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La Chine se cherche un rôle en Corée du Nord

Pris de court par le rapprochement entre les deux Corées, Pékin dépêche un émissaire à Pyongyang.

Xi Jinping, président chinois.
Xi Jinping, président chinois.
EPA

Ce mercredi, pour la première fois en onze ans, un ministre chinois des Affaires étrangères foulera le sol nord-coréen avec la visite officielle à Pyongyang de Wang Yi. La priorité absolue pour la Chine tient à s’assurer qu’elle sera bien présente aux futures négociations de paix. S’il s’agit d’une question de fierté nationale, l’enjeu est bien plus vaste.

Il y a d’abord ce marché de la reconstruction nord-coréenne qui reviendra à ceux qui auront négocié; il y a surtout l’influence sur cette région clé, enclavée entre quatre puissances – Chine, Russie, Japon et États-Unis. Autrement dit, une influence que Pékin ne peut pas abandonner aux autres. Or, quand Kim Jong-un, le leader du Nord, a promis la semaine passée avec son homologue sud-coréen, Moon Jae-in, un sommet «tri- ou quadripartite», le sang des Chinois n’a fait qu’un tour. «Tripartite», cela signifiait «à deux Corées, plus les États-Unis», sans la Chine, une perspective insupportable.

Lourd tribut

Pékin a perdu en 1950 un demi-million de soldats dans la guerre qui a ravagé la péninsule, dont le propre fils de Mao Zedong. Et jusqu’en 2016, elle tenait son petit voisin à bout de bras durant les mois d’hiver, lui offrant blé, riz et pétrole, sans quoi des centaines de milliers d’habitants auraient risqué de mourir de faim et de froid. L’entraide fraternelle, d’un point de vue chinois, ne peut pas être oubliée aujourd’hui.

C’est pourtant ce qui risque de se produire. D’abord, parce que la Chine a fait mine de croire que ces palabres n’étaient pas ses affaires. Selon Zhang Liangui, expert de la Corée à l’École du Parti de Pékin, les négociations étaient «celles de Pyongyang et de Washington, et de ce fait la Chine se retrouve exclue du tapis rouge». Deuxième raison, l’inimitié ancienne entre le président chinois Xi Jinping et Kim Jong-un, qu’il n’avait jamais reçu à Pékin jusqu’au mois dernier. Or, comble de malchance, Pékin s’est également brouillé en 2017 avec la Corée du Sud, lui imposant de fortes sanctions économiques pour la punir d’avoir accepté sur son sol une batterie THAAD américaine de missiles antimissiles dont Pékin ne voulait pas. Ainsi, aujourd’hui, les deux Corées ont un compte à régler avec leur immense voisin.

Pour couronner le tout, à Panmunjom la semaine dernière, les retrouvailles ont montré que ces deux moitiés d’un même peuple avaient envie d’œuvrer à leur réconciliation avec le moins de pays possible autour d’eux. Il s’agit là d’un élément essentiel du «Juche», l’idéologie du régime nord-coréen qui reprend des éléments du stalinisme, du christianisme et l’amour de la patrie.

Trois demandes

Dans ces conditions, Wang Yi, le ministre chinois en visite à Pyongyang, soutiendra trois demandes. Il veut que la Chine soit présente dans des discussions quadripartites et non tripartites, que son pays soit partie prenante dès le départ et non après que Trump et les deux Corées auront tout réglé, et que des Chinois figurent parmi les inspecteurs du démantèlement de l’arsenal nucléaire du Nord.

En échange, la Chine offrira ses bons offices, un rôle d’intermédiaire entre les parties, ses technologies peu chères et adaptées aux besoins de ce pays à reconstruire et, surtout, un chèque généreux.

L’émissaire de Pékin a de bonnes chances de se faire entendre car aucun pays en Extrême-Orient ne peut se permettre de faire perdre la face à ce voisin géant. Signe de cette force, la Corée du Sud et le Japon ont accepté la tenue d’un sommet avec la Chine le 9 mai à Tokyo. Un prélude de plus à la rencontre tant attendue entre Donald Trump et Kim Jong-un.

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