Washington a les nerfs à vif face à la crise du coronavirus

États-UnisLes Sénateurs américains ont réglé leurs comptes lundi après l’échec d’un gigantesque programme de relance de l’économie américaine.

Pour le Sénateur démocrate Joe Manchin, le plan de relance voulu par les républicains bénéficiait beaucoup plus aux grandes compagnies qu’au secteur de la santé et aux familles frappées de plein fouet par la crise économique déclenchée par le coronavirus. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Pat Roberts avait de la peine à contenir sa colère lundi après-midi dans l’hémicycle du Sénat à Washington. Le Sénateur républicain du Kansas, 83 ans, était furieux du nouvel échec du gigantesque plan de 1800 milliards de dollars pour relancer l’économie américaine mise à genoux par la crise du coronavirus. Dans une tentative désespérée pour faire changer ses adversaires démocrates qui ont bloqué le projet de loi, l’élu de l’État agricole du Midwest a exhorté l’opposition à faire preuve de bon sens terrien. «Il y a un dicton à Dodge City au Kansas», a-t-il lancé aux bancs désertés par les Sénateurs démocrates. «Il y a beaucoup de cactus dans ce monde. Il faut juste éviter de s’asseoir sur l’un d’entre eux.»

Joe Manchin, l’un des rares démocrates présents à l’issue d’un vote qui a donné lieu à de vifs échanges entre élus des 2 camps, a répondu à Pat Roberts. Il a souligné que le plan de relance représentant 10% du PIB américain et voulu par les républicains, bénéficiait beaucoup plus aux grandes compagnies qu’au secteur de la santé et aux familles frappées de plein fouet par la crise économique déclenchée par le coronavirus. Le Sénateur de Virginie occidentale a conclu ses remarque sur une note poétique en faisant part de son espoir de voir les Sénateurs écouter «leur conscience» pour trouver un accord.

«Ce pays a été fondé par des génies mais il est gouverné par des idiots»

John Neely Kennedy, Sénateur républicain de Louisiane

Cet échange est resté l’un des plus courtois entre des Sénateurs aux nerfs à vif à cause de la crise du coronavirus. Joe Manchin et Mitch McConnell, le leader de la majorité républicaine, ont eu un vif échange avant la tenue du vote sur le plan de relance. «Nous n’avons pas le temps pour ça», a interrompu un Mitch McConnell, visiblement agacé.

Le toujours très coloré Sénateur républicain de Louisiane, John Neely Kennedy, s’en est pris à ses adversaires politiques. «Ce pays a été fondé par des génies mais il est gouverné par des idiots», a-t-il martelé avec son accent traînant du sud des États-Unis. «Vous savez ce que se disent les Américains en ce moment? Ils pensent que le cerveau est un organe fantastique. Il commence à fonctionner dans le ventre de la mère et il ne s’arrête plus jusqu’à ce que vous soyez élu au Congrès.»

Débat transformé en exutoire de rancœurs

Le débat sur le plan de relance de l’économie s’est transformé en exutoire des rancœurs sur la présidence de Donald Trump. Le Sénateur républicain Lindsey Graham, le plus fervent allié du président des États-Unis au Sénat, a accusé les démocrates d’avoir détourné l’attention des Sénateurs sur le coronavirus en début d’année avec «leur procédure de destitution pourrie» de Donald Trump «pendant que la Chine était en feu». Une accusation qui fait abstraction des multiples déclarations du président des États-Unis ces derniers mois minimisant la crise du coronavirus.

Le plan de relance économique prévoit notamment l’envoi de chèques de 3000 dollars pour des familles de 4 personnes et une augmentation limitée des allocations chômages rachitiques aux États-Unis. Il prévoit un fond de 500 milliards de dollars pour octroyer des prêts aux grandes compagnies américaines. Les démocrates critiquent notamment la latitude que le projet de loi donnerait à l’administration Trump pour décider à qui va l’argent.

Pendant que les Sénateurs républicains ont défilé lundi après-midi à la tribune du Sénat pour critiquer la position de l’opposition à Donald Trump, Chuck Schumer, le leader de la minorité démocrate, a continué ses négociations avec Steve Mnuchin, le Secrétaire au Trésor, dans le but de tenter de parvenir à un accord avec la Maison Blanche.

