Est-ce le début d'une destitution pour Trump?

Etats-UnisLes accusations d'ingérence russe dans des élections aux Etats-Unis ou en Europe placent le président américain en fâcheuse posture. Peut-il être destitué?

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le procureur spécial Robert Mueller enquêtant sur une ingérence russe présumée dans la présidentielle américaine a mis en accusation lundi trois membres de l'équipe de campagne de Donald Trump. Ainsi son ancien directeur Paul Manafort et son associé Richard Gates doivent faire face à 12 chefs d'inculpation, dont complot contre les Etats-Unis, blanchiment, fausses déclarations et non-déclaration de comptes détenus à l'étranger. Un de ses ex-conseillers, George Papadopoulos, a lui avoué avoir menti au FBI sur ses contacts avec Moscou.

L'affaire est donc grave pour le président américain qui continue de clamer son innocence. Il a affirmé sur Twitter que les charges contre Manafort concernaient des faits d'avant campagne et répété qu'il n'y avait pas «collusion», soit une entente secrète entre deux ou plusieurs personnes pour agir en fraudant les droits d'un tiers. Mais le mot destitution commence à se faire de plus en plus entendre outre-Atlantique.

Car l'accusation de complot contre les Etats-Unis au sein même de l'entourage du président est inédite dans l'histoire américaine. Va-t-elle être suffisante pour faire tomber Trump? Selon le site américain Slate, cette accusation n'équivaut pas à une présomption de trahison. Et selon la BBC, qui s'est elle aussi penchée sur le texte, un individu seul ne peut pas être accusé de complot contre les Etats-Unis.

Pour Marie-Cécile Naves, auteur de l'ouvrage «Trump, l’onde de choc populiste», interrogée par BFMTV, il est difficile de dire précisément ce qu'il va se passer. Pour elle, la menace ne vient pas de Manafort et Gates, mais plutôt des aveux de Papadopoulos. «C'est potentiellement compliqué pour le président notamment parce que George Papadopoulos est en train de se mettre à parler. Très clairement, ce qui intéresse Robert Mueller, c'est la possible collusion avec la Russie. Or, avec Papadopoulos, il y a des liens qui commencent à s'établir», a-t-elle confié.

Pour Susan Milligan, journaliste spécialiste de la politique américaine, interrogée sur le site Ouest-France.fr, Robert Mueller ne fait que commencer et il y aura encore bien d'autres inculpations. «Ces premières inculpations vont lui servir de levier afin de récolter plus d’informations compromettantes», explique-t-elle. D'autres têtes vont tomber, croit-elle. Et de citer Michael Flynn, l'ex-conseiller à la Sécurité nationale de Trump. Mais selon elle, «ce qui déstabiliserait vraiment Trump, ce serait une inculpation de l’un des membres de sa famille, comme son gendre Jared Kushner».

Pour la journaliste, cette affaire est un pas vers sa destitution. «Il s’agit d’un tournant en direction de son déclin», estime-t-elle. «Ces inculpations vont rendre la Maison Blanche plus faible et les membres du Congrès moins enclins à la soutenir.»

Gros doutes

Mais beaucoup doutent d'une destitution: le journal australien The Sydney Morning Herald estime qu'on en est même très loin. D'abord, rien dans les accusations de Robert Mueller ne vise directement Trump lui même, estime le journal. Ensuite, même si c'était le cas, est-ce que le Congrès serait prêt à voter une procédure d'impeachment? La destitution n'est pas un processus de justice mais un processus politique, rappelle-t-il.

En effet, à ce stade, il est fort peu probable que le Congrès en arrive là, même s'il y avait clairement des preuves de collusion contre Trump. Car pour l'instant, si le président américain bat des records d'impopularité aux Etats-Unis, il bénéfice d'un soutien indéfectible de sa base républicaine. Et selon un sondage publié le 30 octobre, 38% des Américains approuvent la politique de leur président.

Pétition et récompense du privé

La pression populaire va-t-elle faire bouger les choses? Ainsi, le milliardaire américain Tom Steyer a publié récemment sur sa chaîne YouTube une vidéo dans laquelle il annonce une campagne à 10 millions de dollars pour destituer Trump. Il l'accuse notamment d’avoir conduit les Etats-Unis au bord d’un affrontement nucléaire, d’avoir pris l’argent de Moscou ou d’avoir empêché le FBI de faire son travail. Sa pétition a recueilli plus d'un million de signatures depuis le 19 octobre, selon plusieurs médias.

En outre, le roi du porno Larry Flynt a lui aussi offert 10 millions de dollars à qui permettra de destituer Trump. L'homme met en question la légitimité de l'élection du président, citant notamment l'enquête russe et la sabotage de l'accord de Paris sur le climat. «Mais le plus préoccupant, c'est que bien avant l'apocalypse qui résultera du changement climatique, Trump pourrait déclencher une guerre nucléaire mondiale», a-t-il expliqué en référence à la crise avec la Corée du Nord.

Créé: 31.10.2017, 14h08

Comment marche une procédure de destitution?

Pour destituer un président américain en exercice, le processus est long et complexe et surtout très politique.

Toute enquête sur une éventuelle procédure en destitution doit être lancée par le Congrès. A l’issue de ses recherches, le comité judiciaire de la Chambre des représentants soumet une résolution au reste de l’assemblée: la motion d’impeachment est alors votée. Si une majorité simple estime que les preuves sont suffisantes pour engager une procédure et vote pour l’adoption, un procès est alors ouvert devant le Sénat.

Au moment de sa comparution devant le Sénat, le président est suspendu de ses fonctions. Si la majorité des deux tiers des sénateurs juge qu'il est coupable, il est destitué, et son vice-président le remplace immédiatement.

Seuls deux présidents ont dû faire face jusqu'ici à une telle procédure. Le dernier en date était Bill Clinton suite à l'affaire Monica Lewinsky. Le premier était Andrew Johnson, 17e président américain au 19e siècle. Il avait été destitué en 1868.

Quant à Richard Nikon, empêtré dans l'affaire du Watergate, il avait démissionné avant de devoir faire face à une telle procédure.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Maudet s'oppose au budget 2020
Plus...