En Chine, le masque chirurgical court-circuite la reconnaissance faciale

CoronavirusLe port du masque sanitaire, obligatoire dans certaines provinces du pays, perturbe l’intelligence artificielle.

Image: EPA / Wallace Woon

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Effet secondaire. Face au port du masque chirurgical rendu obligatoire dans plusieurs villes et régions, la reconnaissance faciale, technologie répandue à outrance en Chine, connaît quelques ratés. Avec le visage aux deux tiers couvert, impossible de déverrouiller un smartphone équipé de Face ID (système de reconnaissance faciale développé par Apple), de valider un achat, de payer un ticket de bus, de retirer de l’argent, de se rendre sur son lieu de travail ou de rentrer chez soi sans enlever ce morceau de papier tissé censé limiter la propagation du nouveau coronavirus. «Je suis habitué à payer avec Face ID. Et si je ne me souviens pas du mot de passe?» «Rendez-nous le déblocage par empreinte digitale!» «Les portes équipées du système de reconnaissance faciale ne se sont pas ouvertes et je n'ai pas pu entrer chez moi…» Sur Weibo, le réseau social chinois, les témoignages d’internautes excédés abondent, rapporte Abacus, le site d'information technologique chinois basé à Hongkong.

Big Brother is watching you

Contrairement à l’Union européenne, qui en débattra ce mercredi à Bruxelles, la Chine a déjà fait le grand bond en avant en matière de reconnaissance faciale. En quelques années, Pékin a mis en place l'un des réseaux de surveillance de masse les plus avancés au monde. Même les toilettes publiques de la capitale en sont équipées, pour lutter contre l’abus de papier WC, disent-ils. Pas plus de trois coupons par personne toutes les neuf minutes, c’est la règle, impossible d’y déroger. Traverser au rouge en douce? Peine perdue, en moins de dix secondes, votre tête s’affiche sur les écrans des arrêts de bus. Et bim, 20 yuans d’amende. En Chine, les moindres faits et gestes du 1,4 milliard de citoyens sont contrôlés. En 2017, plus de 20 millions de caméras étaient équipées de ce type de dispositif. À la fin de 2020, leur nombre devrait atteindre les 600 millions, selon des experts de la Fondation Carnegie à Moscou. Et chaque jour, l’étau se resserre un peu plus. Depuis début décembre, tout Chinois souhaitant se procurer une carte SIM a l’obligation de se faire scanner la bobine.

En 2019, environ un millier de points de vente à travers la Chine se sont dotés de l’outil Face ID pour le paiement. Comme l’explique la Fondation Carnegie, il suffit pour un utilisateur de «regarder le terminal et le montant de l’achat est automatiquement débité de son compte». Au total, plus de 100 millions de Chinois ont adopté le paiement par reconnaissance faciale.

Une faille de taille

L’arrivée du masque «anti-Covid-19», dont l’efficacité est toujours discutée, a donc révélé une faille de taille dans le Big Brother chinois. En temps normal, cette technologie de reconnaissance faciale peut identifier un citoyen en quelques secondes avec une précision de plus de 99,9%, explique le «South China Morning Post». Selon les experts, le simple port d’un masque sanitaire peut réduire cette précision à 30%, ajoute le quotidien anglophone publié à Hongkong.

Face aux enjeux sécuritaires, le problème de déverrouillage des smartphones (et des derniers iPhone en particulier) est anecdotique, mais il est révélateur de ce qui attend les autorités chinoises si elles ne trouvent pas rapidement le moyen d’améliorer cette technologie. Les chercheurs de l'Empire du Milieu travaillent donc d’arrache-pied pour mettre au point un algorithme qui permette d’identifier un visage masqué. Et nul doute qu’ils vont y arriver.

En attendant, cette faille aura permis à bon nombre de manifestants de ne pas se faire arrêter à Hongkong cet été. Les protestataires ont d’abord utilisé des lunettes et des masques pour se protéger des gaz lacrymogènes. Ils ont vite compris que leur accoutrement avait une autre utilité. Les autorités ont bien tenté d’interdire la dissimulation du visage dans l’espace public, mais la Haute Cour de Hongkong a annulé l’ordonnance, jugeant cette mesure «non conforme à la loi fondamentale». Alors que le bilan de l’épidémie de coronavirus s’élève à 1875 morts et 73 377 personnes contaminées, mardi, on voit mal Pékin bannir le port du masque chirurgical au nom de la sécurité d’État. Quoique.

Créé: 18.02.2020, 19h09

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