Derrière les photos «cool» d'Obama, une image sous contrôle

PresseConsignes de sécurité imposantes, événements fermés à la presse. Les photos «autorisées» de Pete Souza irritent les photographes de la Maison Blanche qui parlent de pratiques «soviétiques».

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Tout le monde craque sur les incroyables photos de Pete Souza, fameux photographe officiel de la Maison Blanche. Il publie chaque jours plusieurs clichés du président Obama. Souvent insolites, touchants, d'une qualité et d'un cadrage irréprochables, plusieurs sont déjà rentrés dans l'histoire du photo-journalisme en dehors de leur succès populaire. Reste que selon la très sérieuse Association des correspondants à la Maison Blanche (WHCA), il s'agit plutôt d'une machine à communiquer parfaitement huilée, qui n'est pas loin de faire obstruction à la liberté de la presse. «Si Poutine faisait ça...», a même commenté l'un deux.

Un photographe de l'AFP a expliqué lundi 16 février les incroyables difficultés qu'ont les spécialistes accrédités à immortaliser Barack Obama. Les restrictions des services de sécurité sont en effet grandes, les moments sont limités, le lieu choisi, et le point de vue pas forcément heureux. Ne reste plus qu'à tenter un angle original.

Pour l'investiture du président, le photographe Saul Loeb a été jusqu'à placer son précieux appareil au sommet du capitole, muni d'un déclencheur, 48h avant l'événement... Seulement voilà, la technique n'est pas garantie et le risque d'une panne ou de l'intervention d'un tiers est élevé.

Le 9 février 2015, pour passer à côté des consignes de sécurité, le photographe place ses appareils dans un endroit non visible et si possible inédit. AFP

Et le résultat, lors de la conférence commune entre Angela Merkel et Barack Obama. AFP.

S'il faut faire preuve d'autant de prouesse, c'est que la marge de manœuvre est faible. La Maison Blanche distingue les situations «open press», comme les conférences dans la fameuse salle aux rideaux bleus, les espaces restreints au «pooled press» d'une dizaine de reporters en raison des dimensions de certaines pièces, et enfin le «closed press». Dans ce dernier cas, personne ne passe, sauf Pete Souza. Là et ailleurs, cet ancien du Chicago Tribune bénéficie d'accès spéciaux, d'angles inédits et donc de clichés défiant toute concurrence.

La photo devenue fameuse: dans la salle des opérations lors de l'assaut contre Ben Laden, le 1er mai 2011. The White House / Pete Souza

Obstructions à la presse

La Maison Blanche justifie ces «closed press» par le caractère confidentiel des téléphones ou des rencontres qui intéressent la sécurité du pays. Mais trop, pour les journalistes accrédités, sont fermés et réservés au seul Pete Souza: la visite du Dalaï Lama, de la jeune Malala Yousafzaï ou même l'accès à la tribune lors du discours des 50 ans du «I have a dream» de Martin Luther King, fermé à la dernière minute.

Dans un billet de l'AFP repris par un site, il ne s'agit ni plus ni moins d'obstructions à la presse, pas si lointaine de ce que faisait l'agence soviétique TASS. Une lettre ouverte a même été envoyée au porte-parole de la Maison Blanche, attaquant frontalement la «transparence» dont se félicite l'administration Obama.

Aucune photo d'Obama grimaçant

«Le problème aux yeux des photographes de presse n'est pas que la Maison Blanche de Barack Obama soit avare d'images», expliquait Tangi Quemener pour l'AFP. «La stratégie de la présidence américaine est plutôt de jouer à saute-mouton avec les médias classiques et d'investir tous les médias sociaux, de Twitter à Facebook en passant par Instagram, Pinterest, YouTube et Flickr, des sites régulièrement alimentés en images et en vidéos par une armée de communicants.»

«Le caractère immédiat des photos de Souza fait parfois oublier au grand public qu'elles sont partie intégrante de la communication présidentielle», conclut-il. L'association de presse va plus loin. Selon elle, il faut uniquement prendre les clichés pour des «communiqués de presse visuels», dans la mesure où Pete Suza est payé par l'Etat et où une sélection impitoyable est effectuée: aucune photo d'Obama fatigué, grimaçant ou sous un mauvais angle n'est sorti.

Rien de soviétique pour la Maison Blanche, qui rappelle les impératifs de sécurité. Il s'agit au contraire de «donner davantage d'accès au président», avec les réseaux sociaux.

Quelques heures après la publication de la lettre ouverte, le «pool» était soudainement invité à photographier le président signant une loi. Pete Souza y était, et en a profité pour cadrer ses collègues sous un jour peu flatteur. Le pouvoir de l'image en somme.

La «Photo du jour» du 23 novembre 2013. AFP / The White House / Pete Souza

Créé: 17.02.2015, 11h47

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Pete Souza, l'homme derrière l''objectif

Pete Souza (né en 1954), a commencé sa carrière de photographe de presse pour des journaux du Kansas. Il devient photographe officiel de Ronald Reagan en 1983 et jusqu'à la fin de son mandat. Il travaille ensuite pour le Chicago Tribune et rencontre Obama en couvrant son arrivée au Sénat en 2005. Il le suivra pendant sa première année à la chambre, dans ses voyages et annoncera finalement son engagement comme photographe officiel en 2009. Il a également été assistant dans une école de communication visuelle.


Photo Keystone

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