La seconde victime présumée d'Harvey Weinstein face à la procureure

New-YorkMiriam Haleyi s'est exprimé lundi devant la justice contre l’ancien producteur hollywoodien. Elle a décrit deux agressions sexuelles en 2006.

L’ancienne assistante de production britannique, deuxième victime présumée d'Harvey Weinstein, a témoigné lors du procès de l’ancien producteur de cinéma.

L’ancienne assistante de production britannique, deuxième victime présumée d'Harvey Weinstein, a témoigné lors du procès de l’ancien producteur de cinéma. Image: Keystone

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Miriam Haleyi ferme les yeux. «Physiquement, j’essayais de m’extirper jusqu’au moment j’ai réalisé que c’était peine perdue et j’ai fait le vide», raconte-t-elle d'une voix frêle. L’ancienne assistante de production britannique, deuxième victime présumée d'Harvey Weinstein à témoigner lors du procès de l’ancien producteur de cinéma, semble ployer en ce lundi matin sous le poids des questions de la procureure new-yorkaise Meghan Hast. «J’ai réalisé qu’il (ndlr: Harvey Weinstein) était en train de me violer», explique-t-elle entre deux sanglots.

L’agression que la Britannique de 42 ans décrit s’est déroulée le 10 juillet 2006 dans l’appartement d'Harvey Weinstein dans le quartier de Soho à New York. La rencontre démarre de manière quasiment anodine lorsque le chauffeur d’Harvey Weinstein amène la jeune femme dans l’appartement. «Harvey était à l’étage», raconte Miriam Haleyi. «Il était amical, normal. Il m’a dit bonjour. (…) La télévision était allumée.» La jeune femme dit avoir été assise d’un côté du canapé et le producteur de l’autre. «À un moment, Harvey m’a sauté dessus et il a essayé de m’embrasser.»

Similitudes avec les faits décrits par la première victime

La violence de l’agression que décrit alors Miriam Haleyi rappelle celle qu’avait décrite jeudi dernier l’actrice Annabella Sciorra lors de sa propre interaction avec Harvey Weinstein au début des années 1990. Miriam Haleyi raconte comment le producteur l’a poussée sur le lit et s’est mis sur elle. «J’essayais de me lever mais il me repoussait. J’ai essayé de le repousser et l’ai repoussé mais il a insisté.» À la table de l’accusation, Harvey Weinstein fixe Miriam Haleyi du regard. Il hoche la tête négativement, fait une grimace. «Je me suis dit que je n’avais aucune chance», glisse-t-elle.

Miriam Haleyi avait rencontré Harvey Weinstein deux mois avant cette agression présumée à l’hôtel Majestic pendant le festival de Cannes. Le producteur lui avait demandé de lui faire un massage. Elle avait refusé mais avait échangé son numéro avec lui dans l’espoir d’obtenir un travail à New York. Harvey Weinstein lui avait trouvé un poste d’assistante de production sur le plateau de Project Runway, une émission de télé réalité et lui avait offert un billet d’avion pour assister à la première d’un film à Los Angeles. Selon le témoignage de Miriam Haleyi, il avait aussi fait irruption dans l’appartement new-yorkais de la jeune femme pour l’inviter à un voyage à Paris, chose qu’elle n’avait cessé de refuser.

Nouvelle invitation acceptée

Pourquoi dans ces conditions, Miriam Haleyi a-t-elle accepté l’invitation d'Harvey Weinstein le 10 juillet 2006 et s’est-elle rendue à son appartement? L’ancienne assistante de production tente de s’expliquer. Une première fois à la procureure Meghan Hast. Puis une seconde lors du contre-interrogatoire de Damon Cheronis, l’avocat d'Harvey Weinstein. Assise dans le box des témoins, la Britannique au visage rond et aux traits fin, répond avoir voulu remercier le procureur de cinéma d’avoir payé son billet d’avion pour son voyage à Los Angeles prévu vingt-quatre heures plus tard.

Quinze jours après le premier viol présumé, Miriam Haleyi accepte une nouvelle invitation d'Harley Weinstein dans un grand hôtel new-yorkais. «J’essayais encore de comprendre ce qu’il m’était arrivé. Je ne savais pas comment le gérer», explique-t-elle pendant l’audience. «Avez-vous accepté de le voir à l’hôtel Tribeca?», lui demande la procureure. «J’ai accepté oui». Elle ajoute: «Je me souviens que je voulais… je voulais reprendre le pouvoir.»

«Il m’a tirée vers le lit»

À son arrivée à l’hôtel, Miriam Haleyi raconte s’être retrouvée dans la chambre d'Harvey Weinstein. «Il m’a presque immédiatement tirée vers le lit», dit-elle. «À ce moment, je me suis dit: c’est reparti». La jeune femme éclate en sanglots. «Je me suis dit, quelle idiote.» Harvey Weinstein a le regard perdu dans le vide pendant que Miriam s’essuie les yeux. «Il m’a tirée vers le lit. J’étais allongée sans bouger», poursuit-elle en s’essuyant les yeux. «Il a eu une relation sexuelle avec moi. Il m’a dit des choses comme «Tu es une pute et une chienne». Harvey Weinstein secoue la tête.

La procureure Meghan Hast demande alors à Miriam Haleyi comment elle se sentait en sortant de l’hôtel du producteur. «J’avais honte. Le premier incident était honteux mais je ne m’en voulais pas», glisse-t-elle sous les yeux de Gloria Allred, une célèbre avocate aux États-Unis qui représente aussi Annabella Sciorra.

Dès le début de son contre-interrogatoire, Damon Cheronis s’étonne des messages amicaux envoyés au fil des ans par le témoin à Harvey Weinstein. Il parle d’un projet d’émission intitulé «Trash TV» que la jeune femme avait soumis au producteur. Il mentionne un e-mail envoyé par Miriam Haleyi le 25 janvier 2009 dans lequel elle dit à Harvey Weisntein être «dégoûtée» de l’avoir manqué à Londres et lui demande du travail. «J’espère que tu vas super bien», écrit-elle dans ce message qu’elle signe «Paix et Amour».

Contre-interrogatoire de trois heures

Damon Cheronis montre aussi au témoin les petits cœurs qu’elle avait dessinés dans son agenda la semaine de juillet 2006 où elle accuse Harvey Weinstein d’avoir abusé d’elle. Un contre-interrogatoire de trois heures qui tend vers une seule question, posée en fin d’après-midi, par l’avocat et qui est au cœur de la théorie de la défense depuis le début du procès. «Le fait est que vous avez eu une relation sexuelle avec Monsieur Weinstein, n’est-ce pas?». «Non», répond posément le témoin.

Peu avant la clôture de l’audience, la procureure demande une dernière fois à Miriam Haleyi pourquoi elle n’a pas rompu le contact avec Harley Weinstein après les deux agressions sexuelles et n’a pas peur de le revoir. Réponse de Miriam Haleyi: «Je pensais qu’après avoir pris ce qu’il voulait, il ne voulait plus de moi pour ça.»

À l’issue de l’audience, Harley Weinstein quitte le tribunal en s’appuyant sur son déambulateur. L’homme de cinéma s’arrête face aux photographes qui crient son nom. Il pose pour la photo et leur lance «c’est bon?» avant d’entrer dans l’ascenseur.

Créé: 27.01.2020, 23h14

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