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«Contrairement aux idées reçues, la religion est en déclin aux États-Unis»

La droite évangélique a porté Donald Trump au pouvoir, mais les chrétiens reculent d’année en année.

AP

Les États-Unis sont en pleine mutation. D’Europe, on ne voit trop souvent qu’une Amérique évangélique, généralement jugée bigote. Mais la réalité est beaucoup plus complexe: génération après génération, de moins en moins de personnes s’y déclarent chrétiennes. Maître de conférences à l’Université de Versailles, Lauric Henneton analyse ce phénomène surprenant. Il a publié l’an dernier «La fin du rêve américain?» aux Éditions Odile Jacob.

N’est-il pas paradoxal de parler de déclin de la religion aux États-Unis alors même que la droite évangélique a contribué à l’élection de Donald Trump?

Le déclin est très marqué, les indices ne manquent pas. Mais pour comprendre le paradoxe, il faut bien distinguer démographie religieuse et effet électoral. La part de la population qui déclare son appartenance à une Église chrétienne diminue d’année en année. C’est une question de génération. Les jeunes adultes, même s’ils ont jadis été baptisés catholiques ou protestants, ne s’identifient plus comme tels. Leurs parents, eux, ne sont pas forcément plus croyants ou plus pratiquants, mais ils n’ont pas rompu avec l’institution. Ainsi, on voit de plus en plus de gens cocher la case «none» (aucune) quand on leur demande leur religion. Aux États-Unis, on les surnomme les «nones». Cette population vote peu, elle est politiquement sous-représentée. À l’opposé, la droite évangélique est très mobilisée. Il s’agit d’un électorat blanc, plus âgé et discipliné, dont l’implication en politique fait partie intégrante de l’engagement religieux.

Ce déclin est-il très rapide?

Dans les années 1990 et 2000, les «nones» ne représentaient pas plus de 10% de la population. Or, aujourd’hui, dans certains États, il s’agit de la catégorie «religieuse» la plus importante. Ils sont à peu près 25% sur le plan national, et même 40% parmi les jeunes! C’est une évolution lourde. Depuis dix ans, la Southern Baptist Convention perd systématiquement des membres, année après année. Ils viennent de se choisir un nouveau président – plus jeune, plus «cool» – et ils tentent de «changer la marque». Chez les catholiques, il y a une stabilité en trompe-l’œil. Le déclin parmi les populations blanches est compensé par l’immigration hispanique. Mais là encore, dès la deuxième génération, nombre de jeunes adultes vont grossir les rangs des «nones»… sauf ceux qui deviennent évangéliques et votent pour les républicains.

Qu’est-ce qui a déclenché ce recul de la foi?

Attention, ce n’est pas forcément un recul de la spiritualité. Comme en Europe, la plupart des gens qui ne s’identifient pas avec une religion ont leur propre système de croyances, plus personnelles, qui n’acceptent aucun dogme. Cependant, on peut penser que les scandales sexuels dans l’Église catholique ont eu un impact. De même, l’hypocrisie de certains prédicateurs évangéliques, révélée par des affaires de mœurs ou de détournement de fonds, a certainement fait des dégâts. Ils n’ont pas tous été aussi prudents que le célèbre Billy Graham, qui ne s’occupait jamais des questions financières et ne se montrait aux côtés d’aucune autre femme que son épouse. Il y a aussi des jeunes évangéliques agacés par le conservatisme moral de leur Église. De manière plus générale, on peut imaginer que l’augmentation des «nones» est liée à l’accès des masses à l’éducation supérieure. C’est d’ailleurs sur les campus que les lobbys politiques tentent de recruter cet électorat difficile…

Pourquoi sont-ils si peu mobilisés politiquement?

Précisément parce qu’ils ne s’identifient pas aux institutions, qu’il s’agisse d’Églises, de partis ou encore de syndicats. Même ceux qui votent démocrate se déclarent plutôt indépendants. Il est également difficile de les réunir autour d’un projet, puisque la seule chose qu’ils ont en commun, c’est le rejet d’une identification religieuse, politique ou autre.

Est-ce là un accident de l’Histoire? Ou un changement de fond qui va transformer à terme la politique?

Le déclin a commencé il y a trente ou quarante ans. A priori, je ne vois pas de raison que cela s’arrête. Potentiellement, cet électorat serait plutôt démocrate, mais pour que cela se traduise dans les urnes, il faut d’abord que le parti réussisse à les mobiliser. Il a d’ailleurs un problème similaire avec les hispaniques…

Et les électeurs noirs?

Cette population-là est très largement évangélique et son identité religieuse ne décline guère. Les Noirs votent démocrate généralement, mais en 2016 ils ne se sont pas déplacés en nombre aux urnes. D’habitude, ils votent davantage que les Blancs. En l’occurrence, c’est la sous-représentation des Noirs du sud et une surmobilisation des Blancs désindustrialisés du nord qui a permis à Donald Trump de l’emporter. Nous verrons cet automne lors des élections de mi-mandat si les démocrates sont en train de réussir à mobiliser ces divers électorats.

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