«La présidence Trump est un test pour notre système»

États-Unis Norm Eisen était l’avocat de la Maison-Blanche pour les questions d’éthique sous la présidence Obama. Entretien.

Avocat spécialisé dans les questions d’éthique, Norm Eisen ne laisse rien passer à Donald Trump.

Avocat spécialisé dans les questions d’éthique, Norm Eisen ne laisse rien passer à Donald Trump. Image: Getty

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Norm Eisen a choisi de défier Donald Trump sur Twitter. L’ancien avocat de la Maison-Blanche pour les questions éthiques sous la présidence Obama répond du tac au tac aux tweets du président milliardaire. Mercredi, alors que Donald Trump s’est une nouvelle fois attaqué aux médias américains en proclamant des «prix» aux organes de presse dont il désapprouve la couverture, Norm Eisen a décerné le Pinocchio d’or au président pour le plus gros de ses 2000 mensonges recensés par le Washington Post.

Donald Trump affirme jour après jour qu’il n’y a eu aucune collusion entre sa campagne et la Russie en 2016. Vous lui avez décerné le Pinocchio d’or mercredi pour cette affirmation. Pourquoi?

Personne ne croit Donald Trump lorsqu’il affirme qu’il n’y a eu aucune collusion. Dans son plaider-coupable l’année dernière, Michael Flynn (ndlr: l’ancien conseiller à la sécurité nationale) a admis qu’il y avait eu collusion avec la Russie pendant la période de transition entre l’élection présidentielle et l’entrée en fonction de Donald Trump. Beaucoup de membres de l’équipe de transition de Trump étaient au courant. Bob Mueller (ndlr: l’ancien patron du FBI qui mène l’enquête sur le clan Trump et la Russie) doit désormais déterminer si cette coopération avec un gouvernement hostile à nos intérêts a commencé avant la période de transition. Il y a eu tellement de contacts.

Il y a un grand débat en ce moment sur la santé mentale du président. Son médecin a indiqué cette semaine que celui-ci était en «excellente forme». Qu’en pensez-vous?

Les experts doivent se réunir et analyser le comportement si bizarre, étrange, dangereux et impulsif du président. Découle-t-il d’une volonté de passer outre les normes de bienséance ou témoigne-t-il d’un problème plus sérieux? Je ne connais pas la réponse à cette question, mais je pense que nous devons en parler. Certains Américains disent que les spécialistes psychiatriques ne devraient pas discuter de cette question en public. Je ne suis pas d’accord. Dans le cadre de son bilan de santé annuel, le président s’est soumis à un bref test de dépistage normalement utilisé pour des patients nettement plus vieux que lui et qui souffrent d’alzheimer ou de troubles cognitifs. Il faudrait des tests physiques et psychiatriques bien plus poussés.

Plus les détracteurs de Trump remettent en question ses capacités intellectuelles et soutiennent l’enquête sur la Russie, plus les supporters du président font bloc derrière lui. Ne craignez-vous pas de mettre de l’huile sur le feu?

Il ne faut jamais s’auto-censurer dans une quête de vérité. Selon un nouveau sondage Quinnipiac, une majorité d’Américains (ndlr: 47%) pense la même chose que moi et estime que Donald Trump n’est pas stable mentalement. Les gens sont inquiets. Nous ne pouvons pas nous laisser influencer par ce que pense une minorité des supporters du président. Donald Trump ne cesse d’attaquer la liberté de la presse. Êtes-vous content que des sénateurs républicains comme Jeff Flake ou John McCain l’aient défendue cette semaine? Oui. Le président a tort. La liberté de la presse et de parole est l’une des grandes forces de la démocratie américaine. Elle est protégée par le premier amendement dans la Constitution. Les tentatives de Donald Trump pour tenter de changer la loi et faciliter les plaintes contre la presse prouvent qu’il ne comprend pas la Constitution. Il ne peut pas la changer.

Pour beaucoup d’Américains, la présidence Trump teste les limites de la séparation des pouvoirs, pilier de la démocratie américaine. Ils citent la décision du Congrès à majorité républicaine de donner carte blanche au président pour dire et faire ce qu’il veut. Partagez-vous cette inquiétude?

La présidence de Trump est un vrai test pour le système politique américain. La bonne nouvelle est qu’il a résisté jusqu’ici. La branche judiciaire a été très forte et a contré Donald Trump à plusieurs reprises. La branche parlementaire, le Sénat notamment, mène l’enquête sur la Russie. Certains républicains se sont affranchis de leur parti dans des dossiers et le Congrès a résisté à certaines des pires idées de Donald Trump. Le massacre de l’assurance maladie a échoué. Même le gouvernement a contenu le président. Par exemple, l’inspecteur général de la Cour des comptes s’intéresse de près à l’utilisation de jets privés financée par des fonds publics pour les déplacements de certains membres du gouvernement.

Le groupe dont vous faites partie a publié un rapport cette semaine qui affirme que la première année de la présidence Trump fut la plus immorale de l’histoire moderne américaine. Le président ne semble néanmoins pas se soucier des conflits d’intérêts. L’éthique compte-t-elle toujours à Washington?

Oui, l’éthique a toujours son importance. La cote de popularité de Donald Trump est en chute libre à cause, en partie, des questions éthiques. Il a le comportement le plus immoral et la pire cote de popularité pour un président après une année de mandat. De nombreuses enquêtes et plaintes sont en cours. Mon organisation (ndlr: Citizens for Responsibility and Ethics in Washington) a lancé 182 procédures légales contre Donald Trump. Je pense qu’il va finir par payer un prix au niveau légal.

Un juge fédéral a débouté le mois dernier l’une de vos plaintes accusant le président de profiter financièrement de la présidence…

C’était seulement la première. Mais il y en a une autre beaucoup plus sérieuse qui aborde le même problème, mais avec d’autres plaignants, l’État du Maryland et le District de Columbia. Et il y a d’autres cas. Dans notre système de justice, vous pouvez toujours courir, mais vous ne pouvez pas vous cacher.

Créé: 18.01.2018, 21h20

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