«Nous, Hongkongais, nous ne nous rendrons pas»

ChineAlors que Pékin prépare son opinion publique à une répression, les contestataires affichent leur détermination.

Des troupes chinoises se massent à Shenzhen, non loin de la frontière. Il ne faut «que dix minutes pour atteindre Hong Kong», a menacé jeudi l’armée chinoise.

Des troupes chinoises se massent à Shenzhen, non loin de la frontière. Il ne faut «que dix minutes pour atteindre Hong Kong», a menacé jeudi l’armée chinoise. Image: REUTERS

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«Nous Hong­kongais, nous ne nous rendrons pas.» Voilà pour seule réponse la position d’un manifestant sur la présence de chars chinois à la frontière. Ce discours jusqu’au-boutiste est sur les lèvres de nombreux contestataires qui n’entendent pas baisser les armes dans ce qu’ils nomment leur «dernière bataille pour la liberté».

Alors que la mobilisation qui avait réuni jusqu’à deux millions de personnes en juin avait été accueillie par un silence assourdissant de Pékin, le régime communiste assimile désormais les manifestants à des terroristes. Ce durcissement dans la rhétorique s’est accompagné de vastes campagnes de propagande sur les réseaux sociaux, ciblant tous azimuts des figures de l’opposition ou des entreprises ayant apporté un soutien à la contestation. Des médias officiels chinois ont diffusé mercredi des images de colonnes de blindés roulant vers Shenzhen en vue d’exercices à grande échelle. Jeudi, l’armée a été encore plus explicite en affirmant qu’il ne faut «que dix minutes pour atteindre Hong Kong» depuis le lieu où ces forces ont été concentrées. Le message d’intimidation est clair.

Le bluff de Pékin

«La campagne de propagande en ligne est juste une tactique conventionnelle de Pékin», commente la députée Claudia Mo. «Par contre, ce qui se passe à la frontière est un peu inquiétant. Mais j’espère qu’il ne s’agisse encore que d’une menace, que Pékin comprend que nous ne sommes plus en 1989 à Tian’anmen et que la pression internationale serait impitoyable si l’armée intervenait, avec des sanctions économiques, diplomatiques ou commerciales américaines.» Pour les manifestants rencontrés sur le terrain, le bluff de Pékin ne fait aucun doute. Et pour signifier que l’intimidation du régime ne fonctionne pas, certains d’entre eux ont paralysé l’aéroport mardi pour le second jour d’affilée et s’en sont violemment pris à un journaliste et à un touriste chinois. Un appel à une nouvelle manifestation a par ailleurs été maintenu pour dimanche.

«Je n’ai pas peur, d’abord parce que les militaires sont encore de l’autre côté de la frontière, et ensuite parce que, si le gouvernement a réellement l’intention d’écraser la contestation avec l’armée chinoise, on cessera les manifestations juste le temps qu’ils s’en aillent», témoigne une étudiante de 20 ans rencontrée lors du sit-in à l’aéroport.

«Pas mieux que la mort»

«Dans l’immédiat, il est absolument indispensable de continuer notre combat pour la liberté, je ne peux même pas supporter l’idée de ce que deviendrait Hong Kong si la loi sur l’extradition passait, parce que vivre sans liberté n’est pas mieux que la mort», poursuit-elle derrière son énorme masque à gaz censé protéger son anonymat. «Et même si, au final, nous ne pouvons pas peser, même si l’armée chinoise peut venir, je ne veux pas regretter de n’avoir rien fait quand il était encore temps», poursuit celle qui consacre toutes ses vacances à la cause, constituant avec ses amies des stands de ravitaillement lors des rassemblements. Son discours, comme chez de nombreux autres jeunes galvanisés par l’action, est teinté d’un certain romantisme mais il n’en témoigne pas moins d’une réelle pugnacité.

Quelle stratégie adopter désormais? La question fait débat sur Telegram, la messagerie cryptée grâce à laquelle les militants élaborent leurs actions. «L’incident de l’aéroport est aussi largement discuté, mais la philosophie est de ne pas abandonner nos frères d’armes, même si nous désapprouvons les actions violentes», explique un militant. Selon lui, il n’est pas impossible que d’autres dérapages violents aient lieu, même si cela chauffe à blanc l’opinion publique chinoise et peut servir de prétexte pour une éventuelle intervention de l’armée.

Mouvement sans meneur

«Chaque groupe, chaque forum, chaque individu fait ce qu’il pense être efficace, personne ne donne d’ordre», poursuit le militant. Depuis le début de la contestation, plus de 500 personnes ont été interpellées, dont le fondateur d’un parti indépendantiste interdit. Cela n’a en rien arrêté un mouvement dépourvu de meneur identifié et donc difficile à décapiter. «Nous n’avons aucun contrôle sur ce qui va arriver», résume la députée Claudia Mo, «mais nous devons impérativement avoir un front uni et préserver l’unité».


Donald Trump fait un premier pas prudent

Le président des États-Unis s’est immiscé prudemment dans la crise à Hong Kong. Il a d’abord semblé proposer mercredi sur Twitter une rencontre avec le président chinois, Xi Jinping. Il a clarifié ses propos jeudi en conseillant à ce dernier de rencontrer les manifestants pour une issue «heureuse et éclairée au problème de Hong Kong».

Les médias américains ont révélé mercredi que des hauts responsables de la Maison-Blanche avaient conseillé à Donald Trump d’apporter son soutien aux manifestants prodémocratie. Obnubilé par sa volonté d’obtenir un accord commercial avec la Chine, il a opté pour une autre stratégie, soit sa posture habituelle lors de négociations: au lieu de condamner ou de critiquer, il a loué Xi Jinping mercredi sur Twitter: «C’est un grand chef d’État qui est vraiment respecté par son peuple.»

«Donald Trump semble avoir une approche transactionnelle de la politique étrangère, et dans son esprit tout peut être un argument dans une négociation, explique le Pr Jacques deLisle, un expert de la Chine à l’Université de Pennsylvanie. Toute indication publique de la part du président américain selon laquelle il refuserait de critiquer la Chine sur la question de Hong Kong en échange d’une concession commerciale de Pékin l’exposerait à de vives critiques aux États-Unis. Mais cela ne l’a pas empêché d’envoyer des signaux à Pékin suggérant que son attitude conciliante sur Hong Kong devrait lui valoir la reconnaissance de Xi Jinping.»

Depuis le début du mois, les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis sont montées d’un cran avec l’annonce de Pékin de geler tous ses achats de produits agricoles américains. Washington a répondu en accusant la Chine de manipuler sa monnaie. Dans ce contexte économique tendu, Donald Trump a opté mercredi pour l’ambiguïté sur Hong Kong. «Donald Trump ne montre guère d’intérêt pour la politique étrangère américaine traditionnelle, qui consistait à défendre la démocratie et les droits de l’homme, conclut Jacques deLisle. Sa position sur Hong Kong est à la fois incohérente et peu serviable. Il est passé de l’indifférence au respect pour la gestion de la crise de Xi Jinping. Pour ma part, j’estime, comme la majorité des experts, que les chances de parvenir à un accord commercial d’envergure sont très faibles, indépendamment de la question de Hong Kong.»

Jean-Cosme Delaloye, New York

Créé: 15.08.2019, 21h58

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