La grande marche des survivants de fusillade

États-UnisAprès le drame de l’école Marjorie Stoneman Douglas à Parkland, les élèves sont en tournée cet été pour encourager les jeunes à voter lors des élections d’automne.

Pendant que Kristen McConnell et ses amis réunissaient leurs sympathisants anti-armes, CJ Grisham, lui, organisait un rassemblement des pro-armes non loin.

Pendant que Kristen McConnell et ses amis réunissaient leurs sympathisants anti-armes, CJ Grisham, lui, organisait un rassemblement des pro-armes non loin. Image: Jean-Cosme Delaloye

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La chaleur et l’humidité étouffent Tallahassee, une capitale de Floride désertée en ce samedi après-midi de fin juillet. Emma Gonzalez, David Hogg, Ryan Deitsch, Sarah Chadwick, Kristen McConnell et les autres jeunes survivants de la fusillade qui a fait 17 victimes dans l’école Marjory Stoneman Douglas à Parkland en Floride le 14 février, recherchent désespérément un peu d’ombre en attendant le début de leur rassemblement.


Lire l'éditorial: Le dur combat des survivants de Parkland


Les élèves de Parkland sont passés en mode «rock stars» cet été et Tallahassee est la 33e étape de la tournée qu’ils ont entamée le 15 juin à Chicago. Depuis cette date-là, ils sillonnent les États-Unis dans un grand bus gris métallisé pour encourager les jeunes Américains à voter et à se mobiliser pour un contrôle du port d’armes plus strict. Le marathon et l’enchaînement des dates ont visiblement laissé des traces. L’émotion brute et l’énergie qui avaient électrifié une foule immense dans les rues de Washington, le 24 mars, ont été remplacées par une résilience à toute épreuve et un discours formaté.

Sur le coup de 15 h 30, Emma Gonzalez, l’icône du mouvement de Parkland, grimpe sur la petite scène dressée dans un parc à deux pas de la mairie. La jeune femme aux cheveux rasés harangue les quelque 150 personnes présentes. Kristen McConnell, l’une des élèves de Marjorie Stoneman Douglas qui a cofondé le mouvement «March for our Lives», lui emboîte le pas. La jeune fille promet que les jeunes feront entendre leur voix lors des prochaines élections si les politiciens ne s’engagent pas pour durcir le contrôle du port d’armes.

Boom des jeunes électeurs

La semaine a été compliquée pour les élèves de Parkland depuis la publication d’un accord entre le Département d’État et Cody Wilson. Le Texan a obtenu le droit de distribuer sur Internet son mode d’emploi permettant aux Américains de fabriquer eux-mêmes leur arme au moyen d’une imprimante 3D (lire ci-dessous). «Rien ne pourra nous arrêter», réagit Kristen McConnell peu après son discours. «Nous allons continuer à pousser et à persévérer malgré les obstacles qui se dressent devant nous.»

Kristen McConnell est consciente que le temps presse pour son mouvement. «Nous avons sacrifié notre été pour nous battre», poursuit-elle. «Il était important de nous engager pendant que nous le pouvons.» La jeune fille, qui entamera sa dernière année de gymnase à la rentrée, souligne d’ailleurs que le nombre de jeunes qui se sont inscrits pour voter cette année a crû de 41% en Floride depuis la fusillade. «C’est phénoménal!» assure-t-elle.

Cinq mois après la fusillade de Parkland, la popularité d’Emma Gonzalez et des autres stars du mouvement menace néanmoins de faire de l’ombre à leur cause. Ils sont suivis à la trace par une équipe de film, ont un attaché de presse qui filtre les demandes d’interview et fixent désormais leurs conditions du haut de leurs 18 ans. «Aujourd’hui, je ne donne pas d’interview», lâche au journaliste qui l’approche David Hogg, un élève dont l’éloquence lui a valu des passages répétés sur les chaînes de télévision américaines au lendemain de la fusillade.

