Le renoncement de Trump signe l’abandon des Kurdes

Proche-OrientLe retrait annoncé des forces américaines de Syrie fait le jeu de Bachar el-Assad et de ses alliés mais aussi de la Turquie.

Une image qu’on ne verra plus: des soldats américains et leurs alliés de la milice kurde YPG près de la frontière entre la Syrie et la Turquie.

Une image qu’on ne verra plus: des soldats américains et leurs alliés de la milice kurde YPG près de la frontière entre la Syrie et la Turquie. Image: Keystone

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«Maintenant, nous avons gagné, il est temps de rentrer!» En annonçant mercredi dans une vidéo postée sur son compte Twitter son intention de mettre fin à l’engagement militaire américain en Syrie (2000 hommes), Donald Trump a pris tout le monde de court. D’autant que l’État islamique (EI, Daech en arabe) n’est encore pas totalement défait. «L’organisation conserve des positions territoriales dans l’Est», ont rappelé jeudi les Français, membres de la coalition. Ils ne sont pas les seuls à être stupéfaits par cette volte-face de Donald Trump.

L’annonce de ce «retrait total qui interviendra aussi rapidement que possible», selon un haut responsable américain qui a voulu garder l’anonymat, fait des vagues au sein même de la Maison-Blanche. Rien ne laissait présager un tel revirement aux conséquences stratégiques majeures. Il y a moins de dix jours, l’émissaire des États-Unis pour la coalition internationale antidjihadistes, Brett McGurk, répétait que Daech était loin d’être durablement vaincu et que la présence américaine allait donc encore durer un bon moment. Jim Mattis, le ministre américain de la Défense, avait lui-même mis en garde contre les conséquences d’un départ précipité. Ces arguments n’ont pas dissuadé Donald Trump de tourner la page.

Républicains critiques

Au Congrès, plusieurs élus républicains ont d’ores et déjà déploré le choix du président. «C’est une énorme erreur», a prévenu le sénateur Lindsey Graham, habituellement proche de Donald Trump. Pour le sénateur de Floride Marco Rubio, cette décision, prise en dépit de mises en garde «quasi unanimes» de la part des militaires, est une erreur «qui hantera l’Amérique pendant des années».

Tout bénéfice pour Moscou

Pour les stratèges, cette décision échappe à toute logique. «La présence américaine ne visait pas seulement à combattre Daech. C’était aussi un moyen de peser sur le processus de transition tant que les forces iraniennes étaient présentes en Syrie», rappelle le politologue suisse Hasni Abidi. «Au final, cela va profiter à l’axe Moscou-Ankara-Téhéran», résume ce dernier. «Cela fait de la Russie la puissance étrangère qui détient les clés du pouvoir syrien», constate aussi Jonas Parello-Plesner, de l’Hudson Institute.

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De fait, le Kremlin n’a pas boudé sa joie à l’annonce du retrait des forces armées américaines de Syrie. «C’est une véritable et réelle perspective pour le règlement politique», s’est réjouie la porte-parole du Ministère russe des affaires étrangères, Maria Zakharova. Autrement dit, la voie est libre pour un règlement politique sous parrainage russe. C’est du moins comme cela que Moscou l’interprète.

Reste maintenant à mesurer les conséquences d’une telle annonce sur le terrain. Tous les experts sont d’accord pour dire que les Kurdes, jusque-là soutenus par les Américains, vont être les grands perdants de ce revirement. Privée de la protection de Washington, la milice kurde YPG, qui se bat contre les djihadistes de Daech dans le nord de la Syrie, va se retrouver exposée aux foudres de Recep Tayyip Erdogan. Le président turc n’a de cesse de répéter qu’il veut «se débarrasser» de ces combattants qu’il associe aux «terroristes» du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Camouflet

«C’est un camouflet pour les Kurdes, observe Hasni Abidi. Erdogan va interpréter cette décision comme un feu vert. Cela va le rendre encore plus offensif. C’est sans doute un tournant dans la crise syrienne», ajoute le politologue. L’agence France-Presse a rapporté le témoignage de Rafee Ismail, commerçant dans la ville kurde de Qamichli (nord-est de la Syrie), qui vit le retrait américain comme «une trahison des principes humanitaires». Un sentiment partagé par tous les Kurdes.

Les Israéliens, à l’image de l’ancien ministre de la Défense, Avigdor Liberman, ne voient pas non plus d’un bon œil la décision américaine. Ce dernier a averti que cela pourrait entraîner une guerre dans le Nord entre Israël et les forces soutenues par l’Iran. Une perspective qui n’inquiète pas le premier ministre israélien. Benyamin Netanyahou affirme qu’Israël «saurait se défendre» contre les éventuelles menaces venues de chez son voisin.

Au final, cette nouvelle donne pourrait faire le jeu des derniers combattants de Daech retranchés près de la frontière irakienne. Un rapport américain récent a indiqué qu’ils étaient encore 14 000 en Syrie et encore plus en Irak voisin. Le chaos engendré par un assaut sanglant des Turcs sur les Kurdes leur offrirait une bouffée d’oxygène dont ils profiteraient pour essaimer à nouveau et mener des guérillas.

(TDG)

Créé: 20.12.2018, 20h05

Des réactions contrastées

Le moins que l’on puisse dire est que la décision de Donald Trump a suscité des réactions contrastées.
Vladimir Poutine «Donald a raison. Je suis d’accord avec lui», a lancé le président russe. «Nous avons porté des coups sérieux à l’EI en Syrie».
Heiko Maas «L’EI a reculé mais la menace n’est pas terminée», a dit le chef de la diplomatie allemande, craignant que le retrait américain ne «nuise» au combat contre les djihadistes.
Patrik Steiger «L’annonce du président américain n’a à ce stade aucune incidence sur la continuation de la participation française
à la campagne militaire contre Daech au sein de la coalition»,
a noté le porte-parole des armées françaises.
Hassan Rohani «L’intégrité territoriale de la Syrie doit être respectée par toutes les parties», a assuré le président iranien à Ankara.
Hulusi Akar «En temps et lieu voulus, ils (ndlr: les Kurdes) seront enterrés dans les fosses qu’ils creusent», a lancé le ministre turc de la Défense.
B.BR./Agences

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