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ChiliPédophilie: le pape tente de gommer ses erreurs

Face au scandale, le pape François a reçu au Vatican trois victimes chiliennes de pédophiles appartenant à l'Eglise.

Trois victimes chiliennes d'abus sexuels reçues longuement par le pape ont dénoncé mercredi l'omerta d'une partie de la haute hiérarchie de l'Eglise catholique du Chili malgré une véritable «épidémie» de cas dans leur pays, l'un d'eux montrant du doigt un cardinal de la garde rapprochée du pape.

Le pape François, déterminé à corriger ses «graves erreurs» d'appréciation sur un scandale de pédophilie du clergé au Chili, a écouté durant de longues heures ces trois Chiliens reçus plusieurs jours dans sa résidence de la Cité du Vatican, avant de livrer leurs impressions mercredi devant la presse.

Leur dénonciation de la hiérarchie de la conservatrice Eglise chilienne intervient au lendemain de l'annonce du prochain procès en Australie du numéro trois du Vatican, le cardinal australien George Pell, pour des accusations d'agressions sexuelles anciennes qu'il rejette.

François, qui proclame «la tolérance zéro» pour les prêtres pédophiles, est sans cesse rattrapé par un sujet longtemps étouffé au sein de l'Eglise et désormais largement médiatisé dans de nombreux pays lorsque les victimes finissent pas s'exprimer parfois au bout de décennies.

Le cardinal Pell, mis en congé du Vatican depuis fin juin 2017 pour aller se défendre en Australie, préside une puissante commission de neuf cardinaux (C9) chargée de conseiller le pape François sur les réformes de la Curie.

L'une des victimes chiliennes du père Fernando Karadima, un ancien formateur de prêtres reconnu coupable en 2011 par un tribunal du Vatican d'avoir commis des actes pédophiles dans les années 1980 et 1990, a précisément mis en cause le cardinal Javier Errazuriz, l'un des membres du C9 qui vient régulièrement à Rome.

«Tous en prison»

«Le cardinal Errazuriz est un vrai criminel, un homme qui a couvert les actes odieux de Karadima» pendant au moins cinq ans, a affirmé James Hamilton, en détaillant des rendez-vous. «Tous en prison», a-t-il commenté, en dénonçant aussi le silence d'un autre cardinal chilien, Mgr Ricardo Ezzati.

Au Chili, où environ 80 membres du clergé ont été impliqués dans une série d'affaires d'abus sexuels ces dernières années, selon une association de victimes, la venue du pape à la mi-janvier avait ravivé les plaies. Il avait transformé le voyage en fiasco médiatique en défendant avec force un évêque chilien, Mgr Juan Barros, soupçonné d'avoir caché les actes pédophiles du père Fernando Karadima.

Le pape s'était déclaré persuadé de l'innocence de Juan Barros et avait demandé aux victimes présumées des preuves de sa culpabilité. Avant de présenter ses excuses pour ces propos maladroits et dépêcher au Chili deux enquêteurs.

En lisant les conclusions de cette enquête de 2300 pages, comprenant 64 témoignages, le souverain pontife a poursuivi son mea culpa en reconnaissant voici trois semaines avoir commis «de graves erreurs» d'appréciation de la situation au Chili dans une lettre aux 32 évêques du pays. Le pape, évoquant «un manque d'informations véridiques et équilibrées», a convoqué à Rome la troisième semaine de mai l'ensemble des évêques chiliens.

«J'ai dit au pape que Barros nous voyait quand nous étions abusés sexuellement, je crois que c'est clair pour le pape maintenant», a dit Juan Carlos Cruz, qui a parlé avec François durant près de trois heures.

«Dupé» par les cardinaux chiliens

«Lorsque le pape m'a demandé pardon, je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi contrit. J'ai senti qu'il avait mal», a confié le Chilien qui se présente comme un catholique. «Ma conclusion est que le pape était mal informé», qu'il a été «dupé» par les cardinaux chiliens, a jugé Cruz, qui n'a pas demandé au pape argentin s'il avait reçu sa lettre dénonçant déjà Barros en 2015.

«Nous espérons que le pape François transformera ses paroles d'amour et de miséricorde en actions exemplaires», ont écrit les trois victimes dans un texte commun, dans lequel ils remercient aussi François d'avoir «demandé pardon en son nom et au nom de l'Eglise universelle».

Pour Jose Andrés Murillo, «ce n'est pas un moment de triomphe, une chose réparatrice». «Je travaille constamment avec des enfants victimes d'abus, j'ai pensé à eux», a-t-il confié. «Nous n'étions pas ici pour faire des relations publiques, nous attendons des actions», a-t-il ajouté.

AFP

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