Le pays où le sac plastique est roi

PakistanL'environnement est loin d'être un enjeu prioritaire pour les Pakistanais, qui utilisent énormément de sacs plastiques.

Quelque 55 milliards de sachets sont produits chaque année au Pakistan, soit 0,7 sac utilisé chaque jour par habitant. (Vendredi 2 août 2019)

Quelque 55 milliards de sachets sont produits chaque année au Pakistan, soit 0,7 sac utilisé chaque jour par habitant. (Vendredi 2 août 2019) Image: AFP

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Le cadre de montagnes pré-himalayennes est sublime, mais à y regarder de plus près, la jolie rivière qui serpente dans la vallée est jonchée de plastique. A l'heure où le monde se réveille aux dangers du suremballage, le Pakistan fait figure de cancre. En cause: des institutions faibles, mal armées pour faire face à des problèmes environnementaux complexes, et un public mal aiguillé, qui ne suit pas.

Les sacs plastiques à usage unique tuent chaque année un million d'oiseaux, des centaines de milliers de mammifères marins et tortues et d'innombrables poissons. Quelque 127 pays, dont le Pakistan, ont déjà légiféré sur le problème, selon l'ONU.

Mais ils restent omniprésents dans ce pays d'Asie du Sud, où les politiques environnementales se décident au niveau provincial ou local, sans coordination ni volet éducatif. Pour la population, souvent pauvre et illettrée, ces enjeux sont loin d'être prioritaires.

Dans le district verdoyant et montagneux de Chitral (Nord-Ouest), relativement en pointe sur le sujet, deux décrets ont bien été signés en deux ans pour interdire les sachets. Mais dans le principal marché, chaque passant semble en tenir un.

«Moi j'aime les sacs plastiques», affirme Khairul Azam, croisé dans une épicerie. «Quand j'arriverai chez moi, je les jetterai dehors», explique-t-il. «Je sais que ce n'est pas bien, mais nous n'avons pas de collecte des déchets».

«Lutter pour l'environnement, je ne comprends pas ce que ça veut dire», observe Mohammad Tahir, un vendeur de 42 ans. A une poignée de sa brouette, où il entrepose ses légumes, pend une liasse de sachets destinés à ses clients.

«De plus en plus petit»

Les «shoppers» (leur nom local) constituent un fléau au Pakistan. Partout, ils tapissent les bords de route, les chemins de campagne, les cours d'eau, bloquent les canalisations, provoquant inondations et remontées d'eaux usées. La mer d'Arabie, où se déversent les égouts de Karachi, mégalopole de 20 millions d'habitants, en est saturée.

D'après une étude du Centre de recherche environnemental allemand Helmholtz, le fleuve Indus, qui traverse le Pakistan de part en part, est la deuxième rivière la plus polluée au plastique au monde, derrière le Yangtsé, en Chine. Les déchets qui ne sont pas jetés aux quatre vents sont souvent brûlés par les habitants, générant des fumées toxiques. Aucune étude nationale sur les conséquences en termes de santé publique n'est disponible.

«Le plastique ne se dégrade pas. Il devient juste de plus en plus petit», observe Hassaan Sipra, un chercheur environnemental. «Les animaux en mangent. Puis on mange les animaux. Cela génère des dysfonctionnements du foie, du diabète, des diarrhées», énumère-t-il, en écho à un récent rapport de l'ONG WWF montrant qu'un être humain ingère jusqu'à 5 grammes de plastique par semaine, soit le poids d'un carte de crédit.

Quelque 55 milliards de sachets sont produits chaque année au Pakistan, selon une association de fabricants. Soit 0,7 sac utilisé chaque jour par habitant. Dans l'Union européenne, où des mesures strictes ont été prises, notamment dans les pays du Nord, ce ratio est de 0,5.

Plastique «culturel»

Economique et pratique, le sac plastique est devenu «culturel» au Pakistan, déplore Nazifa Butt, chercheuse pour WWF. «On ne vous servirait jamais une tasse de thé sans une soucoupe. On ne vous vendra jamais rien sans un plastique. Ce serait considéré comme une insulte».

Quand un Pakistanais achète un stylo ou une bouteille d'eau, il les reçoit donc dans un «shopper»... souvent jeté au sol à peine sorti du magasin. «Les gens manquent d'une conscience environnementale de base», remarque Mme Butt, partisane d'une campagne nationale de «porte-à-porte» sur le sujet.

A Chitral, les autorités ont d'abord interdit les sachets en 2017, mettant l'accent sur les sacs en tissu. La mesure a été renouvelée cette année. Depuis mi-mai, seuls les sacs biodégradables sont autorisés, bien que leur impact sur l'environnement soit également considéré comme négatif.

En parallèle, des campagnes de «sensibilisation» à l'environnement sont menées dans les écoles, selon un fonctionnaire local. Mais les résultats laissent à désirer. Nombre de commerçants ne proposent pas les sacs «bio». «Le gouvernement local n'est pas sincère», regrette Shabir Ahmad, le président du syndicat des commerçants de Chitral. «Il ne fait jamais de contrôles».

«Je pourrais confisquer tous les sacs plastiques en une heure. Mais ensuite quelle serait l'alternative ?», répond Khurshid Alam Mehsud, le responsable administratif du district, qui demande plus «de temps».

«Une histoire d'amour qui doit cesser»

Chitral n'est pas pionnière dans la lutte contre les shoppers. Les provinces du Sindh (Sud), de Khyber-Pakhtunkhwa (Nord-Ouest, dont Chitral fait partie), et les villes de Lahore (Est) ou encore Islamabad en ont aussi proscrit l'usage, parfois plusieurs fois. Mais rien n'a changé sur le terrain, faute d'application des lois.

Le gouvernement du Premier ministre Imran Khan, aux préoccupations environnementales affichées, veut corriger cela, affirme son ministre du Changement climatique, Malik Amin Aslam.

Au 14 août prochain, les sacs plastiques seront ainsi interdits dans la capitale, les contrevenants soumis à de lourdes amendes. «Cette histoire d'amour du Pakistan avec les plastiques doit cesser», tonne M. Aslam, qui espère faire d'Islamabad un «modèle» dans le pays.

Les industriels du plastique, qui disent faire travailler 400'000 personnes directement ou indirectement, grognent. «Si nous avons le choix entre fermer le Pakistan et fermer des usines, nous fermerons des usines», tranche le ministre Aslam. Et d'ajouter: les sacs plastiques sont «une menace pour la santé, pour l'économie, pour l'environnement. Nous devons nous en débarrasser». (afp/nxp)

Créé: 02.08.2019, 06h47

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