Donald Trump rattrapé par ses pratiques fiscales

États-UnisLe locataire de la Maison-Blanche est accusé d’évasion fiscale dans une enquête publiée, mardi, par le «New York Times».

Le «New York Times» a aussi révélé que Donald Trump gagnait déjà 200 000 dollars par an lorsqu’il avait 3 ans et qu’il était millionnaire à 8 ans.

Le «New York Times» a aussi révélé que Donald Trump gagnait déjà 200 000 dollars par an lorsqu’il avait 3 ans et qu’il était millionnaire à 8 ans. Image: Reuters

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Contrairement à ce qu’il affirme depuis des années, Donald Trump n’est pas un self-made milliardaire. Une enquête au long cours publiée mardi par le «New York Times» a méthodiquement déconstruit ce mythe et a accusé le président des États-Unis de pratiques fiscales «douteuses», voire «frauduleuses». Le quotidien new-yorkais s’est appuyé sur des dizaines de milliers de pages de documents confidentiels et sur des témoignages recueillis sous le couvert de l’anonymat pour démontrer que Donald Trump a bénéficié avec ses quatre frères et sœurs des revenus de l’empire immobilier construit par son père Fred Trump.

La somme perçue par le président ne se limiterait pas à 1 million de dollars, le «petit» prêt qu’il affirmait avoir reçu de son père pour lancer ses propres affaires, mais atteindrait 413 millions de dollars. «La plupart de cet argent est parvenu à Monsieur Trump car celui-ci a aidé ses parents à contourner le fisc», affirme le «New York Times». Le quotidien décrit dans le détail comment le président avait créé des sociétés écran avec ses frères et sœurs pour «camoufler» des millions de dollars reçus de la part de ses parents. Le «New York Times» a aussi révélé que Donald Trump gagnait déjà 200 000 dollars par an lorsqu’il avait 3 ans et qu’il était millionnaire à 8 ans.

Refus de publier

Pendant la campagne électorale de 2016, Donald Trump avait refusé de publier ses fiches d’impôts, ne respectant pas une tradition à laquelle se plient les candidats à la Maison-Blanche. Au lieu de cela, le milliardaire n’avait cessé d’affirmer à ses supporters que bâtir sa fortune n’avait pas été une chose «facile» pour lui.

Les révélations du «New York Times» ne portent pas sur ses propres déclarations fiscales, mais sur celles de son père et du groupe immobilier de celui-ci. Charles Harder, un avocat de Donald Trump, a assuré que les allégations de fraude et d’évasion fiscale étaient «100% fausses». L’avocat a aussi affirmé au quotidien new-yorkais que le président avait délégué les décisions fiscales à des comptables et à ses proches.

Pour sa part, l’intéressé a critiqué le «New York Times» sur Twitter mercredi, estimant que les allégations du journal étaient «très vieilles» et «ennuyeuses».

Le fisc new-yorkais a indiqué mardi son intention de se pencher sur les révélations du journal. À Washington, certains élus démocrates ont aussitôt demandé que Donald Trump publie ses déclarations fiscales. La plupart des parlementaires n’ont toutefois pas réagi. Cette absence de réaction laisse supposer que ces révélations n’auront probablement dans l’immédiat qu’un impact limité sur Donald Trump, comme les autres scandales avant elles.

Impossible à digérer

«Tellement de choses sont déjà sorties sur Donald Trump que les gens n’ont plus la capacité de digérer de nouvelles révélations comme celles-ci», explique Chris Galdieri, un professeur de sciences politiques au Saint Anselm College dans le New Hampshire. «Le «New York Times» a confirmé et prouvé mardi ce que beaucoup de gens suspectaient déjà sur Donald Trump. Pour ébranler le président aujourd’hui, il faudrait des révélations du même niveau que l’enregistrement d’Access Hollywood (ndlr: sur lequel Donald Trump se vantait de pouvoir attraper les femmes par leurs parties génitales). Et même ça n’avait pas empêché Donald Trump d’être élu à la Maison-Blanche en 2016.»

Le «New York Times» a confirmé et prouvé mardi ce que beaucoup de gens suspectaient déjà sur Donald Trump

Lors d’un meeting électoral mardi soir, Trump s’est moqué de Christine Blasey Ford, la femme qui accuse d’agression sexuelle le candidat du président à la Cour suprême. Cette attitude a provoqué plus de réactions aux États-Unis que les révélations du «New York Times».

