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Dans l'enfer du quotidien des journalistes mexicains

Le Mexique est devenu le pays le plus dangereux au monde pour les journalistes. Des reporters invités à Genève racontent.

(Image d'illustration)
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Reuters

«Les agressions physiques, les kidnappings, les intimidations peuvent venir de partout. Du crime organisé certes, mais aussi et surtout de l’État, et cela à tous les étages: au niveau municipal, au niveau des États, au niveau fédéral, nous sommes une cible permanente», raconte Emir Olivares, journaliste à «La Jornada» à Mexico. Il fait partie d’un groupe de huit journalistes mexicains actuellement en visite à Genève, invités dans le cadre de la 65e session onusienne du Comité contre la torture. Ils s’y intéressent car le Mexique devra passer son examen devant cette même instance en mai prochain, et il y a de quoi alimenter le dossier.

La réalité quotidienne de ces enquêteurs, reporters, chroniqueurs, qui vivent dans la peur permanente, est un miroir de ce qu’est devenu le Mexique, un État et ses institutions (police, armée) totalement gangrenés par une économie criminelle, et par la corruption qui permet l’essor de ces activités illicites. Depuis 2003, 117 journalistes ont été victimes d’assassinats au Mexique, 24 sont signalés disparus, selon les chiffres de l’association Artículo 19, qui tente de défendre les droits de la profession.

«Les agressions contre les journalistes sont la plupart du temps attribuées au crime organisé, comme s’il s’agissait d’un terme générique, et cela sans qu’il y ait d’enquête, poursuit Emir Olivares. Parfois, la police s’arrange pour romancer une version officielle qui n’a rien à voir avec les faits. En réalité, plus de 60% des agressions contre des journalistes ou des défenseurs des droits humains sont des crimes d’État. Car les journalistes qui s’intéressent d’un peu trop près aux affaires de corruption, liant des élus au narcotrafic par exemple, ont toutes les chances d’être ciblés.»

Crimes impunis

Norma Trujillo est en poste pour «La Jornada» dans l’État de Veracruz, réputé l’un des plus criminogènes du pays. «Pour notre seul État, nous avons connu 22 assassinats de journalistes entre 2010 et 2016, raconte-t-elle. L’un d’eux a été tué précisément parce qu’il s’était mobilisé pour enquêter sur un précédent assassinat d’une journaliste, dans lequel l’État de Veracruz est impliqué.» Des crimes qui restent impunis, comme la quasi-totalité des assassinats commis dans le reste du pays.

La violence est telle dans certaines régions du Mexique que des zones entières ont été médiatiquement réduites au silence. «Dans les régions rurales, des radios communautaires tentent de résister et s’emploient notamment à défendre les droits des indigènes face à de grands projets de développement, miniers, pétroliers, etc. Mais leurs journalistes subissent de constantes menaces et agressions physiques», explique Benito Contreras, qui travaille pour l’une d’elles, Naxme, dans l’État de Guerrero.

En 2012, sous la pression internationale, l’État mexicain a mis sur pied un mécanisme fédéral de protection des journalistes, qui prévoit des dispositifs avec escortes, ainsi qu’un système d’alarme, «le bouton», comme l’appellent les professionnels des médias avec un brin d’ironie. Si ce mécanisme de protection a servi – 627 personnes en ont bénéficié – c’est de moins en moins le cas, car les fonds lui étant attribués ont été drastiquement coupés. Et le dispositif fait aussi figure de pis-aller face à l’ampleur du problème. Car une autre disposition légale, la «loi de la publicité officielle» s’emploie à mettre les médias sous la coupe du pouvoir politique et de ses institutions. Elle prévoit que l’État dispose, contre paiement d’annonces, des espaces pour sa communication. «Cette loi fait vivre nombre de médias et permet d’exercer sur eux d’énormes pressions, pour éviter par exemple que ne sortent certaines affaires, souligne Emir Olivares. À l’autocensure que s’infligent des journalistes parce qu’ils vivent dans la peur s’ajoute cette censure institutionnelle qui les empêche de faire leur travail. Parfois, leur propre rédaction les fait taire ou les déplace.»

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