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Le jeu de Tokaïev ne fait pas les affaires de Genève

Devenu président du Kazakhstan, l’ancien patron du siège européen de l’ONU déploie sa propre diplomatie multilatérale.

Devenu président du Kazakhstan, l’ancien patron du siège européen de l’ONU déploie sa propre diplomatie multilatérale Kassym-Jomart Tokaïev est président du Kazakhstan depuis mars dernier.
Devenu président du Kazakhstan, l’ancien patron du siège européen de l’ONU déploie sa propre diplomatie multilatérale Kassym-Jomart Tokaïev est président du Kazakhstan depuis mars dernier.
Reuters

L’homme qui a été propulsé à la tête du Kazakhstan après la démission, en mars, de Noursoultan Nazarbaïev n’est pas totalement inconnu en Suisse. Entre 2011 et 2013, Kassym-Jomart Tokaïev, 65 ans, a occupé le poste de directeur général de l’ONU à Genève. Ceux qui ont eu à le côtoyer évoquent un homme affable et «fin diplomate». Une bête de travail aussi. A priori, un atout pour faciliter et renforcer les liens déjà forts entre la Suisse et le Kazakhstan. Sauf que son expérience onusienne pourrait également contribuer à desservir les intérêts de la Genève internationale.

Depuis quelques années, le Kazakhstan empiète sur ce qui était jusque-là la chasse gardée de l’ONU. Le cas le plus criant est celui des négociations de paix syriennes. Le rôle joué par Kassym-Jomart Tokaïev dans le glissement des pourparlers syriens de Genève vers Astana n’a pas été anodin. Il fallait un homme du sérail. Les Russes avaient besoin d’un partenaire de confiance pour accueillir cette médiation parallèle à celle menée par l’ONU. Cette confiance passait par Noursoultan Nazarbaïev, mais aussi et surtout par son plus fidèle lieutenant, Kassym-Jomart Tokaïev. Les mouvements diplomatiques parlent d’eux-mêmes. L’ancien représentant de la Russie auprès de l’ONU à Genève, Alexei Borodavkin, était très proche de Kassym-Jomart Tokaïev. Il a été nommé au poste d’ambassadeur de Russie au Kazakhstan en mars 2018.

À peine entré en fonction, le nouveau président kazakh s’est rendu à Moscou pour y effectuer son premier voyage officiel et y rencontrer Vladimir Poutine. Les deux chefs d’État sont tombés d’accord pour déclarer, à la sortie de cet entretien, que la priorité était la poursuite du processus d’Astana. Depuis plusieurs années, les responsables politiques suisses s’inquiètent de la concurrence de Dubaï, Doha, Vienne, Bruxelles ou des autres grandes villes du nord de l’Europe. À chaque emploi délocalisé, les plus ardents défenseurs de la Genève internationale poussent des cris d’orfraie. Avec la Syrie, c’est une médiation de paix majeure qui a échappé pièce après pièce à Genève.

Que sait-on vraiment de Kassym-Jomart Tokaïev? Il parle couramment le chinois, le russe et l’anglais, et durant son séjour à Genève, il s’est mis à prendre des cours de français. À l’époque déjà, il passait pour être l’homme de confiance du président kazakh. Ce n’est pas qu’un diplomate, c’est aussi un politique. Deux fois ministre des Affaires étrangères, premier ministre, président du Sénat, il est celui qui connaît le mieux les rouages d’un pays devenu le pivot d’un Meccano complexe au cœur de l’Eurasie. Le Kazakhstan entretient de bonnes relations autant avec Pékin que Moscou tout en ménageant ses partenaires occidentaux. Cette diplomatie douce, Kassym-Jomart Tokaïev en a été l’un des artisans. Grâce aux ressources de son sous-sol (pétrole, gaz, uranium, zinc, fer, tungstène, bornite, argent, plomb, cuivre…), le pays a bâti des partenariats stratégiques à l’ouest comme à l’est. Malgré le caractère autocratique de son pouvoir, Noursoultan Nazarbaïev a été courtisé par tous les chefs d’État et tous les gouvernements au cours des trente dernières années.

Depuis qu’il assure la présidence par intérim du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokaïev est raillé pour son manque de charisme et son dévouement aveugle au clan du président démissionnaire. L’une de ses premières décisions a été de faire rebaptiser Astana du prénom de l’ancien président Noursoultan Nazarbaïev. Même si sa candidature à la présidentielle anticipée de juin prochain a été votée à l’unanimité des élus de la majorité, ses détracteurs lui prêtent un rôle de tampon avant l’accession aux plus hautes fonctions de l’État de Dariga Nazarbaïeva, la fille de Noursoultan Nazarbaïev portée à la tête du Sénat. Depuis quelques jours, Kassym-Jomart Tokaïev est l’objet d’une autre moquerie. Les photos de ses portraits officiels ont tellement été retouchées à l’aide de Photoshop que son visage semble figé dans la cire comme les statues exposées au Musée Grévin. Les réseaux sociaux s’en amusent mais l’anecdote est trompeuse. S’il est discret et effacé, Kassym-Jomart Tokaïev est tout sauf immobile et inactif.

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