Pékin au ralenti pour échapper au virus

ChineLes mesures se multiplient pour endiguer le virus, donnant une ville délaissée par ses habitants, alors que plus de 100 cas, dont un mort, ont été recensés dans la capitale chinoise.

Les seuls habitants qui s'aventurent dehors ont tous la bouche protégée par un masque.

Les seuls habitants qui s'aventurent dehors ont tous la bouche protégée par un masque. Image: Reuters

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Alors que des dizaines de millions d’habitants de la région du Hubei, d’où le virus s’est propagé, sont forcés au confinement depuis maintenant une semaine, leurs concitoyens de Pékin vivent eux aussi reclus dans leur logement d’une ville devenue fantôme. Dans les rues, les artères sont vides et la mégalopole chinoise, traditionnellement congestionnée, s’est transformée en paradis pour les automobilistes.

Chen est un chauffeur Didi, l’équivalent local d'Uber, qui se plaît à déambuler dans ce Pékin vide. Masque sur le visage, comme il est obligatoire désormais pour les conducteurs de la plateforme, il affirme que le virus est sur toutes les bouches: «Vous n’avez qu’à observer autour de vous, la ville est au ralenti.»

Les seuls habitants à s’être aventurés dehors ont tous la bouche protégée, à l’exception de quelques touristes. Des touristes qui sont presque invisibles sur la place Tian'anmen, qui fait face au portrait de Mao Zedong et la Cité interdite. L’ancien palais des empereurs a retrouvé ses fonctions d’antan, et ses imposantes portes protégées par des gardes eux aussi masqués sont fermées jusqu’à nouvel ordre. Devant l’avancée du virus, les autorités de la municipalité de 21 millions d’habitants ont décidé de fermer un grand nombre de sites touristiques. Outre la Cité interdite, des parcelles de la muraille de Chine sont également inaccessibles, ainsi que tous les temples de la ville, laissant les Chinois dépourvus de lieux pour célébrer le Nouvel-An lunaire, la fête la plus importante du calendrier local.

Période de congé prolongée

Pour limiter la contagion, la Chine a également prolongé la période de congé. Initialement prévu le 31 janvier, les Chinois reprendront le travail le 2 février seulement, histoire de limiter le flux des centaines de millions de citoyens revenant dans les villes. Plusieurs métropoles ont également mis à l’arrêt les liaisons de bus à longue distance entre provinces, et les autorités ont suspendu 40 trains à destination de la capitale. L’ensemble des établissement scolaires de Pékin, de la maternelle aux universités, ont repoussé sine die la rentrée des classes. Pendant ce temps, les écoles doivent mettre en place des scanners corporels de température, et le port du masque sera obligatoire. La Beijing Film Academy a été mis en quarantaine, d’après les médias locaux. Les salariés comme les étudiants situés à l’extérieur du complexe sont encouragés à ne pas retourner sur le campus.

Dans le quartier de Xidan, les dizaines de magasins accueillent en temps normal des milliers de Pékinois chaque jour. Mais aujourd’hui, c’est le silence et le calme qui règnent. À l’entrée des centres commerciaux, un garde prend la température des quelques clients qui en poussent les portes. «36,2 degrés, c’est bon vous pouvez passer», lâche le vigile qui ne laisse entrevoir que ses yeux. «Je n’ai encore contrôlé personne avec de la fièvre, mais si c’est le cas, je dois tout de suite contacter les services hospitaliers pour que la personne soit prise en charge», poursuit-il sur un ton sérieux.

Ces dispositifs se multiplient dans la capitale et se retrouvent dans plusieurs lieux publics, tout comme le métro. L’ensemble du réseau sous-terrain, l’un des plus vastes au monde, a déployé ces systèmes de contrôle de température, opéré par un personnel affublé d’une combinaison intégrale.

«Les affaires vont bien»

De quoi impressionner cette jeune habitante originaire du Guangdong, qui fait quelques provisions dans une épicerie. «Mes parents avaient prévu de me rejoindre à Pékin pour passer le réveillon lunaire (ndlr: célébré vendredi dernier). Mais devant l’avancée de l’épidémie, ils ont annulé leur voyage, alors je me retrouve seule dans mon appartement. Je ne sors plus de chez moi à part pour acheter à manger ou à boire. De toute façon il n’y a rien à faire. Tout le monde est parti et tout est fermé», lance-t-elle désabusée.

D’autres continuent leur vie, comme le chauffeur de Didi, qui assure que les affaires vont bien: «J’ai une vingtaine de clients par jour, comme d’habitude. Les gens privilégient la voiture au métro, pour éviter les lieux bondés et par peur d’être contaminés», explique Chen qui prend le soin de passer un coup de polish tous les matins dans sa voiture. Bien que confiant, il ne prend plus les passagers qui se rendent dans les hôpitaux et demandent aux clients qui toussent de descendre immédiatement de son véhicule: «Je ne veux prendre aucun risque.» Il observe aussi que plusieurs lotissements n’acceptent plus que les véhicules étrangers pénètrent à l’intérieur des grilles. Chen conclut la course en souhaitant «bonne santé» et en prodiguant un petit conseil: «Faites confiance au Parti communiste chinois.»

Le secrétaire général du PCC et président chinois Xi Jinping a réitéré mardi mettre tout en œuvre pour remporter la bataille contre ce virus qu’il a qualifié de «diable», devant le directeur de l’OMS en visite dans le pays. L’institution onusienne a de nouveau salué l’attitude chinoise et se refuse toujours à déclarer une «urgence sanitaire internationale». Une mesure prise à de rares occasions dans l’histoire et qui porterait un coup certain à l’économie de la seconde puissance mondiale.

Créé: 29.01.2020, 14h10

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