqués lors de ses raids spectaculaires. Duterte veut montrer au plus près son action, d’où cette hypermédiatisation voulue des cadavres allongés sur le sol, une quarantaine chaque nuit dans les bidonvilles de Manille.

Cadavres exposés, scènes de crime maquillées par les policiers pour justifier la légitime défense, la présomption d’exécutions extrajudiciaires saute aux yeux. «Mais à part quelques opposants, et l’Eglise qui commence à se mobiliser, ces exécutions ne choquent quasi personne, souligne Chloé Rémond. Pourquoi? Parce que ces pratiques existent depuis fort longtemps, Rodrigo Duterte n’a fait que les institutionnaliser. Une majorité de Philippins soutiennent l’action du président, car les pauvres voient en Duterte l’homme qui rompt avec le passé d’un pays trop longtemps trusté par quelques grandes familles. Duterte, c’est celui qui nettoie le pays, et son plan d’action pour les pauvres, sa volonté notamment de leur donner accès à des programmes de planning familial au grand dam de l’Eglise est perçue comme une mesure très progressiste. Dans ce contexte, pour la rue, les violations des droits humains sont des mots vides de sens».

Le documentaire montre aussi l’une des conséquences de cette guerre sans merci: des prisons qui débordent, avec des prisonniers contraints littéralement de dormir les uns par-dessus les autres. Comment faire autrement quand 159 détenus cohabitent dans une cellule prévue pour 13? Et ce n’est pas le seul effet collatéral de la politique de la terre brûlée de Duterte, selon Chloé Rémond: «Aujourd’hui, le prix de la méthamphétamine a explosé, rendant encore plus attractive l’économie du crime.»

«Philippines, tirs à vue sur les dealers» De Chloé Rémond. Film et débat à 20 h 30 à l’Espace Pitoëff, Genève.

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