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Avec sa croisade anticorruption, López Obrador fait trembler l’élite mexicaine

Favori de la présidentielle du 1er juillet, le candidat de gauche est qualifié de populiste par ses rivaux.

Le candidat Andres Manuel Lopez Obrador salué par ses supporter lors d'un meeting à Uruapan au Mexique.
Le candidat Andres Manuel Lopez Obrador salué par ses supporter lors d'un meeting à Uruapan au Mexique.
Reuters

La route entre Mexico et Tlapa, petite ville de l’État de Guerrero, traverse les premières pentes de la région surnommée «la Montana». La pluie abondante de la saison qui y permet la culture du pavot rend le paysage aussi vert et impénétrable que la jungle tropicale. Au milieu de nulle part, deux mamies qui tiennent un stand de nourriture préparent des tacos de riz, d’œufs et de poulet. Un homme grisonnant au jean mal coupé descend d’une grosse camionnette blanche et s’assied.

C’est Andrés Manuel López Obrador, surnommé «AMLO», le candidat «du peuple» qui prône le «changement» et une «révolution pacifiste» depuis des mois. Il ne s’est pas arrêté pour faire campagne, seulement pour déjeuner, simplement, avant les trois meetings du jour. Les mamies chuchotent, bégaient, elles n’en reviennent pas. Au moment de son départ, elles s’approchent, espérant une poignée de main, il les enlace, les appelle «corazón», les embrasse et se retire. À chaque village traversé, à chaque pause imposée par la foule, la scène se rejoue toute la journée.

Andrés Manuel López Obrador, 64 ans, se présente pour la troisième fois à l’élection présidentielle qui se jouera le 1er juillet et dont il est le favori. Depuis des mois, il devance d’une vingtaine de points Ricardo Anaya, du Parti action nationale (PAN, droite), un jeune ex-juriste de 39 ans empêtré dans des accusations de corruption. L’élection se jouera en un tour.

Un OVNI politique

López Obrador est aujourd’hui l’OVNI par excellence de la politique mexicaine. Pourtant, lorsqu’il se lance à la fin des années 70, il le fait au sein du PRI (Parti révolutionnaire institutionnel, qui a dirigé le Mexique sans partage durant plus de sept décennies jusqu’en 2000 et qui a repris le pouvoir en 2012). Le tournant s’effectue en 1988, lorsque, «dégoûté par la corruption au sein du parti», l’homme quitte le PRI. Le pari se révèle gagnant: en 2000, il est élu à la mairie de Mexico.

La capitale lui sert de laboratoire. Il engage des politiques sociales fortes, dont un système de pensions pour les personnes de plus de 70 ans. Il augmente le salaire minimum, ouvre le premier hôpital public de la ville, subventionne les transports publics. La délinquance baisse sensiblement, le PIB de Mexico bondit, les investissements étrangers affluent. Il fait aussi voter la Ley de Sociedad de Convivencia en 2006, offrant aux homosexuels des droits comparables à ceux du mariage hétérosexuel. Fermement installé à l’Hôtel de Ville, il organise deux consultations populaires pour juger son action. Il obtient 86% et 90% d’approbation.

Cette popularité certaine le pousse à se présenter à l’élection présidentielle de 2006, qu’il perdra pour… 0,5%. «Depuis cette défaite, López Obrador a sillonné le Mexique, allant parfois dans des municipalités extrêmement reculées, dans des régions montagneuses où jamais aucun homme politique n’était allé», écrit le quotidien «La Jornada».

Il n’a plus qu’une idée en tête: se représenter et réparer «l’injustice faite au peuple mexicain». En 2012, il perd à nouveau les élections au profit du candidat du PRI et conteste les résultats. Près de 1100 cas d’irrégularités sont constatés à travers le pays. Des accusations crédibles tant le PRI a usé tout au long de son histoire de la corruption, de l’achat de votes et de la triche pour conserver le pouvoir.

«Mafia du pouvoir»

Retour dans la petite ville de Tlapa, sur les traces du candidat. Son discours contre la «mafia du pouvoir», contre les «mauvais», contre les inégalités économiques prend un sens particulier. La région de Guerrero connaît le plus fort taux d’homicides du pays à cause de la guerre entre cartels pour le contrôle du trafic d’héroïne.

«Je ne suis pas assez intelligente pour savoir ce qu’il faut faire, témoigne Lupita, protégée du soleil par un parapluie rose. Mais je sais qu’il faut un changement, nous sommes à bout de nerfs. Tout le monde connaît quelqu’un qui s’est fait assassiner ou séquestrer. Vivre avec la peur, c’est terrible. Lui, il connaît notre quotidien, s’il gagne, ça va changer.»

L’avance de López Obrador dans les sondages paraît irrattrapable. Pourtant certains s’inquiètent: «C’est un vrai homme de gauche, et le pouvoir de l’argent pourrait vouloir tricher. C’est le Mexique, le pays de la corruption, se désespère un de ses militants. Le 1er au juillet au soir, j’y croirai, mais pas avant.» Dans quinze jours, il saura.

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