«Obama n'a rien changé»

Sur la route de la Maison-BlancheHermie&Pete sont à Chicago, sur les terres du président Obama.

Garry Rosenber, professeur de sciences politiques à Chicago

Garry Rosenber, professeur de sciences politiques à Chicago Image: PR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Avec ses quatre-vingt sept Prix Nobel, dont Barack Obama, l’Université de Chicago figure au top 3 des meilleures institutions américaines. Innovatrice et progressiste, elle abrite aussi un nid de « liberals », autrement dit de professeurs et d’étudiants de gauche, à l’aile gauche du parti démocrate. Gerry Rosenberg, professeur de sciences politiques, chemise décontractée, barbe un rien hirsute, en fait partie. Et il ne le cache pas. Pourtant, il ne votera pas pour Obama ce 6 novembre 2012. Il préfère donner sa voix à un sombre écologiste. « C’est un luxe, je le reconnais. Je m’offre un vote de protestation car je sais que de toute façon dans l’état de l’Illinois, Mitt Romney n’a aucune chance de passer », explique le professeur.

Pour rappel, chaque état dispose d’un certain nombre de voix en fonction de sa population. Et le candidat qui emporte la majorité des délégués de son parti dans un état emporte l’ensemble des voix de l’état. C’est le principe du « winner gets all » si cher à l’Amérique ou du gagnant remporte tout. Par son vote Gerry Rosenberg a voulu marquer son mécontentement face à Barack Obama. Que le président, enfant chéri de Chicago, ait enseigné dans la même faculté de l’Université de Chicago de Chicago que lui ne change rien. « Je vous avoue que je voyais même d’un mauvais œil qu’un sénateur vienne donner des cours à l’Université ». Et aujourd’hui, il n’est pas tendre avec le bilan Obama : En matière de relations entre blacks et blancs, rien n’a changé, affirme-t-il. « Ce n’est pas parce qu’il est noir qu’un président peut changer le droit pénal, pas plus que cela ne lui donne davantage de moyens pour imposer une assurance maladie pour les plus démunis, à commencer par les noirs. L’élection d’un black à la présidence relève principalement du symbole ».

Sans le dire aussi clairement, Rosenberg fait partie de cette gauche américaine qui estime qu’Obama a raté des occasions d’imposer le changement ; que finalement il a suivi la même politique que Bush en matière de politique étrangère ; qu’il n’est pas allé assez loin sur l’assurance maladie ; et que l’économie qu’il prétendait vouloir redresser se trouve, quatre ans après son arrivée au pouvoir, dans un état déplorable ». Une raison de voter pour Mitt Romney ? « Jamais », assène le politologue. Rien que l’idée lui donne des sueurs froides.

Ce spécialiste des droits civils américains qui ont marqué en 1964 la fin formelle de la ségrégation raciale, estime que les inégalités restent patentes entre noirs et blancs. « L’Amérique n’a toujours pas réussi à dépasser son histoire esclavagiste ». Il y a des indices qui ne trompent pas selon lui. Ainsi, à Chicago, 40% des enfants en âge de scolarité son blancs mais seuls 9% vont à l’école publique ». Lui-même reconnaît faire partie du problème puisqu’il a placé ses enfants dans une école privée : « je ne supporte pas l’idée qu’ils passent dans un détecteur de métaux pour aller au cours ». La loi et en particulier l’égalité consacrée par les droits civils a fait une grande différence. Mais la loi ne change pas l’état d’esprit d’un peuple, relève Rosenberg. Elle ne peut modifier que le comportement d’individus, ce qui à son tour peut finalement entraîner un changement de mentalité. Mais tout cela prend beaucoup de temps, précise Gerry Rosenberg. De tous les présidents démocrates élus depuis 1933 ( Roosevelt, Truman, Kennedy, Johnson, Carter, Clinton et Obama), seul Lyndon Johnson aurait été élu avec le seul vote des blancs. On constate donc que même s’ils ne représentent que 12% de la population, les Blacks ont un rôle électoral décisif, en particulier dans les swing states, ces états indécis qui vont faire pencher la balance le 6 novembre. Bien que sensiblement plus nombreux, les Hispaniques ont un poids électoral moins important car bon nombre d’entre eux n’ont pas le droit de vote et/ou sont relégués dans les catégories sociales les plus défavorisées, ce qui rend leur passage aux urnes moins probable.

Traditionnellement, le vote des Noirs va au candidat démocrate. Le 6 novembre, il ira donc naturellement à Barack Obama. Mais pour le président, la couleur de peau ne constitue pas un avantage électoral, relève Gerry Rosenberg. Car s’il fait plein de voix auprès des « siens », il risque de perdre quelques voix chez les indécis qui ne veulent toujours pas d’un président noir. Reste à savoir, s’interroge le politologue, si être noir est un plus gros handicap dans ce pays que d’être mormon comme Mitt Romney »

Interview de Gerry Rosenberg, spécialiste des questions de droits civils à l’Université de Chicago (en français) (TDG)

Créé: 24.10.2012, 10h16

Pour retrouver Hermie&Pete, c'est ici
Une idée de sujet, un contact à leur transmettre? C'est par-là: Link

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Genève: les polices municipales pourraient disparaître
Plus...