L’offensive de Trump contre Maduro passe par Genève

Crise au VenezuelaLe Conseil des droits de l’homme de l’ONU, qui ouvre ses travaux ce lundi, est incité à mettre la pression sur Caracas.

Des partisans de Juan Guaidó exhortent Nicolás Maduro à laisser rentrer l’aide humanitaire dans le pays, samedi à Caracas.

Des partisans de Juan Guaidó exhortent Nicolás Maduro à laisser rentrer l’aide humanitaire dans le pays, samedi à Caracas. Image: Carlos Garcia Rawlins/Reuters

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La crise vénézuélienne va se transporter à Genève. Malgré leur retrait du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, méprisé par Donald Trump et son administration, les États-Unis manœuvrent en coulisses pour peser sur le déroulement des travaux de la 40e session, qui s’ouvre ce lundi à Genève. Dans leur collimateur: Nicolás Maduro, résolument accroché à son siège. Pendant quatre semaines, l’ombre de Washington va planer sur le Palais des Nations. En lien avec l’administration américaine, deux pays, l’Australie et le Royaume-Uni, vont notamment essayer de faire adopter une résolution pour dénoncer ce qui se passe au Venezuela et renforcer la légitimité du président autoproclamé Juan Guaidó.


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Les chavistes craignent que la Maison-Blanche ne pousse cette initiative pour pouvoir justifier encore un peu plus une intervention militaire. Après les événements de ce week-end, l’ambiance risque d’être tendue. D’autant que l’administration Trump a une revanche à prendre. À New York, elle a essuyé un cuisant revers. L’Accreditation Committee a, en effet, opposé une fin de non-recevoir à Juan Guaidó, qui avait demandé à l’ONU d’accréditer un de ses diplomates au Conseil des droits de l’homme. Les deux tiers des membres de l’Accreditation Committee ont refusé. En poste depuis 2013, Jorge Valero, 72 ans, va continuer à représenter la République bolivarienne du Venezuela auprès des Nations Unies et de ses agences.

Bras de fer diplomatique

Genève va être le théâtre d’un bras de fer diplomatique dès ce lundi, mais aussi mardi, avec la venue et l’intervention de Jorge Arreaza, le ministre des Affaires étrangères du Venezuela. Les ambassadeurs des pays de l’Union européenne, également pressés par Washington de reconnaître Juan Guaidó comme seul président légitime du Venezuela, ont prévu de quitter la salle pendant son intervention et de revenir aussitôt après. Voilà pour l’ambiance. Maduro est cependant persuadé de trouver, comme à New York, des alliés pour dénoncer les manœuvres américaines visant à étrangler économiquement son pays.

Sur le papier, le rapport de force lui paraît néanmoins défavorable. La composition actuelle du Conseil des droits de l’homme, qui compte 47 membres, ne joue pas en sa faveur. La Russie, soutien de Caracas, n’y siège pas comme membre en ce moment, et la présence de Cuba constitue un maigre réconfort. Elle permettra au Venezuela de s’y sentir moins seul mais pas d’y renverser la tendance. Car même si elle y siège, la Chine pourrait se borner à apporter un soutien prudent à Nicolás Maduro. La bataille se jouera donc en coulisses et du côté de la société civile, plus ou moins instrumentalisée par chaque camp. À l’image de Jean Ziegler, l’un des rares à monter au créneau pour défendre le régime Maduro, quelques ONG acquises à la cause bolivarienne devraient ainsi donner de la voix pendant cette session pour soutenir le successeur d’Hugo Chávez. Mais celle-ci risque d’être vite couverte par la bronca d’autres organisations de défense des droits de l’homme qui ne vont pas manquer de dénoncer la mort de deux manifestants samedi à la frontière avec le Brésil. Mercredi dernier, Amnesty International a déjà donné le ton en fustigeant «l’ignoble stratégie» des autorités, qui s’en prennent «à celles et ceux qui réclament un changement […] en les tuant, en les arrêtant et en les menaçant».

