Jessica Mann raconte son « cauchemar » avec Harvey Weinstein

Procès WeinsteinL’ancienne actrice a longuement témoigné vendredi de l’agression sexuelle dont elle affirme avoir été la victime par l’ancien producteur hollywoodien. Un récit brutal dans lequel les relations sexuelles consentantes côtoient des agressions.

L'ancienne actrice (à droite) lors de son arrivée au tribunal.

L'ancienne actrice (à droite) lors de son arrivée au tribunal. Image: AFP

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Jessica Mann jette trois brefs coups d’oeil à Harvey Weinstein assis à la table de l’accusation du tribunal new-yorkais. La jeune femme de 34 ans aux longs cheveux châtains et vêtue de noir, reprend son souffle. Debout face à elle, la procureure Joan Illuzzi lui demande une pluie de détails, par moments graveleux, sur ses interactions avec l’ancien producteur hollywoodien. Les réponses de l’ancienne actrice sont brutales et entrecoupées de sanglots. Il s’y mélange des relations consensuelles avec un homme qu’elle décrit comme le «gourou de Hollywood» et des agressions présumées.

Le prévenu que décrit Jessica Mann, une jeune femme qui a eu une éducation évangélique, est à la fois «charmant» et «colérique». «Je le voyais comme mon père», glisse-t-elle. «Mon père avait la même colère en lui». Elle décrit Harvey Weinstein comme «Docteur Jekyll et Mister Hyde»: «Il pouvait être la personne la plus charmante et informative. Dans l’intimité, cela dépendait de ce que je lui donnais».

Une emprise graduelle

L’histoire racontée aux jurés est celle d’une jeune actrice, issue d’un milieu modeste, qui galérait à Los Angeles et vivait parfois dans sa voiture. Sa rencontre fortuite avec le producteur lors d’une fête à Hollywood à la fin 2012 ou au début 2013 devait être «une bénédiction de Dieu. «J’avais abandonné beaucoup de choses pour être à Hollywood», explique-t-elle, «J’ai pensé que Dieu me bénissait en me faisant rencontrer Harvey Weinstein».

La bénédiction s’est rapidement transformée en «cauchemar», selon le terme employé par Jessica Mann dans le box des témoins. Car à partir de cette première rencontre, le producteur a exercé une emprise graduelle sur la jeune femme. Lors d’un premier rendez-vous dans une librairie de Los Angeles, Harvey Weinstein lui a offert 4 livres sur l’histoire du cinéma. Lors d’une autre entrevue, il a demandé à l’actrice s’il pouvait lui faire un massage. Jessica Mann dit avoir refusé la proposition mais avoir accepté de faire elle-même un massage à Harvey Weinstein. «Il avait beaucoup de grains de beauté», glisse la jeune femme. «C’était inconfortable».

La relation ambiguë a pris alors une tournure sexuelle. La jeune actrice qui espérait faire carrière à Hollywood, décrit aux jurés du procès Weinstein une rencontre dans un hôtel de luxe de Los Angeles au cours de laquelle le producteur aurait pratiqué avec force un cunnilingus sur elle après lui avoir promis un rôle. Face à la résistance de la jeune femme, Harvey Weinstein se serait énervé. «Il a commencé à me manipuler et à me dire "Tu as accepté les invitations à mes fêtes. Tu ne partiras pas jusqu’à ce que j’aie fait quelque chose pour toi"», raconte la femme en sanglots.

«Il avait besoin de son shoot »

Après cette première agression, l’actrice reconnaît avoir eu des relations sexuelles orales consensuelles avec le producteur. Elle décrit aux jurés un pénis «sans testicules» et un homme qui n’avait pas une hygiène irréprochable. «Il sentait la merde, excusez-moi, l’excrément», glisse Jessica Mann. «Il était sale». Elle parle de sa «compassion» pour un homme consommé par la colère. «Le désireriez-vous sexuellement?», lui demande la procureure Joan Illuzzi. «Non», répond Jessica Mann. «Si je lui disais non, c’était comme un déclencheur». Elle ajoute: «C’était lui qui voulait me voir, il avait besoin de son shoot comme un drogué».

L’agression que décrit Jessica Mann dans un hôtel new-yorkais en 2013, est violente. Elle raconte sa peur en voyant arriver le producteur en avance à leur petit-déjeuner professionnel et louer une chambre dans l’hôtel. «Il a mis son bras autour de moi et m’a emmenée dans la chambre», glisse-t-elle en pleurant. «A l’intérieur de la chambre, je me suis disputée avec lui. (…) J’ai essayé d’ouvrir la porte par 2 fois et il m’a bloquée».

Assis à la table de l’accusation, Harvey Weinstein prend des notes. Jessica Mann, elle, a fermé les yeux pour raconter l’agression. Elle décrit la voix de Harvey Weinstein comme celle d’un «sergent à l’armée». «Quand il a terminé, je suis allée dans la salle de bain pour tenter de récupérer mes esprits une minute. J’ai vu une seringue dans la poubelle et ai paniqué», poursuit Jessica Mann avant d’ajouter avoir découvert par la suite que l’ancien producteur s’était injecté un médicament favorisant les érections».

Fellation forcée

Pendant plus de 5 heures, Jessica Mann raconte les sévices sexuels dont elle accuse Harvey Weinstein. Elle parle d’une fellation forcée et d’une autre relation sexuelle elle aussi forcée à l’issue de laquelle l’ancien producteur se serait excusé. «Je te trouve si jolie, je n’ai pas pu résister», lui aurait déclaré Harvey Weinstein tout en proposant à Jessica Mann de devenir sa rabatteuse et de lui «amener d’autres filles».

Chargée de mener le contre-interrogatoire de la 5e victime présumée de Harvey Weinstein à témoigner durant le procès, Donna Rotunno ne perd guère de temps pour tenter de décrédibiliser Jessica Mann. Elle dépeint la jeune femme comme une menteuse et une manipulatrice qui aurait eu des relations consensuelles avec le producteur pour faire avancer sa carrière. Elle mentionne un billet écrit par Jessica Mann pour son blog dans lequel elle décrit l’une des interactions sexuelles avec le producteur de manière différente de celle de son témoignage. Jessica Mann se défend en soulignant sa «compassion» pour l’homme qu’elle a encore revu dans les années qui ont suivi les deux agressions présumées et qu’elle a appelé à l’aide pour l’aider à payer les amendes de sa voiture. «J’étais désespérée à l’époque», glisse-t-elle. «Je n’avais pas un sou».

A l’issue de l’audience, Harvey Weinstein quitte la cour prostré sur son déambulateur. Aux journalistes qui lui demandent sous les flashs des photographes comment il s’est senti à l’intérieur du tribunal lorsque Jessica Mann a décrit son pénis, l’ancien homme de cinéma ralentit et sourit avant de s’engouffrer dans l’ascenseur.

Créé: 01.02.2020, 09h02

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