«L’enquête pourrait en revanche avoir des répercussions à long terme», précise Chris Galdieri. «Si les démocrates remportent la majorité à la Chambre des Représentants lors des élections législatives du mois prochain, ils pourraient utiliser les révélations du «New York Times» pour exiger la publication des déclarations fiscales de Donald Trump, ce que la majorité républicaine actuelle refuse de faire.»

Créé: 03.10.2018, 20h08

« Les Trump ont mis sur pied une entreprise criminelle préméditée »

David Cay Johnston, rédacteur en chef de DC report.org et prix Pulitzer 2001 pour ses enquêtes sur l’évasion fiscale aux Etats-Unis, s’attend à des mois difficiles pour Donald Trump.



Vous enquêtez depuis des années sur les pratiques fiscales de Donald Trump et les dénoncez. Que vous inspirent les révélations du «New York Times»?


Le «New York Times» a prouvé des décennies de tromperies fiscales criminelles de la part de la famille Trump jusqu’au début de ce siècle. Il est trop tard pour poursuivre pénalement la famille Trump. En revanche, le fisc new-yorkais et le fisc fédéral peuvent porter plainte contre les Trump pour récupérer les sommes qui leur sont dues en impôts ainsi que les intérêts. Au Congrès, rien ne va se passer tant que le Parti républicain aura la majorité, mais si les démocrates gagnent les élections des Midterms le mois prochain, vous pouvez être sûr que, dès le début de la prochaine session parlementaire le 3 janvier 2019, il y aura l’ouverture d’enquêtes visant le président Trump. Les démocrates demanderont aussi au fisc les déclarations fiscales de Donald Trump. Le travail du «New York Times» est donc très important sur le moyen terme. Il s’appuie sur un volume de documents extraordinaire.

Quel sera l’impact de ce travail sur le grand public?


Une partie des supporters de Donald Trump soutiennent le président à cause de son racisme. Pour eux, les révélations ne changeront rien. Au contraire, elles renforceront encore leur soutien car ils partiront du principe que c’est un complot contre le président. En revanche, elles risquent d’affaiblir le soutien de ses électeurs qui croyaient en sa réussite économique et la transposaient à leurs espoirs de le voir améliorer l’économie américaine. Cette enquête prouve ce que je dis depuis des années. Elle intervient au moment où l’enquête du procureur Robert Mueller semble toucher à sa fin, car deux des procureurs de Robert Mueller viennent de quitter l’équipe d’enquêteurs. En termes de gouvernance, c’est très troublant pour Donald Trump et cela semble augurer des problèmes pour le président des États-Unis. Vu de notre perspective, celle des gens de la rue, cette enquête démolit totalement l’image que projetait Donald Trump, celle d’un self-made milliardaire. Non, Donald Trump ne s’est pas enrichi tout seul comme il l’affirmait. Il a été massivement aisé par son père.

Vous aviez notamment affirmé à l’époque que Donald Trump n’avait pas bénéficié d’un prêt de 1 million de dollars comme il l’assurait à ses supporters, mais que ce montant s’élevait à 14 millions. Le «New York Times» révèle que le président a bénéficié d’au moins 413 millions de dollars au cours d’aujourd’hui de la part de son père. Êtes-vous surpris?


Oui. Je savais qu’il y avait eu des transferts massifs de la part de Fred Trump vers ses enfants. Mais comme je n’avais pas les documents sur lesquels s’est appuyé le «New York Times» pour son enquête, j’aurais estimé ces montants à environ la moitié de ce qu’a perçu Donald Trump. Ce qui me frappe surtout, c’est que le clan Trump a mis sur pied 295 stratagèmes pour transférer de l’argent des parents vers les enfants sans que celui-ci ne soit imposé. On ne peut pas parler de maladresse comptable à ce stade. Les Trump ont mis sur pied une entreprise criminelle préméditée. Ces stratagèmes ont été utilisés pendant des années et le président et son entourage veulent faire porter la responsabilité à leurs comptables? Cette excuse ne tient pas la route.

Propos recueillis par Jean-Cosme Delaloye

Pour plus d’infos: (https://www.dcreport.org/2018/10/03/the-trump-family-tax-thieves-in-chief/)

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