L’ombre de l’Iran

Genève va offrir une formidable caisse de résonance aux anti-Maduro. Un ancien ambassadeur vénézuélien aux Nations Unies, Diego Arria, a été invité par les organisateurs du Geneva Summit for Human Rights and Democracy, qui se tient mardi en marge du Conseil des droits de l’homme. Proche d’Israël, l’ONG UN Watch, à l’origine de cette conférence, a déjà pointé du doigt par le passé la proximité du régime chaviste avec le Hezbollah libanais, soutenu par l’Iran. Une proximité également mise en avant par le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, pour agiter la menace d’une intervention. «Les Iraniens ont un impact sur les populations du Venezuela et de l’Amérique du Sud. Nous avons l’obligation de réduire ce risque pour l’Amérique», a-t-il déclaré dernièrement, avant d’affirmer ce dimanche que «les jours de Maduro étaient comptés».


«L’attitude du Conseil fédéral est une honte»

Ancien rapporteur spécial au droit à l’alimentation, Jean Ziegler a bien connu Hugo Chávez et son successeur Nicolás Maduro. Une fois encore, le sociologue suisse prend des positions qui vont à contre-courant. Interview.

Continuez-vous à défendre Nicolás Maduro malgré ce qui se passe au Venezuela
D’abord, j’ai envie de vous dire: à qui la faute? En août 2017, Donald Trump a imposé un blocus pour mettre le pays à genoux. La suite a un arrière-goût de déjà-vu. La stratégie américaine de sabotage économique qui se met en place est exactement la même que celle appliquée contre le Chili en 1973. Avant la chute de Salvador Allende et l’accession du général Pinochet au pouvoir, il y a eu une déstabilisation du pays organisée par la CIA. Henry Kissinger et Richard Nixon avaient échafaudé un plan pour enterrer la démocratie chilienne et mettre la main sur les mines de cuivre du pays. Aujourd’hui, c’est Donald Trump qui est à la manœuvre avec John Bolton. Ils veulent liquider la révolution bolivarienne, qui a arraché 9 millions de Vénézuéliens à la misère, pour mettre la main sur les réserves de pétrole du pays.

N’êtes-vous pas en train de reprendre au mot près les arguments opposés par Nicolás Maduro à ses détracteurs?
Le droit international joue en faveur de Nicolás Maduro. Son élection en mai 2018 a été validée par les Nations Unies, qui avaient déployé des observateurs. Je reste persuadé que le Venezuela révolutionnaire socialiste survivra. L’opinion publique mondiale n’accepte pas ce qui est en train de se passer. Il y a une mobilisation de la rue et des réseaux sociaux malgré une campagne de diffamation d’une ampleur incroyable dans la presse occidentale, menée avec la complicité des laquais de l’Union européenne.

Et les positions prises par la Suisse ne vous plaisent pas, semble-t-il…
L’attitude du Conseil fédéral dans cette affaire est une honte. Berne a suivi le mouvement sans broncher quand les États-Unis ont appelé au blocus. Nous sommes un pays libre et indépendant, or le Conseil fédéral se comporte comme un laquais. L’ambassadeur suisse Bénédict de Cerjat, chef de la division Amériques du Département fédéral des affaires étrangères, s’est même fendu d’un tweet pour reconnaître le président autoproclamé Juan Guaidó. A.J.

Créé: 25.02.2019, 06h59

La tension est montée d’un cran

Samedi, des heurts entre forces de l’ordre et manifestants ont fait deux morts et plusieurs dizaines de blessés à Santa Elena de Uairén, côté vénézuélien, à 20 km de la frontière avec le Brésil. D’autres camions chargés d’aide humanitaire ont été brûlés près de la frontière colombienne. Le pouvoir chaviste refuse toujours l’entrée sur son territoire de l’aide humanitaire envoyée par les États-Unis. Juan Guaidó, reconnu comme président par intérim par une cinquantaine de pays, a demandé à ses partisans de battre en retraite. Des militaires ont commencé à faire défection, tandis que la pression de la communauté internationale s’accentue. A.J.

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