La Chine détiendrait un million d’Ouïgours

ChineUn rapport de l’ONU s’inquiète du sort de cette minorité musulmane incarcérée en masse.

Un nombre énorme d’Ouïgours ont été enfermés dans des camps. Pékin affirme qu’il s’agit de centres éducatifs, mais ce sont des prisons ou des camps de rééducation forcée.

Un nombre énorme d’Ouïgours ont été enfermés dans des camps. Pékin affirme qu’il s’agit de centres éducatifs, mais ce sont des prisons ou des camps de rééducation forcée. Image: Keystone

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Des camps de «rééducation» dans lesquels jusqu’à un million d’Ouïgours sont enfermés sans avoir été inculpés ni condamnés. Un sérieux risque de torture ou de mauvais traitements pour ceux qui protestent de façon pacifique. Un système de surveillance de masse disproportionné – scan des téléphones, confiscation des documents de voyage, récolte obligatoire de données biométriques – ciblant ces mêmes Ouïgours. Les constatations que viennent de publier les experts en droits humains du Comité de l’ONU pour l’élimination de la discrimination raciale dans leur rapport consacré à la Chine sont accablantes.

Musulmans et turcophones, les Ouïgours vivent dans le Xinjiang, au nord-ouest de la Chine. «Dans les années 80, la plupart des Ouïgours n’étaient guère pratiquants, explique Jean-Pierre Cabestan, sinologue et professeur à l’Université baptiste de Hongkong. Mais les Hans, l’ethnie dominante en Chine, se sont installés massivement dans cette région stratégique. Au point que, aujourd’hui, tant les Hans que les Ouïgours représentent environ 45% de la population du Xinjiang. La cohabitation est devenue plus difficile, avec dans le nord du Xinjiang, peuplé surtout de Hans, de grandes villes, des industries, d’énormes fermes militaires, les Ouïgours étant plus concentrés dans le sud, plus isolé et déshérité. Une sorte d’apartheid s’est instauré.»

Soulèvements et répression

«Les Ouïgours sont très attachés à leur culture, à leurs traditions, précise la sinologue Marie Holzman. Dans les années 30, ils ont tenté de créer un Ouïgouristan indépendant mais ont échoué. Il y a eu ensuite quelques rébellions, fortement réprimées. En matière culturelle, la Chine pratique l’assimilation: elle n’accepte pas qu’une partie de sa population ait des mœurs ou une religion différentes. Or la culture ouïgoure, par résistance, s’est plutôt renforcée. Si au Tibet les bouddhistes non violents ont protesté en s’immolant, certains Ouïgours ont choisi, pour protester contre Pékin, de mener des attaques, dans le Xinjiang mais aussi à Pékin.»

«La réponse chinoise n’a été que répressive, ajoute Jean-Pierre Cabestan. Le 5 juillet 2009, une manifestation dans la capitale du Xinjiang, Ouroumtchi, a dégénéré, faisant plusieurs centaines de morts. Depuis, la répression chinoise est montée en puissance. En août 2016, l’ex-secrétaire du Parti au Tibet a été nommé dans le Xinjiang, et a fortement accentué les mesures de surveillance et de répression. Un nombre énorme d’Ouïgours ont été enfermés dans des camps. Pékin affirme qu’il s’agit de centres éducatifs, mais ce sont des prisons ou des camps de rééducation forcée. La seule issue pour ceux qui y sont détenus, c’est d’affirmer qu’ils ont confiance dans le Parti… ou de faire semblant.»

«Combien sont-ils dans ces camps? s’interroge Marie Holzman. Cent cinquante mille? Huit cent mille? Un million? Il est très difficile de le dire. L’accès au Xinjiang est extrêmement limité.» En mai dernier, le chercheur allemand Adrian Zenz a scruté les journaux du Xinjiang et déduit, en épluchant les appels d’offres pour la construction de camps et le recrutement de personnel de sécurité, que près de 10% des 10 millions de musulmans de cette région autonome pourraient se retrouver bouclés.

«La fraction la plus modérée de cette population est en faveur d’une autonomie politique, sans réclamer l’indépendance, analyse Jean-Pierre Cabestan. Mais les Ouïgours se rendent compte qu’il n’y a aucune issue possible dans un État orwellien où s’impose la reconnaissance faciale. Il n’y a plus aucun risque de sécession ni même de révolte populaire.»

«La seule issue pour les détenus, c’est d’affirmer qu’ils ont confiance dans le Parti»

«Ce qui est très grave, c’est que Pékin a aussi jeté en prison des universitaires respectés comme Rahile Dawut, une ethnologue, grande spécialiste de culture du Xinjiang, qui a disparu en décembre dernier après avoir pris un vol pour Pékin, probablement détenue au secret, s’inquiète Marie Holzman. Ou comme Ilham Tohti, un professeur d’université à Pékin, qui a été condamné en 2014 à la prison à vie alors qu’il ne faisait que recommander au gouvernement de favoriser l’émergence d’une élite intellectuelle au Xinjiang, dans un souci de pacification! Le risque majeur, si l’on décourage tous les modérés, c’est d’encourager les plus radicaux à commettre des actes désespérés…»

(TDG)

Créé: 02.09.2018, 20h29

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