C’est l’heure de vérité pour Harvey Weinstein

JusticeLe procès de l’ancien producteur de cinéma s’ouvre ce lundi à New York. Accusé de viol, il risque la prison à vie s’il est reconnu coupable. Mais il clame son innocence.

Harvey Weinstein quitte le Tribunal pénal de New York après une audience de mise en liberté sous caution.

Harvey Weinstein quitte le Tribunal pénal de New York après une audience de mise en liberté sous caution. Image: AFP

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Le dénouement de l’affaire Weinstein va s’écrire dès ce lundi matin dans un tribunal new-yorkais, à deux pas de l’iconique Brooklyn Bridge. L’ancien producteur hollywoodien déchu, qui se déplace à l’aide d’un déambulateur, est attendu face au juge James Burke pour un procès qui devrait durer huit semaines. Il devra répondre à des accusations d’agression sexuelle en 2006 et de viol en 2013. Il risque la prison à vie s’il est reconnu coupable.


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Harvey Weinstein a une nouvelle fois clamé son innocence samedi dans une interview à la chaîne CNN, dans laquelle il a souligné sa volonté de «laver» son nom. L’homme aux 81 Oscars — qui doit comparaître au tribunal quelques heures à peine après la cérémonie des Golden Globes à Los Angeles, une cérémonie dont il a été une figure incontournable durant des années — se dit convaincu d’avoir encore un avenir dans le monde du cinéma s’il gagne son procès.

«Cela prendra un peu de travail pour reconstruire tout ça», reconnaît toutefois le producteur déchu de 67 ans, accusé de harcèlement ou d’agression sexuelle par plus de 80 femmes.

«Un prédateur en série»

L’affaire Weinstein a provoqué le mouvement #MeToo, et plusieurs femmes qui affirment avoir été victimes du producteur ont indiqué vendredi leur intention de poursuivre leur combat. «Weinstein est un prédateur en série qui a abusé sexuellement des femmes depuis des décennies, profitant de son pouvoir et de ses relations pour faire taire systématiquement les femmes qui pouvaient révéler ses crimes», a affirmé dans un communiqué le groupe des Silence Breakers, dont font partie plusieurs actrices accusant Harvey Weinstein d’agression sexuelle. «Ce procès est une clé pour montrer que les prédateurs, où qu’ils soient, devront rendre des comptes et que dénoncer [leurs actes] peut faire une vraie différence.»

L’actrice Rosanna Arquette a fait part de son intention de suivre le procès. Rose McGowan, une actrice qui affirme avoir été violée par Harvey Weinstein il y a plus de vingt ans, a pour sa part déclaré à l’agence AP qu’elle pourrait venir au tribunal mais pas dans la salle d’audience: «Je dois me concentrer sur ce qui est sain pour moi et le voir est extrêmement difficile.»

L’issue du procès de Harvey Weinstein ne dépendra pas des actrices qui ont publiquement accusé l’ancien producteur, mais de deux femmes dont l’une est toujours anonyme. La première victime présumée s’appelle Mimi Haleyi. Cette ancienne assistante de production accuse Harvey Weinstein de l’avoir forcée à avoir une relation sexuelle orale avec lui. La seconde victime présumée, dont le nom n’a pas été révélé, affirme avoir été violée par Harvey Weinstein en 2013.

L’accusé n’est pas en position de force

L’actrice italienne Annabella Sciorra, qui accuse aussi l’ancien producteur de viol en 1993, devrait témoigner lors du procès, mais son affaire n’a pas pu être ajoutée aux chefs d’accusation en raison de la prescription. Dans le sillage de l’affaire Weinstein, Andrew Cuomo, le gouverneur de l’État de New York, a signé en septembre de l’année dernière une loi allongeant la période durant laquelle les viols dénoncés sont passibles de poursuites pénales. Les victimes ont désormais entre dix et vingt ans, selon le degré de gravité de l’agression, pour le faire dans l’État de New York, contre cinq ans précédemment.

