Washington risque une crise constitutionnelle

États-UnisLe duel entre Nancy Pelosi et Donald Trump s’est durci en fin de semaine dernière, laissant entrevoir des blocages inédits.

Cheffe de la majorité démocrate au Congrès, Nancy Pelosi estime que Donald Trump «devrait peut-être prendre
un congé sabbatique».

Cheffe de la majorité démocrate au Congrès, Nancy Pelosi estime que Donald Trump «devrait peut-être prendre un congé sabbatique». Image: AP/J. SCOTT APPLEWHITE

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Nancy Pelosi a finalement reçu son insulte de la part de Donald Trump au terme d’une semaine chaotique à Washington: «Crazy Nancy» (Nancy la folle). Après avoir été épargnée pendant de longs mois, la cheffe de la majorité démocrate à la Chambre des représentants au Congrès a rejoint jeudi dernier les rangs des démocrates affublés d’un sobriquet par Donald Trump. Les attaques pointues et chargées d’ironie de Nancy Pelosi à l’encontre du président des États-Unis semblent avoir fait leur effet. Au cours d’une conférence de presse jeudi, elle avait affirmé «prier» pour que l’entourage de Donald Trump pratique une «intervention», un terme employé généralement pour les personnes souffrant de troubles psychologiques. «Peut-être devrait-il prendre un congé sabbatique», avait-elle glissé.

La cheffe de file de la majorité démocrate au Congrès a aussi fait dans l’ironie sur Twitter en se moquant du «génie très stable», le terme utilisé par Donald Trump pour se décrire jeudi lors d’une réunion à la Maison-Blanche: «Lorsque le génie très stable agira de manière plus présidentielle, je serai heureuse de travailler avec lui sur les questions d’infrastructure, de commerce et les autres dossiers», a martelé Nancy Pelosi.

Menaces sur le budget

Derrière ces attaques personnelles, la crise constitutionnelle s’aggrave à Washington. Et le duel Pelosi-Trump pourrait avoir des conséquences profondes pour la gouvernance des États-Unis. Le président a affirmé qu’il ne travaillerait pas avec la majorité démocrate à la Chambre des représentants tant que cette dernière n’arrêterait pas ses enquêtes. Cette posture menace les négociations sur le budget du gouvernement américain alors que les États-Unis se dirigent vers une crise économique si le Congrès et l’administration Trump ne trouvent pas un accord permettant d’éviter l’entrée en vigueur de coupes budgétaires massives le 1er octobre.

Trump force la vente d’armes

Cette crise économique potentielle n’est pas le seul incendie qui couve à Washington. La Maison-Blanche a aussi décidé vendredi de contourner le Congrès qui s’opposait aux ventes d’armes américaines à l’Arabie saoudite. Donald Trump a invoqué une situation «d’urgence» pour autoriser une transaction de 8,1 milliards de dollars. Cette démarche rarement utilisée a alarmé certains alliés républicains de Donald Trump au Congrès qui accusent le régime saoudien d’être impliqué dans le meurtre de Jamal Khashoggi, le journaliste du «Washington Post» assassiné le 3 octobre 2018.

«J’ai un vrai problème avec le fait que nous faisions à nouveau des affaires avec l’Arabie saoudite comme avant», a déclaré dimanche sur Fox News le sénateur Lindsey Graham, l’un des plus fervents supporters du président américain au Congrès. «L’Arabie saoudite est un allié stratégique mais le prince héritier était, à mon avis, impliqué dans le meurtre de Monsieur Khashoggi et il a fait aussi beaucoup d’autres choses problématiques.»

Républicains inquiets

Depuis le Japon où il est en visite officielle, Donald Trump a ouvert un autre front dans son affrontement à distance avec des parlementaires qui tentent de le freiner. Peu avant de rencontrer le premier ministre japonais Shinzo Abe dimanche, le président américain a affirmé sur Twitter avoir «confiance» en le dictateur nord-coréen malgré le fait que Pyongyang ait fait des tests de missiles. Joni Ernst, une sénatrice républicaine, s’est distancée dimanche du président et a affirmé être «très inquiète» par les tests nord-coréens.

Dans une interview dans nos colonnes le 4 mai, Dave Robertson, le responsable du Département de science politique de l’Université du Missouri, affirmait que les États-Unis n’étaient pas encore en crise constitutionnelle tant que l’administration Trump respectait les décisions des tribunaux qui lui déplaisent. La semaine dernière, des juges fédéraux ont désavoué Donald Trump à plusieurs reprises, offrant à l’opposition démocrate des victoires légales importantes. Les magistrats ont déterminé que la Chambre des représentants avait le droit de demander les déclarations d’impôt et les relevés bancaires du président. Et vendredi, un juge fédéral californien a estimé que l’administration Trump ne pouvait pas transférer des fonds alloués par le Congrès à la lutte contre la drogue pour la construction du mur qu’il réclame à la frontière des États-Unis et du Mexique.

(TDG)

Créé: 26.05.2019, 21h05

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