La propagande s’est adaptée pour présenter l’incroyable face-à-face

Corée du Nord Selon le mot d’ordre officiel, en rencontrant Trump, Kim Jong-un veut «répondre aux changements exigés par une nouvelle ère».

La télévision d’État nord-coréenne qualifie le sommet de Singapour de nouveau chapitre de l’histoire de la Corée «communiste».

La télévision d’État nord-coréenne qualifie le sommet de Singapour de nouveau chapitre de l’histoire de la Corée «communiste». Image: BBC

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Avant de monter sur le ring face à Donald Trump, Kim Jong-un entonne le chant de l’ouverture. À Singapour, le «Leader suprême» nord-coréen compte «établir une nouvelle relation avec les États-Unis afin de répondre aux changements exigés par une nouvelle ère». Ce mot d’ordre est édicté en toutes lettres dans un éditorial du «Rodong Sinmun», le quotidien du Parti des travailleurs, à la veille du tête-à-tête avec «l’ennemi» américain prévu ce mardi dans la cité-État.

À Pyongyang, les médias officiels et la télévision d’État évoquent cette rencontre historique, présentée comme l’ouverture d’un nouveau chapitre de l’histoire de la Corée «communiste». Cette nouvelle stratégie de communication intérieure donne du crédit au revirement diplomatique du troisième des Kim, qui affirme vouloir désormais mettre le cap sur le développement économique, après avoir multiplié les essais atomiques et balistiques jusqu’en 2017. Jusqu’à ces dernières semaines, les médias officiels avaient relayé avec discrétion le spectaculaire rapprochement vers Washington, comme par prudence, craignant une volte-face de l’imprévisible Trump.

Informations de l’extérieur

À quelques heures du rendez-vous de ce mardi matin, la propagande assumait au grand jour, avec pour objectif de préparer la population à l’improbable dialogue avec un pays présenté comme envahisseur, dès l’école primaire. La dynastie des Kim, qui a fondé sa légitimité en instillant une mentalité d’assiégé face à la menace des bombardiers «impérialistes», doit désormais vendre à ses 25 millions d’habitants son changement de pied diplomatique sans renier sa ligne nationaliste. Une exigence d’autant plus urgente que les informations venant de l’extérieur cheminent de plus en plus sous le manteau, via des clés USB, sapant la chape totalitaire du régime.

En avril, le jeune «Maréchal» élevé en Suisse a ajourné la ligne Byungjin, ou «double poussée», en vigueur depuis son accession au pouvoir en 2011 et qui visait au développement simultané de l’arme atomique et de l’économie. En annonçant la fermeture du site atomique de Punggye-ri, le 21 avril, Kim a lancé un nouveau chapitre de son règne, centré sur l’amélioration des conditions de vie de sa population, dont 41% souffre toujours de malnutrition.

Cette décision stratégique aurait été tranchée à l’automne, lors d’une session plénière du Comité central, alors que les sanctions internationales se resserraient et que la menace d’une frappe militaire américaine grandissait. Un arbitrage délicat à imposer aux généraux de l’Armée populaire de Corée (APC), jaloux de leurs prérogatives. Le remplacement brusque de trois haut gradés, la semaine dernière, pourrait s’inscrire dans cette logique.

Publicités dans le métro

«Nous ne savons pas ce qui se passe réellement à Pyongyang, où il est possible qu’il y ait des divisions internes», juge Joseph Yun, ancien haut diplomate américain en charge du dossier nord-coréen.

Depuis son accession au pouvoir, le dictateur a laissé fleurir une économie privée souterraine, permettant un retour de la croissance à près de 4% en 2016, selon la Banque de Corée, à Séoul. Dans le métro de Pyongyang, les premières publicités apparaissent, signe d’un virage capitaliste toléré, mais toujours étroitement surveillé par le parti. À l’image de l’émergence de six compagnies de taxis, aux véhicules rutilants, mais toutes contrôlées par l’État. Car si le «Leader suprême» a permis aux fermiers de garder des profits sur leur récolte, suivant ainsi les pas du «Petit Timonier» Deng Xiaoping, il est encore loin d’avoir ouvert grand la porte aux investisseurs étrangers, pour imiter le «décollage chinois».

«Kim Jong-un, c’est la réforme sans l’ouverture», résume Andreï Lankov, professeur à l’université Kookmin. Il compte moderniser son pays, avec des capitaux et technologies étrangères, mais sans desserrer son emprise policière implacable, qui a permis à sa dynastie de régner depuis l’origine de la guerre froide. (TDG)

Créé: 11.06.2018, 22h35

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