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«La religion est en déclin aux États-Unis»

Paradoxe. La droite évangélique a porté Donald Trump au pouvoir, mais les chrétiens reculent d’année en année! Conférence ce mercredi à Genève.

Pour un observateur comme Lauric Henneton, le déclin religieux est très marqué aux Etats-Unis.
Pour un observateur comme Lauric Henneton, le déclin religieux est très marqué aux Etats-Unis.
Keystone

Les Etats-Unis sont en pleine mutation. Vu d’Europe, on ne voit trop souvent qu’une Amérique évangélique, souvent jugée bigote. Mais la réalité est beaucoup plus complexe: génération après génération, de moins en moins de personnes s’y déclarent chrétiennes. Seulement voilà: elles ne votent pas pour autant. Invité à Genève pour une conférence ce mercredi 13 juin à 18h30 au Musée international de la Réforme, Lauric Henneton analyse ce phénomène surprenant. Maître de conférences à l’Université de Versailles, il a publié l’an dernier «La fin du rêve américain?» chez Odile Jacob.

N’est-il pas paradoxal de parler de déclin de la religion aux États-Unis alors même que la droite évangélique triomphante a contribué à l’élection de Donald Trump?

Le déclin est très marqué, les indices ne manquent pas. Mais pour comprendre le paradoxe, il faut bien distinguer démographie religieuse et effet électoral. La part de la population qui déclare son appartenance à une Église chrétienne diminue d’année en année. Les jeunes adultes, même s’ils ont jadis été baptisés catholiques ou protestants, ne s’identifient plus comme tels. On voit de plus en plus de gens cocher la case «none» (aucune) quand on leur demande leur religion. Aux États-Unis, on les surnomme les «nones». Cette population vote peu, elle est politiquement sous-représentée. À l’opposé, la droite évangélique est très mobilisée. Il s’agit d’un électorat blanc, plus âgé et discipliné, dont l’implication en politique fait partie de l’engagement religieux.

Ce déclin est-il très rapide?

Dans les années 1990 et 2000, les «nones» ne représentaient jamais plus de 10% de la population. Or, aujourd’hui, dans certains États, il s’agit de la catégorie «religieuse» la plus importante. Ils sont à peu près 25% sur le plan national et même 40% parmi les jeunes!

Comment expliquer le phénomène? Qu’est-ce qui a déclenché ce recul de la foi

Ce n’est pas forcément un recul de la spiritualité. Comme en Europe, la plupart des gens qui ne s’identifient pas avec une religion ont leur propre système de croyances, plus personnelles, qui n’acceptent aucun dogme. Cependant, on peut penser que les scandales sexuels dans l’Église catholique ont eu un impact. De même, l’hypocrisie de certains prédicateurs évangéliques, révélée par des affaires de mœurs ou de détournements de fonds, a certainement fait des dégâts. Il y a aussi des jeunes évangéliques agacés par le conservatisme moral de leur Église. De manière plus générale, on peut imaginer que l’augmentation des «nones» est liée à l’accès des masses à l’éducation supérieure. C’est d’ailleurs dans les campus que les lobbys politiques tentent de recruter cet électorat difficile…

Pourquoi sont-ils si peu mobilisés politiquement?

Précisément parce qu’ils ne s’identifient pas aux institutions, qu’il s’agisse d’Églises, de partis ou encore de syndicats. Même ceux qui votent démocrate se déclarent plutôt indépendants!

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