Le No 3 du Vatican jugé pour agressions sexuelles

AustralieFace à la justice de son pays natal, l’argentier du pape, George Pell, a plaidé non coupable pour des actes commis sur des enfants.

Le cardinal George Pell quitte le tribunal de Melbourne, mardi, après avoir assuré qu’il plaiderait non coupable lors de son procès.

Le cardinal George Pell quitte le tribunal de Melbourne, mardi, après avoir assuré qu’il plaiderait non coupable lors de son procès. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le numéro trois de l’Église catholique, secrétaire pour l’Économie du Vatican, actuellement en congé de ses fonctions, fera face dès ce mercredi matin à un jury pour répondre d’agressions sexuelles sur des mineurs. Mardi, le cardinal George Pell, 76 ans, a choisi de plaider non coupable. La procédure promet de durer plusieurs mois, et l’ancien archevêque de Melbourne et de Sydney le sait déjà: il ne peut désormais plus quitter le pays.

La justice a retenu un tiers de toutes les plaintes issues de multiples victimes entendues durant les auditions préliminaires, tenues à huis clos, en mars. La question centrale au cœur de ces quatre semaines d’examens préliminaires a été celle de la crédibilité des témoins, et les plus graves accusations ont été écartées faute de preuves solides.

Questions brutales

Menant une lutte pied à pied, l’avocat de George Pell n’a pas ménagé ses efforts, questionnant de manière brutale les personnes concernées, évoquant des motifs cachés ou leur état mental et réclamant même la démission de la juge. À cela s’ajoute l’abandon d’un cas concernant une victime décédée d’une leucémie.

En réaction aux attaques effectuées contre les plaignants, la journaliste australienne Louise Milligan, auteure du livre «Grandeur et décadence de George Pell», a lancé: «La crédibilité des victimes est détruite à cause de leur passé criminel. Or cette trajectoire, tout comme celle de la drogue et de l’alcoolisme, est typiquement la conséquence des abus subis.» Elle aussi a été entendue durant le prélude judiciaire, accusée par l’avocat de la défense d’avoir tenté d’influencer le cours de la justice avec son livre.

Caractéristique principale de ce procès, la plus grande discrétion est de mise. Peu de détails ont été révélés, de manière à préserver tant le bon déroulement de la justice que l’anonymat des plaignants. Quelques reportages de la chaîne publique ABC ont pourtant dévoilé certains aspects. Les actes supposés se seraient déroulés dans un cinéma, une piscine et une cathédrale entre les années 70 et 90. Au final, les contradictions des témoins, la faiblesse d’un souvenir ou les interviews données à la presse ont pesé dans la décision du juge.

Malgré tout, la foule de manifestants restée à l’extérieur du tribunal a crié victoire à la sortie de George Pell, brandissant des pancartes indiquant que «chaque enfant a droit à une enfance en sécurité et heureuse».

L’avocat du prévenu condamne une campagne visant à détourner sur l’archevêque des accusations concernant d’autres prêtres. L’homme d’Église avait lui-même reconnu avoir failli à traiter les cas de prêtres pédophiles survenus il y a une quarantaine d’années dans l’État de Victoria, mais il maintient son innocence et souligne être revenu volontairement en Australie pour répondre aux accusations le visant.

L’Église catholique dans son ensemble fait désormais profil bas. L’archevêché de Melbourne a diffusé un simple communiqué de presse dans lequel il déclare s’en remettre au travail de la justice. Cette position prudente est aussi celle du pape François, précise-t-il.

Le précédent chilien

Le souverain pontife démontre ainsi qu’il veut éviter l’erreur commise dernièrement au Chili avec le cas du prêtre pédophile Fernando Karadima, 80 ans. Le pape François avait exprimé ses profondes excuses pour son manque de jugement lorsqu’il avait, dans un premier temps, discrédité ses victimes. Le week-end passé, il a reçu ces trois hommes pour de longues entrevues personnelles au Vatican, à l’issue desquelles ils ont exprimé leur gratitude. L’un d’eux, l’écrivain et philosophe José Andrés Murillo, a confié: «L’Église doit quitter son rôle d’abuseur pour devenir un allié.»

Créé: 01.05.2018, 19h16

Articles en relation

Trois conseillers du pape ont couvert des prêtres pédophiles

Le Vatican Le cardinal George Pell a été inculpé d’abus sexuels. Le pape François a-t-il été complaisant à l’égard de trois de ses conseillers? Plus...

«Le silence des évêques sur les affaires de pédophilie a continué bien après 2000»

Monde Une enquête journalistique jette un éclairage cru sur des évêques ayant eu connaissance d’actes pédophiles. Plus...

Des affiches pour briser le tabou de la pédophilie dans l’Eglise en France

Montpellier Un cellule d’écoute et d’accompagnement pour les victimes a été mise sur pied par le diocèse catholique Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.