Trump veut des sanctions plutôt que des bombes sur l’Iran

Iran/États-UnisLe président a opté mercredi pour des sanctions économiques plutôt qu’une confrontation militaire avec Téhéran.

Donald Trump lors de son allocution mercredi à Washington, à la Maison-Blanche.

Donald Trump lors de son allocution mercredi à Washington, à la Maison-Blanche. Image: EPA / Michael Reynolds

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Les menaces de Donald Trump auront duré trois jours. En réponse aux missiles iraniens qui se sont abattus dans la nuit de mardi à mercredi sur deux bases américaines en Irak, le président américain a choisi la voie des sanctions économiques plutôt que celle de la confrontation militaire et de la réponse «peut-être disproportionnée» qu’il avait annoncée dimanche dans un tweet mettant en garde Téhéran.

Dans un discours prononcé depuis la Maison-Blanche, le président des États-Unis a annoncé mercredi de nouvelles sanctions économiques contre l’Iran et une volonté d’impliquer dans la crise l’OTAN, l’alliance militaire transatlantique. «Nos fantastiques forces américaines sont préparées à toute éventualité», a martelé Donald Trump, flanqué de nombreux hauts responsables dont le vice-président Mike Pence et du général Mark Milley, le chef de l’état-major de l’armée américaine. «L’Iran a l’air de battre en retraite, ce qui est une bonne chose pour toutes les parties concernées et une très bonne chose pour le monde.»

«Provocation mineure»

Après s’être efforcé de dépeindre les frappes iraniennes en Irak comme une provocation mineure en soulignant qu’elles n’avaient pas fait de victimes, le président des États-Unis a aussi appelé la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la Russie et la Chine à abandonner «les restes» de l’accord nucléaire avec l’Iran. Il a aussi assuré que l’Iran ne pourrait jamais se doter d’une arme nucléaire tant qu’il serait «président». «L’Iran est le principal sponsor du terrorisme et sa volonté de se doter d’armes nucléaires est une menace pour le monde civilisé», a déclaré Donald Trump. «Nous ne laisserons jamais ça se produire.»

Pour Lawrence Brennan, un professeur de droit à l’Université de Fordham et un ancien capitaine de la marine américaine impliqué dans une tentative de libération des otages américains en Iran il y a 40 ans, l’allocution de Donald Trump s’inscrit dans une logique de désescalade. «L’Iran et les États-Unis envoient des signaux qui laissent présumer leur volonté d’éviter une confrontation violente, explique-t-il. Dans ce contexte, la réponse américaine devrait principalement se «limiter» à une pression économique si l’Iran ne frappe pas à nouveau les intérêts américains.»

«Message mesuré»

Jamsheed Choksy, un professeur à l’Université d’Indiana spécialisé sur les questions iraniennes, partage cette analyse. «Le président Trump a envoyé un message mesuré à l’Iran, explique-t-il. Il a prévenu qu’il ne permettrait pas que l’Iran se dote de l’arme nucléaire, mais en même temps il a toujours affirmé sa disposition à dialoguer directement avec l’Iran si toutes les conditions étaient réunies.»

Obsédé par la popularité de Barack Obama aux États-Unis, Donald Trump a accusé son prédécesseur d’avoir indirectement armé Téhéran en concluant un accord nucléaire «imbécile» avec l’Iran. «Les missiles qui ont été tirés sur nous et sur nos alliés la nuit dernière ont été payés avec les fonds qui avaient été rendus accessibles par l’administration précédente», a assuré l’ancienne star de la télé-réalité en faisant référence à l’accord qui avait libéré des fonds pour l’Iran en échange de la décision de Téhéran de geler son programme nucléaire.

Les républicains totalement dévoués à la cause de Donald Trump ont loué mercredi le discours du président. Kevin McCarthy, le leader de la minorité conservatrice à la Chambre des représentants, a comparé sur Twitter Donald Trump à l’ancien président Ronald Reagan et a assuré que les États-Unis allaient obtenir «la paix via la force».

L’opposition démocrate a une nouvelle fois critiqué l’absence d’éléments de preuves avancés par la Maison-Blanche pour justifier l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani la semaine dernière. Elle a aussi répété ses réserves sur la stratégie de Donald Trump. «L’Iran avait commencé ses provocations en réponse à nos sanctions unilatérales», a affirmé aux journalistes le sénateur Chris Murphy avant de préciser à propos des nouvelles sanctions américaines: «Je ne suis pas sûr qu’elles seront efficaces pour désamorcer la crise.»


L’ombre de la guerre s’éloigne

Les Iraniens étaient prévenus, mais la célérité de la riposte les a surpris. Dans la nuit de mardi à mercredi, les Gardiens de la Révolution, en représailles à l’assassinat par les États-Unis du général Qassem Soleimani, ont tiré une douzaine de missiles sur deux bases militaires américaines en Irak.

L’annonce des tirs à la télévision iranienne, sur fond de fanfare militaire, a réveilllé les Iraniens, unis ces derniers jours autour de la dépouille du chef de l’unité d’élite des Gardiens de la Révolution. Des millions de personnes ont assisté à ses obsèques dans la capitale, Téhéran, et dans la ville natale du général, Kerman, partageant le même sentiment d’humiliation après l’assassinat ciblé effectué par un drone américain à l’aéroport de Bagdad.

«Bravo Sépâh!», écrit la journaliste prorégime Atéfé sur son compte Instagram, utilisant le nom persan des Gardiens de la Révolution. «Trump est comme un chien enragé et il fallait le punir», se réjouit-elle.

Pour tous les Iraniens, des plus conservateurs aux plus libéraux, le général Soleimani était perçu comme un héros de la lutte contre Daech en Irak et en Syrie. Et son assassinat est ressenti comme une atteinte à l’honneur national.

Le régime des mollahs a su exploiter cette fibre nationaliste pour ressouder le pays, quelques semaines à peine après le mouvement de protestation de novembre dernier contre la hausse des prix de l’essence, qui avait fait plusieurs centaines de morts.

«C’est le plus beau jour de ma vie!» s’exclame Fatémé, une femme au foyer. «On se venge de la mort du général Soleimani. Que le monde sache que l’Iran ne se laissera pas dominer par les États-Unis.» Ali, un jeune étudiant, s’en prend au président américain: «M. Trump! Vos jours sont comptés!» Pourtant, Reza, un marchand de tapis, souligne qu’une guerre d’usure entre Téhéran et Washington nuira aux Iraniens. «Pourquoi déclencher un conflit? On n’en a pas déjà assez?» demande-t-il d’un ton nerveux.

Quelques heures après les tirs, le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, les qualifiait de «gifle en pleine face» des Américains. Mais le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a aussitôt calmé le jeu, estimant que son pays avait «mené à son terme des mesures proportionnées de légitime défense». Pour un analyste iranien proche des milieux du pouvoir, «tout se passe comme si Zarif déclarait: «On est quitte! Passons à la table des négociations.»

Inquiets, nombre d’Iraniens ont passé une nuit blanche, dans l’attente d’éventuelles nouvelles représailles américaines. À moitié rassurés par le ton mesuré de Donald Trump mercredi. «Les Iraniens sont soulagés car un conflit semble évité pour l’instant», ajoute le même analyste. «Ils se sont sentis humiliés par la mort du général, mais le spectre d’une guerre leur fait peur.» Kianoush Amiri, Téhéran

Créé: 08.01.2020, 23h02

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