Un an d'offensive de Guaido contre Maduro

VenezuelaJuan Guaido se proclamait président par intérim du Venezuela en janvier 2019 jugeant que la présidence de Nicolas Maduro était usurpée. Son combat n'est de loin pas terminé.

Juan Guaido continue d'être soutenu par l'Union européenne et l'administration Trump qui a pris une kyrielle de sanctions contre Nicolas Maduro.

Juan Guaido continue d'être soutenu par l'Union européenne et l'administration Trump qui a pris une kyrielle de sanctions contre Nicolas Maduro. Image: Keystone

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Après sa réélection à la tête du Parlement, Juan Guaido va continuer à revendiquer la présidence par intérim du Venezuela, mais ses options pour poursuivre son «combat» contre Nicolas Maduro - manifestations, sanctions, négociations - ne sont pas illimitées. Et des législatives sont imminentes.

«Seuls, nous n'y arriverons pas», a lancé le chef de file de l'opposition vénézuélienne samedi lors d'une réunion avec des partisans à Caracas. Un appel en forme de constat: seules 500 personnes ont répondu à son invitation à cette «assemblée populaire» organisée après sa réélection, mouvementée, à la tête du Parlement le 5 janvier, puis sa prestation de serment quelques jours plus tard.

Le contraste est saisissant avec les manifestations du début 2019 qui drainaient des dizaines de milliers de personnes. Juan Guaido venait alors de se proclamer président par intérim le 23 janvier, jugeant que la présidence du Venezuela était «usurpée» par Nicolas Maduro en raison de la présidentielle «frauduleuse» de 2018. L'opposant est depuis reconnu comme tel par une cinquantaine de pays, parmi lesquels les Etats-Unis.

«Pas à la hauteur»

«On a fait ce qu'on a pu», constatait samedi Cristian Gamez, médecin de 30 ans. «Nous lui avons apporté tout notre soutien, mais pour dire la vérité, il n'a pas été à la hauteur de nos attentes». Juan Guaido est d'ailleurs en chute libre dans les sondages d'opinion. Sa cote de popularité est tombée de 63% en janvier 2019 à 38,9% en décembre, selon le cabinet Datanalisis.

«Je fais mon mea culpa parce que je n'ai pas fait tout ce qu'il fallait», a reconnu Juan Guaido samedi, alors que deux de ses principales initiatives se sont soldées par des échecs en 2019.

Le 23 février, l'opposant a tenté en vain de faire entrer de l'aide humanitaire au Venezuela, pour «soulager» quelque peu ses compatriotes dont 4,5 millions ont émigré depuis fin 2015, selon l'ONU. Le 30 avril, il a appelé sans succès l'armée à se soulever. Nicolas Maduro jouit, lui, toujours du soutien et l'état-major et de ses alliés chinois, russes et cubains.

Participer aux législatives... ou pas

Et le pouvoir chaviste est de nouveau à l'offensive. Conformément au calendrier parlementaire, des élections législatives doivent avoir lieu cette année. Cela pose un «dilemme» pour l'opposition, souligne Benigno Alarcon, politologue à l'université Andres-Bello, car elle est divisée sur l'opportunité de participer à un scrutin organisé par le pouvoir.

«L'opposition ferait une erreur si elle n'y allait pas. Mais le pire qui puisse lui arriver, c'est d'y aller et de perdre (...) à cause de ses divisions et de son incapacité à mobiliser ses électeurs», explique le politologue.

Le camp chaviste se dit confiant. Nicolas Maduro assure que sa formation, le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), va «reprendre» l'Assemblée qui lui échappe depuis 2015.

Sanctions pas toujours efficaces

Juan Guaido continue d'être soutenu par l'Union européenne et l'administration Trump qui a pris une kyrielle de sanctions contre Nicolas Maduro, son entourage et l'économie vénézuélienne. Mais les sanctions peuvent aussi nuire aux Vénézuéliens. Le pouvoir chaviste affirme ainsi que les pénuries d'essence, qui touchent surtout les provinces, sont dues à l'embargo américain sur le pétrole vénézuélien.

Lundi, Washington a pris de nouvelles sanctions, cette fois contre Luis Parra, un élu rival d'opposition de Juan Guaido, qui s'est autoproclamé président du Parlement le jour de l'élection, et six autres élus qui l'ont soutenu. Mais cette forme de pression n'est pas une garantie de changement politique : l'embargo américain mis en place il y a près de 60 ans contre Cuba n'a induit aucun changement à la tête de l'île.

Vers une «transition négociée»

Restent d'éventuelles négociations entre le gouvernement et l'opposition. La diplomatie américaine semble avoir changé son fusil d'épaule. La semaine dernière, le département d'Etat a appelé à une «transition négociée» qui permettrait des «élections libres et justes», quand il s'arc-boutait il y a encore peu sur le départ de Nicolas Maduro.

Des pourparlers ont eu lieu l'an dernier, sous l'égide de la Norvège, mais ont été suspendus en août. Samedi, Juan Guaido a rejeté tout retour à la table des négociations: «ce n'est pas que nous ne voulons pas de négociations. Elles nous paraissent invraisemblables». «A chaque fois, ils se sont moqués de nous», a-t-il affirmé, en référence au gouvernement. (ats/nxp)

Créé: 15.01.2020, 08h59

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