La procédure de destitution de Donald Trump expliquée

Etats-UnisL’ancien promoteur immobilier est le 3e président de l’histoire des États-Unis à être menacé de destitution. Mode d’emploi.

Donald Trump se pose en victime d’une «chasse aux sorcières» et insulte les démocrates sur Twitter.

Donald Trump se pose en victime d’une «chasse aux sorcières» et insulte les démocrates sur Twitter. Image: AFP

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Le scénario semble déjà écrit. Au terme d’un procès de plusieurs semaines, le président des États-Unis sera acquitté par un Sénat contrôlé par son propre Parti républicain. Malgré cette issue probable, les Américains auront les yeux rivés, dès mardi, sur un procès historique. Dans le box des accusés, on retrouve un Donald Trump issu de la téléréalité qui a décidé de confier sa défense à un homme qui avait lui-même tenté de faire destituer Bill Clinton en 1998.

Les faits reprochés semblent sortis des «Soprano» ou de «House of Cards». Dès ce mardi, sept parlementaires démocrates vont plaider en faveur de la destitution du président pour abus de pouvoir et entrave au Congrès. Parmi eux, Jerry Nadler est un vieux rival de Donald Trump à New York, à l’époque où il faisait la une des tabloïds. Les sept représentants vont se concentrer sur l’appel du 25juillet 2019, au cours duquel Donald Trump avait demandé une «faveur» au président ukrainien pour qu’il enquête sur le fils de l’ancien vice-président Joe Biden.

Le procès va tenir en haleine les Américains ces prochaines semaines en raison du suspense qui plane sur la potentielle convocation de témoins à charge contre Donald Trump. Les regards se tournent vers John Bolton, l’ancien conseiller à la Sécurité nationale des États-Unis, qui avait démissionné l’année dernière en raison de désaccords avec Donald Trump.

Un autre homme est aussi prêt à parler: Lev Parnas. L’ancien homme de main de l’avocat de Donald Trump, Rudy Giuliani, a été inculpé par la justice américaine. Dans une série d’interviews accordées aux médias américains la semaine dernière, il a affirmé que la campagne de pression qu’il menait en Ukraine était orchestrée par l’entourage du président et avait un but: que Donald Trump soit réélu cette année.


Les procureurs

Adam Schiff. Crédit: AFP

Mercredi dernier, Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants, a nommé les sept parlementaires qui serviront de procureurs au procès de Donald Trump. Leur rôle est de défendre la mise en accusation du président votée le 18 décembre par les représentants et de présenter aux sénateurs les éléments du dossier.

Ces sept parlementaires sont emmenés par Adam Schiff, un élu californien et un ancien procureur fédéral à Los Angeles qui a mené, l’automne dernier, l’enquête sur Donald Trump. À ses côtés, on retrouve les députés new-yorkais Jerry Nadler et Hakeem Jeffries; Zoe Lofgren, une représentante de Californie; Val Butler Demings, une élue afro-américaine de Floride qui fut la cheffe de la police d’Orlando; Jason Crow, un représentant du Colorado qui a combattu en Afghanistan et en Irak; et Sylvia Gracia, une parlementaire d’origine hispanique et une ancienne juge à Houston.

Au moment d’annoncer la nomination de ces sept procureurs, Nancy Pelosi avait souligné sa volonté de mettre l’accent sur leur expérience juridique.


Le juge

John Roberts. Crédit: AFP

John Roberts est le président de la Cour suprême. Ce magistrat de 65 ans, nommé par George W. Bush en 2005, va présider le procès au Sénat, comme le requiert la Constitution américaine. Son rôle devrait principalement rester procédural au cours des audiences qui seront dictées par des considérations politiques et par Mitch McConnell, le leader de la majorité républicaine au Sénat. Il pourrait néanmoins être appelé à décider des questions épineuses comme la convocation de témoins au cas où les sénateurs seraient incapables de se départager.

La présence de John Roberts confère aussi une solennité au procès. À noter que lorsque Donald Trump avait critiqué en 2018 un verdict défavorable pour lui en traitant de «juge Obama» le magistrat responsable du verdict, John Roberts avait recadré le président des États-Unis.


L’accusé

Donald Trump. Crédit: AFP

Le président des États-Unis est un habitué des procédures légales. Au cours de sa carrière, Donald Trump, 73 ans, a déjà été impliqué dans plus de 4000 plaintes, selon un décompte du quotidien «USA Today». Mais il a passé sa vie à éviter les procès et la grande majorité d’entre elles n’ont jamais été jugées. Dans ce contexte, le procès au Sénat est inhabituel pour lui.

