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Asia Bibi, symbole de la lutte contre la loi antiblasphème, est libre

La Cour suprême a confirmé sa décision d’acquitter la chrétienne, condamnée à mort il y a neuf ans.

La condamnation à mort de la Pakistanaise avait provoqué une forte émotion au sein de la communauté internationale.
La condamnation à mort de la Pakistanaise avait provoqué une forte émotion au sein de la communauté internationale.
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Enfin libre. La chrétienne Asia Bibi, condamnée à tort à la peine capitale en 2010 pour blasphème, a été définitivement acquittée mardi par la Cour suprême du Pakistan, qui a rejeté un dernier recours contre cette décision. Après huit ans de prison, cette mère de cinq enfants a été lavée de toutes les accusations le 31 octobre 2018. Libérée le 8 novembre, mais interdite de quitter le territoire, elle était la cible des intégristes et vivait sous très haute protection, sa relaxe ayant suscité des manifestations de milliers d’islamistes exigeant sa pendaison. Plus rien n’empêche désormais Asia Bibi de quitter cette contrée conservatrice où les fondamentalistes fulminent.

Coupable d’avoir bu de l’eau

Au «pays des purs», tout le monde connaît son nom. L’histoire de cette chrétienne d’origine modeste a fortement polarisé le Pakistan, où l’islam est religion d’État et où le blasphème est considéré comme un crime extrêmement grave. L’affaire remonte à 2009; Asia Bibi, ouvrière agricole, a 38 ans. Ce 14 juin, elle récolte des fruits avec un groupe de femmes qui lui demandent d’apporter de l’eau. Elle s’exécute, remplit un gobelet, boit une gorgée, puis le tend à une camarade musulmane, qui le refuse. La jeune chrétienne – donc impure – qui a osé boire, est accusée d’avoir souillé l’eau du puits.

Condamnée à être pendue

Asia Bibi rétorque en expliquant qu’elle ne croit pas que Mahomet puisse être d’accord avec ces propos. «Comment oses-tu parler comme cela du prophète, tu viens de commettre un blasphème», lance l’une d’entre elles. S’ensuit une dispute. Arrêtée en 2010, elle est condamnée en première instance à être pendue, mais elle fait appel. Depuis 1986, date de l’entrée en vigueur de la loi antiblasphème au Pakistan, les personnes condamnées à mort n’ont jamais été exécutées.

Pays déchiré

Le sort réservé à Asia Bibi scandalise la communauté internationale. Tandis qu’au Pakistan, il divise. Les extrémistes religieux veulent la voir morte, alors que les couches plus libérales de la société réclament sa libération. La polémique enfle autour de la loi et suscite de vives tensions entre les islamistes et les autorités.

Au début de 2011, le gouverneur du Pendjab, Salman Taseer, qui avait publiquement défendu Asia Bibi, est abattu. En mars, c’est au tour du ministre fédéral des Minorités religieuses, Shahbaz Bhatti, de confession catholique, qui l’avait lui aussi soutenu, d’être assassiné. En octobre dernier, à l’annonce de son acquittement, les responsables du parti islamiste Tehreek-e-Labaik Pakistan (TLP) menacent de «paralyser les villes».

Accord avec les islamistes

Pris en étau, le gouvernement du premier ministre Imran Khan signe alors un accord controversé avec les islamistes. L’Exécutif s’engage à lancer une procédure visant à interdire à Asia Bibi de quitter le territoire et à ne pas bloquer la requête en révision du jugement que la Cour suprême a examiné mardi. Un deal critiqué par de nombreux Pakistanais, furieux que l’État cède face aux extrémistes. Le verdict rendu mardi va sans nul doute attiser la colère du TLP, mais le parti apparaît très affaibli depuis l’arrestation à l’automne de son chef, Khadim Hussain Rizvi, et de centaines de ses partisans.

En route pour le Canada?

Malgré elle, Asia Bibi est devenu le symbole de la lutte contre la loi réprimant le blasphème au Pakistan. Une législation redoutée par les trois millions de chrétiens qui y vivent, mais aussi par de nombreux musulmans. Une quarantaine de personnes condamnées pour des faits similaires se trouvent actuellement dans le couloir de la mort du pays, selon une estimation de la Commission internationale pour la liberté religieuse des États-Unis datant de 2018.

La France avait proposé d’accueillir Asia Bibi et le premier ministre canadien, Justin Trudeau, avait affirmé en novembre que son pays était «en discussions» avec Islamabad à ce sujet. Selon «The Guardian», ses deux filles ont déjà rejoint le Canada, pour des raisons de sécurité.

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