Islamabad cherche à sortir de l’affaire Asia Bibi

PakistanLe gouvernement tente d’apaiser tant les islamistes que les Occidentaux après l’acquittement de cette chrétienne accusée de blasphème.

Asia Bibi est toujours incarcérée au Pakistan. Son avocat, Saif-Ul-Malook, s'est réfugié aux Pays-Bas.

Asia Bibi est toujours incarcérée au Pakistan. Son avocat, Saif-Ul-Malook, s'est réfugié aux Pays-Bas. Image: Keystone

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Une semaine après l’arrêt de la Cour suprême qui a innocenté la chrétienne Asia Bibi des charges de blasphème, certains pays occidentaux s’activent en coulisses pour trouver une porte de sortie dans cette affaire. Mardi matin, l’avocat de la mère de famille, Saif-Ul-Malook, a expliqué que l’ONU et la France étaient intervenues pour qu’il quitte le Pakistan en fin de semaine dernière. «Les fonctionnaires de l’ONU m’ont forcé à séjourner à l’ambassade de France à Islamabad. Ils ont justifié cette mesure en disant que ma vie était en danger. Mais je voulais d’abord sortir Asia de prison, puis quitter le Pakistan avec elle», nous a raconté Saif-Ul-Malook, qui se trouve désormais aux Pays-Bas.

Condamnée à mort

Asia Bibi avait été condamnée à mort en 2010 et 2014 pour avoir blasphémé Mahomet lors d’une dispute avec ses voisines autour d’un verre d’eau. Puis la plus haute instance judiciaire l’a acquittée, faute de preuves. Peu de personnes savent où elle se trouve, pour des raisons de sécurité. Seule certitude: sa famille veut fuir les menaces de mort des islamistes. Le 3 novembre, son mari, Ashiq Masih, a lancé un appel à la Grande-Bretagne, aux États-Unis et au Canada pour obtenir l’asile.

Pendant ce temps, l’affaire continue de déchaîner les passions au Pakistan. La classe politique se déchire depuis l’accord signé par le ministre des Affaires religieuses et les islamistes le 2 novembre. Le gouvernement s’est engagé à lancer une procédure pour empêcher Asia Bibi de quitter le territoire. En échange, le Tehreek-e-Labbaik, un parti islamiste en tête des cortèges, a accepté de cesser la mobilisation qui paralysait le pays depuis trois jours.

Au sein du gouvernement fédéral, certains étalent leur malaise. Shireen Mazari, la ministre des Droits de l’homme, a comparé le texte aux accords de Munich de 1938: «La politique de l’apaisement n’a jamais marché, comme l’a montré l’accord négocié par Chamberlain avec les nazis dans l’espoir d’éviter un bain de sang», a-t-elle tonné.

Le ministre de l’Information, Fawad Chaudhry, tente de justifier le bien-fondé du texte conclu avec les islamistes. «L’accord indique juste que le gouvernement ne s’opposera pas à un recours déposé devant la justice contre l’arrêt de la Cour suprême. Et des mesures seront prises pour qu’Asia Bibi soit interdite de quitter le territoire», explique-t-il sans donner plus de détails.

Islamabad ne semble guère pressé d’interdire à Asia Bibi de sortir du pays. Lundi, le Ministère de l’intérieur, le gouvernement du Pendjab et l’Agence fédérale d’investigation (FIA) ont fait déposer une requête devant la Cour suprême pour inscrire le nom d’Asia Bibi sur la liste des contrôles aux frontières. Une manœuvre qui fait traîner la procédure. Le gouvernement aurait pu décréter l’interdiction immédiatement, sans passer par les tribunaux. L’«Exit from Pakistan (Control) Rules», une ordonnance de 1981 amendée en 2010, stipule que «le pouvoir fédéral […] peut empêcher toute personne d’embarquer vers une destination hors du Pakistan […] si elle est impliquée dans […] des crimes haineux.» L’affaire Asia Bibi concerne un blasphème, crime passible de la peine de mort au titre de l’article 295-C du Code pénal.

Pression étrangère

Si le gouvernement cultive l’ambiguïté, c’est parce qu’il tente d’apaiser à la fois les islamistes et les Occidentaux. L’accord du 2 novembre a permis de ramener le calme et de mettre fin à la paralysie qui frappait le pays. Mais Islamabad doit aussi ménager l’Occident.

Le Pakistan est au bord du défaut de paiement à cause de la hausse du prix du pétrole et du déficit commercial avec la Chine. Le pays a besoin d’au moins 12 milliards de dollars pour renflouer ses réserves de change, qui ne peuvent plus couvrir qu’un mois et demi d’importations. Des négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) ont commencé autour d’une assistance qui serait conditionnée à des réformes intérieures. Les États-Unis et les pays de l’Union européenne détiennent 45% des droits de vote du FMI.

Créé: 06.11.2018, 19h42

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