Les manifestants défient Pékin en bloquant l’aéroport de Hong Kong

Hong KongLa brutalité de la réponse policière de dimanche a renforcé la détermination des contestataires.

L’occupation de l’aéroport de Hong Kong, un des plus fréquentés du monde, a conduit à l’annulation de tous les vols lundi.

L’occupation de l’aéroport de Hong Kong, un des plus fréquentés du monde, a conduit à l’annulation de tous les vols lundi. Image: EPA

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Drôle d’impression en atterrissant à Hong Kong. Une clameur s’élève, perceptible dès le contrôle douanier, un air entonné a cappella. «Entends-tu le peuple chanter? Chanter les chansons des hommes en colère?» Quand les passagers débouchent ensuite dans le hall des arrivées, une impressionnante haie d’honneur les attend. Environ 5000 manifestants vêtus de noir les accueillent par cet air de la comédie musicale «Les Misérables», puis par des slogans démocratiques. On leur tend des photos de manifestants en sang, des vidéos de policiers tapant des protestataires. On leur sourit tout en brandissant des pancartes qui disent «Désolé, mais il nous faut sauver Hong Kong», ou «Voilà ce qui arrive quand un gouvernement n’écoute pas son peuple». Apeurés, incrédules ou parfois sympathisants, les passagers se fraient un chemin vers la sortie.

Le sit-in pacifiste entamé vendredi dans l’aéroport international de Hong Kong devait s’achever dimanche. Mais les appels à poursuivre l’occupation ont inondé dans la soirée de dimanche les réseaux sociaux à mesure que parvenaient les images de la police dispersant sans ménagement des rassemblements non autorisés dans plusieurs lieux de l’archipel. Une photo a circulé en particulier: une jeune femme au sol, un œil ensanglanté. Les rumeurs la disent aujourd’hui borgne.

«En voyant ça, nous avons annulé notre balade sur une île aujourd’hui pour venir à l’aéroport et montrer aux étrangers comment le gouvernement chinois nous traite. Ici, au moins, la police ne nous tapera pas, pas devant les touristes et les étrangers», veulent croire quatre jeunes salariés du textile. Comme eux, des étudiants, des retraités, des architectes, animés par cette même «colère» et «choqués par la brutalité de la police», convergent lundi à la mi-journée vers l’aéroport de la région semi-autonome inauguré en juillet 1997, quelques jours seulement après la rétrocession de l’ex-colonie britannique à la Chine. C’est l’un des plus vibrants au monde avec 51 millions de passagers l’année dernière et une solide place de numéro 1 mondial du cargo.

Rapidement, les prouesses technologiques censées gérer les foules de voyageurs sont dépassées par le nombre de manifestants aux arrivées. À l’extérieur, les files de voitures et de bus s’étirent. En milieu d’après-midi, quelques manifestants montent au niveau des départs. Il n’en faut pas plus pour que l’Autorité aéroportuaire annule pour le reste de la journée les vols au départ et à destination de Hong Kong. Une décision lourde de retombées pour un aéroport qui dessert plus de 220 destinations.

Dans le même temps, à Pékin, le porte-parole du Bureau des affaires de Hong Kong et Macao, Yang Guang – qui a averti la semaine dernière que «ceux qui jouent avec le feu périront par le feu» –, accable les «manifestants radicaux» et leurs méthodes révélant «les premiers signes de terrorisme».

Pékin durcit le ton, mais les contestataires tiennent tête. «Le Parti communiste chinois a sifflé la fin de la récré», explique Simon Lau, assis dans le hall des arrivées. «La police a fait usage d’une force excessive dimanche, c’est le pire événement depuis le début de la contestation» contre le projet de loi autorisant les extraditions vers la Chine. Depuis juin, plus de 500 personnes ont été blessées, presque autant ont été arrêtées. «Un nouveau chef local de la police vient d’être nommé et les forces de l’ordre montent d’un cran dans la répression. Nous montons d’un cran aussi dans notre détermination», dit Simon Lau, et de résumer: «C’est œil pour œil.»

Créé: 12.08.2019, 20h52

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