Juan Guaidó, vrai messie ou simple marionnette?

VenezuelaC’est son mentor Leopoldo López, en résidence surveillée, qui aurait orchestré la campagne pour délégitimer et isoler le président Maduro.

Le président autoproclamé Juan Guaidó avec sa femme Fabiana (à g.) et sa fille Miranda, dimanche à la messe, à Caracas.

Le président autoproclamé Juan Guaidó avec sa femme Fabiana (à g.) et sa fille Miranda, dimanche à la messe, à Caracas. Image: Keystone

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Héros ou pantin? Du jour au lendemain, Juan Guaidó est devenu une célébrité le 23 janvier en s’autoproclamant «président par intérim» du Venezuela. Ce député de 35 ans était pourtant inconnu dans son pays lorsqu’il a accédé au perchoir du parlement le 5 janvier. À peine 3% des Vénézuéliens connaissaient son nom, selon l’institut Delphos. Comment expliquer la soudaine ascension d’un homme si discret? Qui l’a propulsé sur le devant de la scène, défiant crânement le président Nicolás Maduro et obtenant que de nombreuses capitales le reconnaissent? Qui orchestre la révolte?

Un nom est sur toutes les lèvres: Leopoldo López. Cet économiste formé à Harvard a fondé en 2009 le parti Voluntad Popular (Volonté populaire). Ancien maire de Chacao, quartier aisé de Caracas, il est populaire mais controversé, préférant la confrontation au dialogue. Suite aux manifestations de 2014, il fut condamné à quatorze ans de prison pour incitation à la violence. Puis, en 2017, placé en résidence surveillée et interdit de presse.

C’est depuis son salon, par messages cryptés, que Leopoldo López communique avec les autres opposants. «Il est en contact avec tout le monde, tous les jours, constamment», affirme son épouse, Lilian Tintori, au quotidien britannique «The Guardian». Il aurait réuni autour d’un même objectif des mouvements souvent divisés. Surtout, il orchestre les efforts pour gagner à sa cause Donald Trump. En février 2017, juste après l’investiture du président des États-Unis, celui-ci recevait à la Maison-Blanche la femme de Leopoldo López lors d’une entrevue facilitée par Marco Rubio (fils d’immigrés cubains et sénateur républicain de l’État de Floride). En septembre, Lilian Tintori était privée de passeport vénézuélien.

Intense lobbying

Des exilés ont été chargés de multiplier les contacts diplomatiques à Washington auprès de 175 ambassades. Notamment Carlos Vecchio, formé lui aussi à Harvard et parti du Venezuela en 2014. Il est l’ambassadeur de Juan Guaidó: «L’effort que nous voyons actuellement a vraiment démarré quand nous avons décidé de ne pas participer à l’élection (ndlr: présidentielle) frauduleuse de mai dernier» et de «lancer un vrai mouvement mondial contre la reconnaissance de Maduro comme (ndlr: président) légitime le 10 janvier», date de l’investiture. Il fallait convaincre les capitales de «reconnaître le leader de l’Assemblée nationale comme président par intérim, constitutionnellement légitime». Ces démarches ont été facilitées par l’élection d’Iván Duque en Colombie et de Jair Bolsonaro au Brésil, deux leaders de droite qui avaient promis la fermeté face à leur voisin commun, le Venezuela de Maduro. Mais l’intense lobbying international se poursuit: lundi, une délégation était à Rome pour courtiser Matteo Salvini, le remuant ministre de l’Intérieur issu de la Ligue.

Enfin, le 5 janvier, c’est Juan Guaidó qui a été propulsé à la tête de l’Assemblée nationale, dominée depuis 2015 par les partis d’opposition. Ceux-ci s’étant entendus pour assurer à tour de rôle la présidence du parlement, le candidat de Volonté populaire est monté au perchoir. En l’absence de Leopoldo López (en résidence surveillée) et de Freddy Guevara (réfugié dans l’ambassade du Chili), c’est le jeune numéro trois qui est élu.

Coup de fil de Mike Pence

Il ne manquait plus qu’allumer la mèche. Le 22 janvier, le vice-président étasunien, Mike Pence, aurait appelé Juan Guaidó pour lui promettre le soutien de Donald Trump s’il s’autoproclamait président le lendemain à Caracas, lors de la manifestation organisée contre l’investiture de Maduro. La Maison-Blanche a tenu parole.

À Genève, la Vénézuélienne María Alejandra Aristeguieta se souvient avoir été prise par surprise. «Nous avons manifesté le 23 janvier sur la place des Nations en soutien à nos compatriotes et c’est sur le chemin du retour que nous avons appris que Guaidó s’était proclamé président. Nous savions que certains l’appelaient à faire le pas, mais c’était des radicaux, nous n’imaginions pas que cela se produirait. On a fêté ça!» Et ce mardi à 15 h, les Vénézuéliens de Suisse retournent manifester devant l’ONU à Genève, tandis que d’autres battent le pavé à Caracas.

Stature de héros

Détail piquant: Juan Guaidó s’est autoproclamé chef de l’État vénézuélien, mais Leopoldo López reste leader de Voluntad Popular et candidat officiel du parti. Depuis son salon, il n’a pas abandonné l’ambition de briguer la présidence. Dès lors, son poulain n’est-il qu’une marionnette? Pas sûr. Le jeune politicien est devenu une figure messianique. Dans le cœur des Vénézuéliens, il a pu remplacer les dinosaures de l’opposition. Son autoproclamation en pleine rue, au milieu de la foule, défiant un régime répressif, lui a donné une stature de héros.

(TDG)

Créé: 11.02.2019, 22h46

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