L’Amérique se déchire sur l’armement de ses profs

Tuerie de masse Alors que le collège de Parkland rouvre ses portes après le massacre du 14 février, le débat sur le droit d’armer les enseignants fait rage.

Un instructeur explique à une enseignante comment tenir son arme.

Un instructeur explique à une enseignante comment tenir son arme. Image: AFP

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Giuliana Matamoros est une jeune survivante de la fusillade de Parkland qui a fait 17 morts, le 14 février dernier dans ce collège de Floride. Elle retourne à l’école ce mercredi avec un peu d’appréhension. «D’un côté, j’ai besoin d’étudier, mais de l’autre je ne me sens pas en sécurité», explique la collégienne de 16 ans dont la meilleure amie a été grièvement blessée il y a 2 semaines.

Pour garantir la sécurité des établissements scolaires, Donald Trump ne cesse de réclamer que certains enseignants puissent donner leurs cours armés. «Une zone sans armes pour un tueur ou quelqu’un qui veut devenir un tueur, c’est comme aller chercher une glace», a assuré le président, le 22 février à la Maison-Blanche, lors d’une réunion sur la sécurité dans les écoles.

Pour Giuliana Matamoros, cette idée est «complètement stupide: on ne règle pas le problème des armes dans les écoles en y introduisant plus d’armes», glisse-t-elle. Rick Scott, le gouverneur républicain de Floride est aussi opposé à la proposition de Donald Trump. En revanche, le président a obtenu le soutien de sa fille Ivanka, ce week-end, ainsi que de la National Rifle Association (NRA), le puissant lobby pro-armes aux États-Unis.

Expérience texane

Le rêve du président est déjà une réalité au Texas, où 172 districts scolaires sur les 1200 de l’État autorisent des profs armés. Lors d’une visite à la Maison-Blanche lundi, Greg Abbott, le gouverneur républicain du Texas, a défendu son approche face aux vives critiques de son collègue démocrate de l’État du Washington, Jay Inslee. «C’est un programme bien pensé et qui implique beaucoup de formation (ndlr: des professeurs)», s’est justifié Greg Abbott.

Clay Robinson, le porte-parole de l’Association des enseignants texans, rejette cet argument. «Nous avons un gouverneur qui veut encore plus armer les enseignants que Donald Trump», affirme-t-il. «Ça ne règle rien. Au contraire ça contribue à la hausse des ventes dermes». Clay Robinson mentionne le risque de bavures et l’impossibilité des enseignants de rivaliser avec un tireur muni d’un fusil d’assaut. «Dans la plupart des fusillades, le tireur souffre de problèmes psychiques et se fiche bien de mourir», poursuit-il.

Marie Dubois, une maîtresse dans une école primaire new-yorkaise, est totalement opposée à l’idée pour des raisons de sécurité de ses élèves. La plupart des enseignants ainsi qu’une majorité d’Américains partagent son avis. Dans ce contexte, Kasey Hansen, une enseignante de l’Utah, a défrayé la chronique ces derniers jours aux États-Unis en affirmant qu’elle donnait ses cours en étant armée. Une démarche qu’elle justifie en mentionnant les 20 élèves tués dans la fusillade de l’école de Sandy Hook en 2012. «Ils n’avaient pas de moyen de se défendre et la seule chose qu’ils pouvaient faire était d’espérer que le sale type ne ferait pas irruption dans leur classe», a-t-elle déclaré à la chaîne conservatrice Fox News la semaine dernière. L’Utah autorise les gens munis d’un permis à venir dans les écoles de l’État avec une arme dissimulée. L’État de l’ouest des Etats-Unis ne possède en revanche pas de statistiques sur le nombre d’enseignants armés, car ces derniers ne sont pas obligés de déclarer aux autorités s’ils sont armés dans les établissements scolaires.

Cours de formation

Dans l’Ohio, le shérif Richard Jones a affirmé cette semaine que des centaines d’enseignants s’étaient inscrits à des cours de formation aux armes à feu que ses agents offraient. Et Patrick Neville, leader de la minorité républicaine au parlement du Colorado et survivant de la fusillade dans le collège de Columbine en 1999, a été invité par Donald Trump à la Maison-Blanche la semaine dernière. «Nous devons trouver un moyen pour permettre aux gens bien de défendre nos étudiants», a-t-il martelé. «Nous ne pouvons pas laisser les criminels penser que ce sera une cible facile».

(TDG)

Créé: 28.02.2018, 07h10

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