«L’Argentine, cas d’école de l'industrie du gaz et du pétrole de schiste»

Industrie pétrolièreDes conférences ont lieu à Genève et à Lausanne autour d’un livre sur les nouvelles méthodes d’extraction pétrolière.

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Interdite dans certains pays, sous moratoire dans d’autres, ou encore autorisée mais fortement critiquée, l’extraction du gaz et du pétrole de schiste crée la controverse. Pour ses conséquences environnementales d’abord. La technique dite du «fracking» est accusée d’affaiblir les sols, de polluer les nappes phréatiques et d’accélérer le réchauffement. Mais aussi pour ses implications sociales, politiques et économiques.

Des conférences sur le sujet sont organisées ce mercredi à Genève, à 18 h 30 au Palais Eynard, et jeudi à Lausanne, à 20 h au Pôle Sud, autour du livre La passion du schiste. Capitalisme, démocratie, environnement en Argentine, édité par le CETIM (Centre Europe-Tiers-Monde). Interview d’un des auteurs, Gregory Lassalle.

Pourquoi l’Argentine est-elle un «cas d’école»?

L’Argentine est le deuxième pays au monde, après les Etats-Unis, à développer l’extraction du gaz et du pétrole de schiste de manière industrielle et massive. Nous avons décidé d’analyser les conséquences de cette activité. Ce, afin de donner la possibilité aux citoyens des autres pays où elle sera amenée à se développer, de connaître ses implications.

Vous vous êtes penché sur les volets sociaux, économiques et politiques. Qu’avez-vous observé?

Le développement de l’extraction des hydrocarbures non conventionnels du gisement de Vaca Muerta, au nord de la Patagonie, a provoqué de nombreuses transformations. Il a entraîné un déplacement des activités économiques, en aggravant la crise agricole ou encore en confinant les activités traditionnelles d’élevage. Ce développement fragilise également le fonctionnement de la démocratie. On observe ainsi la prégnance du clientélisme et la concentration des pouvoirs et des marchés.

Enfin, on peut aussi mentionner l’opacité quant à l’accès à l’information. Il est par exemple impossible de savoir quelles sont les quantités d’eau utilisées par l’industrie, si des amendes ont été payées dans les cas de pollution ou encore la quantité d’énergie nécessaire pour produire cette énergie fossile.

Et quel impact social a eu cette industrie sur la région?

Les prix ont énormément augmenté car le secteur pétrolier paye des salaires élevés, ce qui se répercute sur le reste de l’économie. Cela a créé une société à deux vitesses. Et aujourd’hui de nombreux habitants sont par exemple repoussés dans les quartiers pauvres, proches des zones d’exploitation. D’un point de vue migratoire, le développement de cette industrie a aussi attiré de nombreux travailleurs qui sont eux aussi soumis au clientélisme. C’est en effet un puissant syndicat qui élabore les listes de ceux qui sont engagés par les entreprises. Et son dirigeant, Guillermo Pereyra, est un poids lourd de la politique régionale qui possède plusieurs entreprises de services. Ce n’est qu’un exemple, mais il montre comment la croissance de l’extraction non conventionnelle renforce le pouvoir des secteurs hégémoniques dans la province.

Le gouvernement argentin soutien ce développement?

Il en est à l'origine et en fait la promotion à travers un important appareil de propagande. Mais actuellement, il va encore plus loin en subventionnant l'activité pour compenser la baisse du prix du baril international de pétrole. Nous estimons que le gouvernement national a versé 8 milliards de dollars en un an pour soutenir l'activité et donc indirectement, toutes les entreprises internationales ou provinciales qui interviennent sur le gisement.

Créé: 27.09.2016, 20h51

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