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«Les universités sont sous attaque au Venezuela»

Le professeur Ricardo Villalobos décrit l’enfer du quotidien et les menaces contre les étudiants.

Ricardo Villalobos, de l’ONG Aula Abierta.
Ricardo Villalobos, de l’ONG Aula Abierta.
Lucien Fortunati

Le Venezuela serait-il tombé dans l’oubli? En janvier, les médias internationaux s’y étaient précipités quand le président du parlement, Juan Guaidó, s’était autoproclamé chef de l’État, déclarant illicite la réélection de Nicolás Maduro, pâle successeur du truculent Hugo Chávez. Mais depuis le soulèvement manqué du 30 avril, Caracas ne fait plus les gros titres…

Pourtant, la crise s’éternise, la répression empire et les conditions de vie sont catastrophiques, témoigne le professeur Ricardo Villalobos, de l’ONG Aula Abierta, qui documente les persécutions contre les universitaires. Invité à Genève la semaine passée pour intervenir dans une formation du Service international pour les droits humains, il décrit une véritable descente aux enfers. Un constat que ne contredira pas, ce vendredi au Palais des Nations, la haut-commissaire Michelle Bachelet, présentant le rapport de sa visite au Venezuela.

Comment évolue la situation depuis deux mois? La visite de la haut-commissaire aux droits de l’homme peut-elle changer la donne?

La situation ne s’est pas améliorée. Les violations des droits de l’homme sont généralisées, les personnes critiques envers le gouvernement sont accusées de trahison, menacées de mort, tabassées par des civils armés (surnommés «colectivos»), et beaucoup d’entre elles finissent par grossir les rangs des détenus politiques, qui seraient déjà au moins 700. Michelle Bachelet, il y a deux semaines, a réclamé leur libération et elle promet de mettre sur pied des équipes d’observateurs au Venezuela. C’est un pas positif. Au moins cela attire l’attention internationale sur ce qui se passe dans notre pays…

Et la crise humanitaire?

La pénurie d’énergie est une catastrophe. Depuis la panne de courant du 7 mars, qui a privé d’électricité tout le pays durant plus de sept jours, les coupures restent fréquentes et l’approvisionnement a été rationné. À Caracas, ça va encore. Mais dans ma région de Zulia, où la chaleur est intense, nous ne bénéficions que de deux à trois heures de courant par jour. Avec des conséquences gravissimes. Sans réfrigération, la conservation des aliments est difficile, les produits périssables disparaissent des épiceries. Le réseau de distribution d’eau potable, lui aussi, est affecté. Certaines villes n’en ont pas eu durant des semaines. Pas moyen de faire tourner les ventilateurs. Plus grave, il n’y a pas toujours assez de courant pour les machines dans les hôpitaux, qui ont assisté impuissants à la mort de nombreux patients. À Zulia, on a vu des vagues de pillage dans les magasins, lorsqu’il n’était plus possible d’effectuer des paiements électroniques. C’est le principal mode de règlement des transactions au Venezuela, car il n’y a pas assez de billets de banque en circulation et les prix ont tendance à prendre l’ascenseur dès qu’on veut payer en dollars… Et maintenant, en plus des pénuries d’électricité, il y a les queues interminables aux stations d’essence. À Zulia et dans d’autres régions de l’intérieur du pays, on voit des gens patienter trois à cinq jours pour à peine 30 litres. Ils dorment dans leur voiture, passent la journée assis en pleine chaleur. C’est surréaliste.

Vous défendez les «libertés académiques». Maduro menace-t-il les universités?

Et comment! Le gouvernement tente de réduire au silence les universités, hauts lieux du débat critique. Les étudiants jouent souvent un rôle moteur dans les mouvements de contestation. Du coup, même si l’autonomie de l’alma mater est inscrite dans la Constitution, le pouvoir multiplie les décisions qui en réduisent la portée. Le mode d’élection des membres des comités de direction a été réformé. L’organe national de sélection des étudiants récompense ceux qui sont actifs dans la vie communautaire plutôt que les compétences académiques. L’université se voit imposer certains professeurs. Et en plus, le budget académique n’est pas couvert. Les enseignants reçoivent des salaires de misère, l’équivalent de 4 à 6 dollars par mois! La moitié du corps professoral est partie et environ deux étudiants sur cinq n’ont pas réapparu. Les universités se vident. Et parmi les jeunes qui ont manifesté entre janvier et avril, au moins 41 ont été détenus, beaucoup ont été jugés. Depuis 2017, au moins 21 étudiants ont perdu la vie dans des manifestations.

Quel est l’état d’esprit dans la population?

Juan Guaidó était l’ultime espoir. Les Vénézuéliens s’enfuient. Selon des estimations prudentes, plus de quatre millions de personnes auraient déjà quitté le pays ces dernières années. En réalité, c’est davantage. Les familles explosent. Ma mère est en Colombie. Ma tante vise les États-Unis. Il y a encore un peu d’espoir lié aux pourparlers en Norvège. Si Juan Guaidó n’a pas encore été détenu, c’est peut-être pour garder un interlocuteur. Enfin, on espère.

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