Les mégapoles asiatiques risquent d’être submergées

Urbanisme La prochaine conférence sur le climat se prépare à Bangkok. La capitale thaïlandaise est elle-même en péril.

La ville de Bangkok submergée par les eaux en octobre 2014.

La ville de Bangkok submergée par les eaux en octobre 2014.

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Bangkok sera-t-elle submergée dès 2030? Selon les prévisions de la Banque mondiale, «près de 40%» de cette ville de plus de dix millions d’habitants pourraient être inondés dans un proche avenir. Car la mégapole s’enfonce inexorablement, alors même que le réchauffement planétaire provoque une montée des eaux. C’est donc fort à propos que la capitale thaïlandaise accueille de mardi à dimanche la réunion préparatoire de la COP-24, la prochaine conférence de l’ONU sur le climat. Mais ce n’est là qu’une des nombreuses mégapoles côtières en péril. Voyez plutôt.

Bangkok, la Venise d’Orient

Rappelez-vous. Plus d’un cinquième de la capitale avait été submergé en 2011. Le quartier des affaires avait certes été épargné grâce à des digues dressées à la hâte, mais pas les zones périphériques. Or ce scénario est appelé à se répéter de plus en plus souvent. Car, alors même que les événements climatiques extrêmes se multiplient, la mégapole s’affaisse progressivement sous le poids des gratte-ciel qui ne cessent de grimper. Année après année, elle perd un à deux centimètres. Il faut dire que cette cité fut construite sur des sols marécageux, donc peu résistants. En plus, l’utilisation des eaux souterraines a beau être réglementée, la nappe phréatique continue d’être siphonnée en toute illégalité. Résultat: le terrain se tasse.

Sous le niveau de la mer

À Bangkok, jadis surnommée la Venise de l’Orient, l’important réseau routier a progressivement recouvert les anciens canaux qui constituaient un système de drainage naturel. Quant aux kilomètres de littoral qui bordent la capitale, ils subissent une importante érosion. Or, simultanément, le changement climatique fait grimper les eaux du golfe de Thaïlande de 4 millimètres par an. Bref, «aujourd’hui, la ville est déjà en grande partie sous le niveau de la mer», note Tara Buakamsri du bureau local de Greenpeace.

Pour survivre à des moussons de plus en plus importantes, la ville a développé un réseau de canaux atteignant 2600 km, des stations de pompage et huit tunnels pour évacuer l’eau. Un autre tunnel géant est en construction et trois autres à l’étude. Un parc a aussi été construit l’an dernier pour drainer les pluies et des digues ont été construites le long des voies d’eau, ainsi que des bassins de rétention. Pas sûr que cela suffise, estiment bien des experts.

Jakarta, championne du pire

Incontestablement, Jakarta est la mégapole qui «coule» le plus vite. Son quartier nord, en bord de mer, perd chaque année 25 cm. C’est-à-dire que ses habitants vivent 2,5 mètres plus bas qu’il y a dix ans. D’ici à 2050, la zone sera presque entièrement submergée. Ailleurs dans la ville, c’est à peine mieux: suivant où vous vous trouvez, le terrain s’affaisse de un à quinze centimètres par an. Près de la moitié de la capitale indonésienne est sous le niveau de la mer. À qui la faute? Là encore, le siphonnage de la nappe phréatique y est pour beaucoup. Il faut dire que l’administration ne parvient à fournir que 40% des besoins en eau potable, alors chacun se débrouille.

Pour tenter de parer à la montée des eaux dans la mer de Java, les autorités construisent au large une grande digue de 32 km ainsi que 17 îles artificielles. Un projet pharaonique censé créer une lagune dont le niveau pourrait être baissé pour permettre aux 13 rivières qui traversent Jakarta de drainer la mégapole. De quoi gagner à peine vingt à trente ans, s’inquiètent les ONG. Et qu’adviendra-t-il si la digue ne tient pas?

Les futures cités englouties

En réalité, la liste est longue des mégapoles menacées par la montée des eaux et par leur propre affaissement. Dans le «top ten» figure par exemple Ho Chi Minh City (l’ancienne capitale vietnamienne Saigon), mais aussi la capitale bangladaise Dhaka, la capitale philippine Manille ou encore Shanghai, plus grande ville de Chine avec plus de 24 millions d’habitants (trois fois la Suisse!) et aussi Mumbai, anciennement Bombay, cœur économique de l’Inde. Autant de villes qui jouent un rôle crucial sur le plan national.


«Des solutions existent, mais il faut agir vite!»

Il n’y a pas de fatalité, à entendre Pascal Peduzzi, directeur du réseau GRID-Genève du Programme des Nations Unies pour l’environnement et professeur à l’Université de Genève. Mais le temps presse.

Pourquoi les mégapoles côtières d’Asie s’affaissent-elles?

Le phénomène ne concerne pas que l’Asie! Il y a eu en Californie des tassements de terrain de plusieurs mètres, là où l’on a pompé massivement dans la nappe phréatique. Cette nappe, contrairement à ce que les gens imaginent, ce ne pas une grande poche d’eau que l’on vide, mais plutôt des interstices entre les cailloux ou entre la roche et le sable, qui disparaissent s’ils ne contiennent plus d’eau. Une fois que le terrain s’est tassé, l’eau des précipitations est moins bien absorbée et les réserves ne se reconstituent plus. Il n’y a pas de retour en arrière.

Pourquoi tant de villes asiatiques sont-elles en péril?

Avec l’essor économique en Asie, les centres urbains grandissent à une vitesse phénoménale. Beaucoup se sont développés dans les deltas, c’est-à-dire à l’intersection des voies de transport fluviales et maritimes, lieux parfaits pour le commerce de marchandises. Mais ces énormes concentrations humaines ont des besoins gigantesques en eau et les infrastructures n’ont pas forcément suivi. La population pompe la nappe phréatique et le terrain se tasse, d’autant plus facilement qu’il est formé d’alluvions – meubles – et non pas d’une croûte résistante. À cela vient s’ajouter le changement climatique, qui provoque la montée des océans et l’intensification des cyclones. Les inondations sont de plus en plus importantes…

Que faire concrètement?

Réduire la consommation d’eau, utiliser des sources alternatives au lieu de puiser dans la nappe phréatique, limiter la taille et le poids des bâtiments, construire à «l’arrière» de la ville et non plus sur la côte afin d’éviter l’érosion… C’est d’abord une question d’aménagement du territoire. Des administrations investissent dans des systèmes de digues, c’est très coûteux et cela demande beaucoup d’entretien, tout en gâchant le paysage. Des expériences ont été menées aux Pays-Bas (ndlr: champions des digues) pour reconstituer l’écosystème côtier, qui nécessite peu d’entretien par la suite et permet de limiter la hauteur des digues. Autre méthode: New York et Montréal remplacent des surfaces bétonnées par des pelouses – perméables ­ – qui laissent passer l’eau susceptible de recharger les nappes phréatiques. Des solutions existent, mais il faut agir car tout cela prend du temps! (TDG)

Créé: 03.09.2018, 20h45

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