À Hong Kong, les réseaux sociaux déclarent la guerre à Pékin

Manifestations prodémocratieAprès Facebook et Twitter, YouTube agit à son tour contre la propagande des autorités chinoises qui tentent de discréditer les manifestants.

Des manifestants hongkongais.

Des manifestants hongkongais. Image: REUTERS

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«Des gens n’arrêtent pas de me dire de dégager, d’autres de me demander de l’aide. Je vais changer de compte Telegram.» Comme de nombreux autres, cette Hong­kongaise prodémocratie est la cible de sbires de Pékin qui déploie un arsenal en ligne pour étouffer la contestation populaire qui secoue la région chinoise semi-autonome depuis plus de deux mois.

Même si le centre financier turbinait vendredi comme à son habitude, le témoignage anonyme de cette jeune femme illustre le combat mené en sous-main sur les réseaux sociaux. Mi-juin déjà, Telegram avait été victime d’une cyberattaque majeure, le cofondateur de la messagerie l’attribuant à la Chine.

Comptes fermés par milliers

La Chine est donc passée à une phase beaucoup plus offensive, au point que YouTube a dû désactiver 210 chaînes jeudi après avoir découvert qu’elles agissaient «de manière coordonnée en mettant en ligne des vidéos liées aux manifestations en cours à Hong Kong», a expliqué Shane Huntley, analyste chargé de la sécurité au sein du groupe Google, qui possède la plateforme vidéo. Lundi, Twitter et Facebook portaient des accusations similaires contre le régime communiste chinois et fermaient un millier de comptes actifs liés à cette campagne de désinformation.

«Les progouvernement font la chasse aux sorcières contre ceux qui aident à dessiner des affiches ou du matériel promotionnel pour les actions démocratiques», déplore la jeune femme, rencontrée lors du blocage de l’aéroport, mi-août, alors qu’elle distribuait des tracts aux passagers. «Ils ont dû synchroniser mon contact. C’est peut-être aussi le coup d’anciens amis qui sont dans la police», explique-t-elle via la messagerie cryptée réputée sécurisée et devenue le principal canal de communication des manifestants. C’est sur Telegram qu’ils ont diffusé l’idée d’une «chaîne humaine» pacifique ce vendredi dans différents districts ainsi que les appels à manifester ce dimanche et à perturber les transports vers l’aéroport international, l’un des plus fréquentés au monde.

Depuis le printemps, les militants sont extrêmement actifs en ligne pour encourager l’opinion publique et internationale à rallier leur combat pour préserver les libertés de l’ex-colonie britannique. Mais, «pour chaque campagne visant à faire cesser la brutalité policière, il y a une contre-campagne des prétendus groupes «rubans bleus» (des pro-Pékin), qui soutiennent la police et l’usage de la force contre les protestataires», écrit vendredi sur sa page Facebook Jason Ng, avocat et écrivain hongkongais.

Techniques de harcèlement

En Chine continentale, alors que la censure bloquait jusqu’à récemment toute information relative à l’agitation qui règne à Hong Kong, des images de la contestation soigneusement mises en scène par les autorités ont commencé à inonder les réseaux sociaux, suscitant des milliers de commentaires désapprobateurs. Dans le même temps, l’ex-PDG de Cathay Pacific était érigé en héros pour avoir préféré perdre son poste plutôt que de livrer le nom des salariés de la compagnie aérienne hongkongaise sympathisants du mouvement de contestation. Chaque camp se livre donc à une guerre des mots et des images numériques. Mais le combat est disproportionné.

Dans un rapport intitulé «Le nouvel ordre mondial des médias selon la Chine», Reporters sans frontières (RSF) décryptait en mars les techniques de «chantage, intimidation et harcèlement à une échelle quasi industrielle» employées par le régime communiste. «Depuis des décennies, Pékin dirige des opérations de désinformation contre Taïwan afin d’affaiblir les autorités», dit le rapport. Les attaques ont récemment atteint une «portée virale» grâce aux réseaux sociaux et à l’«Armée des cinquante centimes», qui produit en masse et contre rémunération des commentaires prorégime destinés aux internautes chinois, et aux «Petits roses», un réseau de trolls chargé de harceler ceux qui critiquent la Chine sur les réseaux sociaux, explique RSF, selon qui Pékin s’attaque à d’autres territoires où vit une importante population d’origine chinoise, comme Singapour.

Créé: 23.08.2019, 17h56

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