Le chaman qui se bat pour sa terre d’Amazonie

BrésilÀ Genève, le chef des Yanomami Davi Kopenawa dénonce la politique de déforestation de Jair Bolsonaro.

Le «dalaï-lama de l’Amazonie», Davi Kopenawa.

Le «dalaï-lama de l’Amazonie», Davi Kopenawa. Image: AFP

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Son regard est franc, sa poignée de main chaleureuse, son autorité naturelle. Il explique en souriant que les plumes de sa coiffe sont celles d’un perroquet. Il semble heureux que l’on s’y intéresse. Avant de lancer, au détour de la discussion: «L’homme blanc est fou!» Cette phrase lapidaire résume à elle seule l’étrangeté de cette rencontre lundi devant la salle du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. Celle d’un chef de tribu poussé hors de sa forêt pour alerter le monde de sa mort imminente.

Davi Kopenawa a connu le pire de l’homme blanc. Comme l’arrivée en masse de 40'000 chercheurs d’or dans les années 80 sur cette terre des Yanomami, au nord du Brésil, riche en ressources minières. L’or, mais aussi les diamants et le niobium, si chers aux Occidentaux, fait-il en pointant du doigt les smartphones posés sur la table devant lui. «L’âme de l’or est plus forte que celle du papier, c’est pourquoi l’homme capitaliste stocke de l’or dans sa banque», explique celui qui a épousé une fille de chaman pour le devenir à son tour. Cette ruée vers l’or a failli être fatale aux Yanomami. Les nouvelles maladies et les massacres ont décimé la tribu. Davi Kopenawa a vu mourir de nombreux proches. Bouleversé par la tragédie de son peuple, il apprend le portugais et travaille comme interprète pour la FUNAI, une fondation gouvernementale chargée de la protection des peuples indigènes. Aujourd’hui, à 64 ans, à l’instar de son ami Raoni, il sillonne le monde pour défendre la cause indigène, soutenu par les ONG militantes, photographié pour une exposition de la Fondation Cartier à Paris, invité par les grandes institutions internationales.

Le mensonge Bolsonaro

La reconnaissance en 1992 par décret présidentiel d’un territoire deux fois plus grand que la Suisse pour les quelque 32'000 Yanomami est une immense victoire. Victoire menacée aujourd’hui par le président Jair Bolsonaro. «Il dit que nous voulons créer un pays indépendant, que notre territoire est trop grand pour nous. C’est un mensonge. En vérité, il veut détruire l’environnement et faciliter l’arrivée de maladies. Je me méfie de lui.» Les nombreux orpailleurs qui s’installent aujourd’hui sur sa «terre-mère» donnent raison au chef de tribu. Tout comme la récente volonté du président brésilien de légaliser les extractions minières et les projets hydroélectriques dans les territoires indigènes, qui ne rencontre guère d’opposition dans le pays.

Prônant la non-violence, le chaman est conscient que tous ses compatriotes ne pensent pas comme lui. «Au nord du pays, Boa Vista, où arrive le Blanc, est aujourd’hui sous tension, dangereuse. Et les autorités ne font rien.» La ville voit notamment affluer des milliers de Vénézuéliens fuyant la crise économique de leur pays. Cette situation explosive inquiète celui que l’on surnomme le «dalaï-lama de l’Amazonie» et qui a reçu en décembre le «Prix Nobel alternatif», le Right Livelihood Award, pour son combat, aux côtés de Greta Thunberg.

D’ailleurs son regard s’éclaire à l’évocation des jeunes mouvements écologistes qui se battent aujourd’hui pour la préservation de l’Amazonie. «Les étudiants, les jeunes sont de notre côté. Pas seulement au Brésil, partout dans le monde. Mais en face d’eux, il y a ceux qui ont le pouvoir et qui sont conditionnés à détruire. L’homme capitaliste ne veut pas protéger l’Amazonie.»

La prise de parole au Conseil des droits de l’homme de Davi Kopenawa aura duré exactement une minute trente. C’est la règle. Mais qui sait? Lorsque le chaman en baskets et à la coiffe de plumes a parlé d’une voix forte, l’ébauche d’un frisson a peut-être parcouru la salle. L’ébauche d’une perspective positive, comme il le dit lui-même, avec ses mots simples. «D’autres générations de guerriers vont continuer notre lutte. Il faut travailler avec l’homme blanc ami contre l’homme blanc mauvais. Le peuple des grandes villes commence à prendre un chemin moins sale pour vivre. Ma pensée est toujours attachée à la terre-mère. J’ai espoir.»

Créé: 02.03.2020, 22h16

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