Kristen McConnell reconnaît le risque de surexposition médiatique, mais défend l’utilité de la démarche des élèves de Parkland. «Nous sommes allés dans le South Side de Chicago, où les fusillades répétées ne font pas les gros titres comme celle de Parkland», glisse-t-elle. «Notre but est d’amplifier la voix de toutes les victimes qui n’ont pas le même écho que la nôtre pour éliminer la violence causée par les armes dans nos rues et dans nos écoles.»

Dans la foule, Carrie Litherland, une jeune femme de 25 ans, distribue des tracts pour sa campagne à la Mairie de Tallahassee. «Les jeunes de Parkland m’ont inspirée et incitée à me lancer en politique.» Ron Davis, un Afro-Américain dont le fils a été abattu en 2012 en Floride par un homme blanc au cours d’une dispute déclenchée par le volume de la musique que le jeune homme écoutait, salue aussi l’impact du mouvement March for our Lives. «Les temps sont difficiles», déclare-t-il. «Donald Trump détruit tout ce qu’a entrepris le président Obama. Ces jeunes posent les fondations de l’après-Trump.»

Les pro-armes se mobilisent

Mais les élèves de Parkland ont des adversaires tout aussi déterminés qu’eux. À 300 mètres du parc où se déroule leur rassemblement, CJ Grisham, qui porte son arme et ses munitions à la ceinture, mène une contre-manifestation à laquelle participent là aussi 150 personnes. Ce solide Texan est une célébrité dans les milieux pro-armes depuis son interpellation musclée par la police en 2013, alors qu’il se baladait avec son fils, son fusil d’assaut en bandoulière. «Nous devons être en colère, nous devons être actifs et descendre dans la rue, martèle-t-il sous les regards approbateurs d’une foule dans laquelle on aperçoit de nombreux drapeaux américains. Peu importe ce que les gens pensent de nous. Nous devons faire ce qui est juste et défendre le droit au port d’armes.»

Pendant que Kristen McConnell et ses amis réunissaient leurs sympathisants anti-armes, CJ Grisham, lui, organisait un rassemblement des pro-armes non loin. Photo: Jean-Cosme Delaloye

CJ Grisham a suivi les jeunes de Parkland lors de leur tournée au Texas pour y organiser des contre-manifestations. «J’ai de la peine pour ces jeunes car ils sont utilisés par les mouvements anti-armes», assure-t-il. Kristen McConnell hausse les épaules quand on lui parle de CJ Grisham et des contre-manifestants. «Ça dure depuis un moment», conclut-elle. «Nous ne nous tairons pas, car notre combat est le bon.»


Un pistolet intraçable et facile à fabriquer chez soi en 3D

Tout propriétaire d’une imprimante 3D peut désormais se fabriquer ce pistolet. AP/JAY JANNER

À partir de mercredi, les Américains possédant une imprimante 3D pourront télécharger un mode d’emploi pour confectionner eux-mêmes des armes. L’homme derrière cette invention, baptisée «The Liberator», s’appelle Cody Wilson. Cet anarchiste texan se battait depuis 2015 contre le Département d’État américain, qui l’empêchait de diffuser son arme. Il a trouvé un accord avec l’administration Trump à la fin du mois de juin et sera libre dès le 1er août de mettre son invention à disposition du grand public.

Ces armes permettant de tirer une seule balle n’ont pas de numéro de série et sont donc intraçables. Cette semaine, des groupes luttant en faveur d’un contrôle du port d’armes ont introduit en vain une motion devant les tribunaux pour tenter d’empêcher leur diffusion. Des élus de la minorité démocrate au Congrès préparent en parallèle un projet de loi pour essayer de bloquer Cody Wilson. Mais à l’heure actuelle, rien ne semble en mesure d’empêcher la diffusion du Liberator. J.-C.D.

Créé: 29.07.2018, 21h44

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.