Depuis que l’affaire Weinstein a été révélée en octobre 2017 par le «New Yorker» et le «New York Times», l’équipe du procureur de New York a encaissé des coups durs. En octobre 2018, les chefs d’accusation reposant sur le témoignage de Lucia Evans, une ancienne actrice qui était à l’origine des révélations du «New Yorker», ont notamment dû être abandonnés.

Cette décision a été prise en raison de doutes sur le travail des détectives chargés de l’enquête et sur l’existence d’un témoignage remettant en question les accusations de Lucia Evans.

Malgré ces difficultés de l’accusation, Harvey Weinstein n’arrive pas non plus en position de force à son procès. Au début de 2019, Benjamin Brafman, son célèbre avocat qui avait déjà défendu Dominique Strauss-Kahn lorsque celui-ci avait été accusé d’agression sexuelle à New York en 2011, s’est retiré de l’affaire sur fond de désaccords avec son client.

Une première séance de planification

En novembre, le juge Burke a rejeté une motion de Harvey Weinstein qui demandait l’abandon des chefs d’accusation les plus graves. Et le mois dernier le magistrat a augmenté la caution en raison d’infractions répétées aux conditions de sa liberté surveillée.

Le procès s’ouvre ce lundi avec une audience dédiée à la planification du procès. À partir de mardi, l’équipe du procureur et les avocats d’Harvey Weinstein passeront deux semaines à choisir le jury qui devra se prononcer sur la culpabilité du prévenu. La tâche s’annonce compliquée en raison de la notoriété de l’accusé et de la symbolique du mouvement #MeToo déclenché par l’affaire Weinstein.

Créé: 05.01.2020, 21h30

L’affaire Weinstein a résonné jusqu’en Suisse romande

Manon Schick «Au-delà de cette affaire, ce qui compte, c’est le mouvement qu’elle a fait naître. Jusque-là, le phénomène du harcèlement et des violences sexuelles était complètement sous-évalué», relève la directrice d’Amnesty International Suisse. En marge de ce procès emblématique, elle rappelle toutefois combien il reste difficile pour les victimes d’obtenir justice, aussi en Suisse. «Aujourd’hui, une relation sexuelle non consentie n’est pas considérée comme un viol. Il faut absolument que le droit intègre la notion de consentement.» C.BA

Yvette Théraulaz Pour la comédienne, les échos du procès Weinstein résonnent alors qu’elle répète justement un nouveau spectacle – «Histoires d’Ils» – qui évoque sa propre expérience du harcèlement. «Enfin, il y a eu un dégel de la parole. Depuis #MeToo, tout m’est revenu en mémoire. Je me suis souvenue de tous ces harcèlements que j’avais vécus. Il y en a beaucoup!» Elle estime toutefois que la honte doit encore changer de camp. «Aucune femme ne devrait plus éprouver de la honte, de la peur, de la culpabilité pour avoir été victime d’un viol, de violences conjugales ou de harcèlements.» C.BA

Lorella Bertani «Depuis #MeToo, de nombreuses femmes savent qu'elles ne sont plus seules», observe l'avocate, spécialiste du droit des victimes. «Le cas Weinstein, mais aussi les affaires Hamilton et Polanski ont mis en lumière cette forme d'abus de pouvoir qui vise à obtenir des faveurs sexuelles. En asservissant l'autre, on l'utilise comme un objet et on garantit son silence.» Si le phénomène est loin d'être éradiqué, la pénaliste a vu de réels changements, notamment dans le monde du travail. «Les patrons ont saisi que le harcèlement nuit à la productivité.»L.D.S

Véronique Ducret Pour la cofondatrice du Deuxième Observatoire et militante, certaines affaires genevoises ne seraient pas sorties sans celle de Harvey Weinstein. «Ou du moins pas de manière aussi visible. Cette affaire a déclenché beaucoup de réactions, dont les mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc. Avant, certains riaient quand on abordait le sujet du harcèlement sexuel. Aujourd'hui, ce n'est plus possible.» Pour la militante, il faut toutefois encore travailler sur la formation et informer le public sur les manifestations du harcèlement sexuel.C.D

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