Dégringolade boursière

Un compromis permettrait de rassurer les marchés financiers qui ont continué de dégringoler lundi. Le Dow Jones a reculé de 3,12% et le S&P 500, l’indice boursier basé sur 500 grandes sociétés cotées en bourse aux États-Unis, a perdu 3,2% lundi. Cette baisse s’est déroulée malgré une décision historique de la Réserve fédérale américaine pour assurer la liquidité des marchés. Cette dernière a annoncé sa volonté d’acheter sans limite de montant des bons du Trésor et des titres de créances hypothécaires.

Lors de sa conférence de presse quotidienne lundi soir, Donald Trump a laissé entrevoir son impatience face à la paralysie quasi totale de son pays provoquée par le coronavirus. «Nous allons rouvrir notre pays», a-t-il martelé. «Et on ne parle pas de mois.» Il a justifié sa volonté de relancer l’économie américaine le plus rapidement possible en affirmant que le coronavirus était un «problème médical sévère» qui risquait de «créer des problèmes bien au delà de la santé».

Donald Trump a affirmé que la paralysie de l’économie américaine pourrait faire plus de victimes que le coronavirus. Il a aussi assuré que les accidents de voiture tuaient beaucoup plus de monde que le coronavirus: «Cela ne signifie pas que nous allons dire à tout le monde: «On ne conduit plus de voitures.»

Le président des États-Unis a tenu ces propos alors que le docteur Anthony Fauci, le principal expert de l’administration dans la lutte contre le coronavirus, était absent de la conférence de presse pour la seconde journée consécutive. La semaine dernière, Anthony Fauci avait affirmé aux médias qu’il était «faux» de comparer le nombre de victimes du coronavirus avec le nombre de victimes des accidents de la route.

Critiques voilées contre le président

Dans une interview publiée dimanche par Science Magazine, le docteur Anthony Fauci, un expert qui est devenu populaire ces dernières semaines aux États-Unis en raison de son franc-parler sur la pandémie, a critiqué Donald Trump à demi-mots. «Je ne peux pas sauter devant le micro et le pousser», a-t-il déclaré en réponse aux propos erronés du président sur le coronavirus.

Donald Trump a expliqué l’absence de son expert lors de la conférence de presse de lundi par le fait que le Docteur Fauci participait à une réunion de la task force de la Maison Blanche sur le coronavirus. «C’est un homme bien», a-t-il déclaré avant d’ajouter que son expert médical n’était pas «en désaccord» avec sa volonté de rouvrir l’économie américaine rapidement.

Donald Trump a tenu ces propos le jour où les États-Unis ont passé pour la première fois la barre des 100 morts en une journée et alors que plus de 42’000 Américains officiellement infectés par le coronavirus. Le président des États-Unis a annoncé la distribution dès ce mardi à New York de deux médicaments anti-malaria dont l’action contre le coronavirus n’a pas été prouvée au niveau médical. Cela ne l’a pas empêché de faire part de ses espoirs sur les effets des 2 médicaments contre le coronavirus: «Ce serait un cadeau de Dieu», a-t-il affirmé.

Créé: 24.03.2020, 06h55

Articles en relation

New York, l’Illinois et la Californie se barricadent à leur tour

États-Unis Après la Californie jeudi, deux autres États ont annoncé vendredi un durcissement des mesures contre le coronavirus. Trump exclut une quarantaine nationale. Plus...

Le coronavirus frappe durement les plus démunis

États-Unis Les familles sans assurance maladie et tributaires de l’école pour nourrir et soigner leurs enfants vivent un calvaire. Reportage. Plus...

La guerre pour éviter une profonde récession est lancée

Bourses Les États réagissent pour éviter un krach de l’économie mondiale. Plus...

Donald Trump déclare l’état d’urgence aux États-Unis

Coronavirus Sous la critique, le président américain a annoncé que des millions de tests de dépistage seraient disponibles dans les semaines à venir. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Quand reprendre le travail?
Plus...