Donald Trump est seulement le troisième président de l’histoire des États-Unis à comparaître devant le Sénat et à être menacé de destitution. Il aborde le procès en jouant depuis des mois le rôle de la victime d’une «chasse aux sorcières» et d’une «arnaque» de la part de la majorité démocrate à la Chambre des représentants, qu’il insulte copieusement sur Twitter.

«L’acte d’accusation des démocrates à la Chambre des représentants est une attaque contre le droit des Américains de choisir librement leur président», ont affirmé samedi les avocats de Donald Trump dans leur réponse à la plaidoirie écrite des sept procureurs démocrates. Ces derniers ont qualifié samedi le comportement de l’actuel président américain de «pire cauchemar des Pères fondateurs» des États-Unis.

Donald Trump, dont la présence n’est pas requise à son procès, ne cesse d’affirmer que son appel au président ukrainien Volodymyr Zelensky, le 25 juillet 2019, était «parfait». Il a assuré avoir voulu combattre la corruption en Ukraine et affirme aussi n’avoir pas reçu la possibilité de se défendre à la Chambre des représentants, alors qu’il n’a cessé de bloquer les documents et les témoins que réclamaient les élus qui menaient l’enquête contre lui. Sa mise en accusation pour abus de pouvoir et entrave au travail du Congrès a été votée le 18 décembre dernier par la Chambre des représentants avec les seules voix des élus de la majorité démocrate.


Le témoin

John Bolton. Crédit: AFP

Pendant l’enquête de la Chambre des représentants, plusieurs membres de l’administration Trump avaient défié l’interdiction de témoigner qu’ils avaient reçue de la part de la Maison-Blanche et accablé le président. Ils avaient décrit une diplomatie parallèle menée en Ukraine par Rudy Giuliani, l’ancien maire de New York, pour tenter d’obtenir des éléments compromettants sur l’ancien vice-président Joe Biden.

Un témoin clé de cette diplomatie parallèle du clan Trump avait néanmoins refusé de comparaître devant la Chambre des représentants: John Bolton. Selon le témoignage de Fiona Hill, une de ses proches collaboratrices, l’ancien conseiller de Donald Trump en matière de sécurité nationale avait refusé de participer au complot présumé et l’avait qualifié de «trafic de drogue».

John Bolton s’est déclaré prêt à répondre favorablement à une assignation à comparaître de la part des sénateurs, mais Mitch McConnell n’a jusqu’ici montré que peu d’enthousiasme pour ce témoignage. Les républicains réclament la comparution de Hunter Biden, le fils de Joe Biden.


Les avocats

Ken Starr. Crédit: AFP

Pour assurer sa défense au cours d’un procès hypermédiatisé, Donald Trump a choisi d’assurer le spectacle. Il a engagé vendredi Ken Starr, l’ancien procureur de l’affaire Lewinsky qui avait tenté de faire destituer Bill Clinton en 1998 et 1999. Ken Starr, 73 ans, est un personnage qui divise les Américains. Ce commentateur de la chaîne ultraconservatrice Fox News avait été renvoyé en 2016 de l’Université Baylor, dont il assurait la présidence, après avoir été accusé d’avoir ignoré des cas d’agression sexuelle.

Ken Starr sera associé à Alan Dershowitz, un professeur de droit constitutionnel à Harvard et l’un des anciens avocats d’O.J. Simpson. Alan Dershowitz a récemment été éclaboussé par l’affaire Epstein. Détail piquant que révèle Politico: en 1998, Alan Dershowitz avait traité Ken Starr de «danger» pour la démocratie américaine.


Les jurés

Les sénateurs prêtant serment. Crédit: AFP

Le sort de Donald Trump est entre les mains des 100 sénateurs qui serviront de jurés lors de ce procès au cours des prochaines semaines. Alors que la Chambre des représentants, qui a mené l’enquête sur le président des États-Unis et a voté sa mise en accusation, est à majorité démocrate, le rapport de force est inversé au Sénat. Les républicains y contrôlent 53 sièges, ce qui permet à Mitch McConnell, le leader de la majorité républicaine, de fixer les règles du procès. Malgré le serment qu’il a prêté jeudi de rendre une «justice impartiale», l’élu du Kentucky, qui est marié à une ministre de Donald Trump, a déjà affirmé en décembre qu’il ne serait pas «un juré impartial».

Ces dernières semaines, Mitch McConnell s’est opposé aux sénateurs démocrates. L’élu de 78 ans a refusé de garantir la convocation et l’admission de témoins avant l’ouverture du procès. Ces questions seront soumises au vote au cours du procès. Les 47 sénateurs démocrates devront convaincre quatre de leurs collègues républicains de soutenir leur appel pour pouvoir convoquer des témoins.

Créé: 19.01.2020, 22h27

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