«Je dois laver mon honneur, je me battrai»

Affaire Carlos GhosnDepuis Beyrouth, l’ex-dirigeant de Renault-Nissan a démonté une à une les accusations dont il fait l’objet au Japon et en France, s’affichant déterminé à prouver son innocence.

Durant sa conférence de presse, Carlos Ghosn s’est montré autant persuasif que théâtral.

Durant sa conférence de presse, Carlos Ghosn s’est montré autant persuasif que théâtral. Image: AP / Maya Alleruzzo

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Malgré les embouteillages et sous une pluie battante, Carlos Ghosn est arrivé avec dix minutes d’avance dans la salle destinée à accueillir sa première conférence de presse, à l’Ordre de la presse de Beyrouth. À ses côtés, son épouse Carole, Anne Méaux, chargée de sa communication depuis janvier 2019, et un garde du corps qui sera vite prié de rester dans un coin de la salle. Trois de ses avocats sont aussi présents, au premier rang.


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Dans la pièce, plus d’une centaine de journalistes venus du monde entier attendent les révélations de l’ex-dirigeant de l’Alliance Renault-Nissan. Après un bref préambule trilingue, Carlos Ghosn s’est lancé en anglais dans un exercice de communication impressionnant, une heure durant, debout sur une estrade, avant de se prêter au jeu des questions-réponses qui fusaient de toutes parts, à l’exception de celles relatives à son évasion pour le moins rocambolesque du Japon.

Convaincu qu’il allait mourir au Japon

Combatif et souvent théâtral dans son exposé, le capitaine d’industrie a choisi de se concentrer point par point sur les raisons de son arrestation par les autorités nippones et les faits qui lui sont reprochés, tant au Japon qu’en France. «Convaincu qu’[il] allait mourir au Japon», l’homme de 65 ans a déclaré ne pas avoir eu «d’autre choix» que de fuir l’île nippone, où il était «présumé coupable» et retenu en «otage» sans avoir aucune chance de se défendre, a-t-il dit.

L’ancien PDG a redit, micro en main, qu’il avait «échappé à l’injustice et à la persécution» et qu’il pourrait enfin «blanchir son nom». «Désormais, je peux parler de faits et donner des éléments de preuve, pour faire émerger la vérité. Je suis innocent, je peux le prouver, j’ai beaucoup de documents», assène-t-il plus tard, alors que des pièces des dossiers relatifs à Nissan, de ses rémunérations au sein du groupe ou justifiant la location du château de Versailles pour sa soirée d’anniversaire défilent sur le mur derrière lui.

Lors de ce grand oral dans lequel il s’est montré très à l’aise, Carlos Ghosn n’a pas mâché ses mots à l’encontre du système judiciaire japonais et des complicités au sein de Nissan dont le procureur nippon aurait bénéficié, selon lui.

«Mes avocats ont lutté sans cesse contre le système inhumain, dépassé, de la justice japonaise», martèle-t-il. Un système qui ne lui a pas donné la possibilité de se défendre, mais qui «visait à le prouver coupable».

Confronté à des individus revanchards

«Au cours des 14 derniers mois, j'ai dû me battre quotidiennement et faire face à des individus revanchards de Nissan, soutenus par le procureur de Tokyo […] alors qu’il s’apprêtait à organiser une fusion entre le constructeur japonais et Renault.» Il cite d’ailleurs le nom de quelques-unes des personnes impliquées – dont celui du PDG de Nissan, Hiroto Saikawa – qui ont comploté contre lui au sein de Nissan.

Selon lui, son arrestation a desservi en premier l’alliance franco-nippone: «La valorisation de Nissan depuis mon arrestation a baissé de plus de 10 milliards de dollars. Ce n’est pas mieux pour Renault, parce que la valorisation de Renault a baissé, depuis mon arrestation, de plus de 5 milliards d’euros, ce qui signifie 20 millions d’euros par jour», martèle-t-il.

Revenant sur le report de treize mois de son procès prévu au Pays du Soleil levant, le Franco-Libano-Brésilien a estimé qu’il s’agissait «simplement de laisser plus de temps à l’enquête et essayer de rassembler des preuves inexistantes».

Pour lui, qui n’a cessé de clamer son innocence durant toute la conférence de presse, les accusations de malversations financières sont «sans fondements».

«Il n’y a absolument rien de secret!»

L’ancien capitaine d’industrie a aussi abordé le sujet de ses propriétés à Beyrouth, à Rio et en France, montrant du doigt un document projeté derrière lui, prouvant que ces propriétés appartiennent à Nissan et sont bel et bien mises à la disposition du PDG. «Tant que le PDG génère de la valeur pour le groupe et reste en activité, il a le droit de les utiliser. Il n’y a absolument rien de secret!», soutient-il.

Évoquant son choix de se réfugier au Liban, pays qui n’a pas d’accord d’extradition avec le Japon, l’ex-dirigeant s’est dit «prêt à ce que le procès ait lieu n’importe où, tant qu’[il a] la garantie qu’il sera équitable».

Créé: 08.01.2020, 22h26

Récapitulatif: les dernières révélations

Fuite du Japon

Mercredi, face aux journalistes qui ont tenté à plusieurs reprises de lui soutirer des détails supplémentaires, Carlos Ghosn s’est montré inflexible. «Je ne veux pas donner de détails sur ma fuite du Japon afin de protéger les gens qui m’ont aidé.» Ces derniers jours, de nouvelles révélations ont toutefois confirmé l’hypothèse d’une opération minutieusement orchestrée. Parmi elles a filtré le nom des deux personnes à l’avoir accompagné durant une partie de son périple. Il s’agit de George Antoine Zayek et Michael Taylor, deux professionnels de la sécurité. Officiellement, ils étaient seuls à bord du jet ayant décollé du Japon. Pour éviter les contrôles et embarquer discrètement, l’entrepreneur se serait dissimulé dans une malle pour instrument à musique. C’est à partir d’Istanbul que les détails manquent. Seule certitude, sa présence n’est toujours pas signalée dans le registre de vol du second jet (pour Beyrouth). Quant aux deux barbouzes, ils sont arrivés à Beyrouth plus tard dans la journée, via un vol commercial.

Documents Carlos Ghosn l’a promis. Il est prêt à fournir tous les documents nécessaires pour prouver son innocence. Durant sa conférence de presse, s’il en déjà a présentés certains, d’autres devraient émerger. «Lorsque j’étais bloqué au Japon, beaucoup ont préféré se taire. Désormais, ces gens sont libres de s’exprimer et devraient fournir des preuves supplémentaires afin que la vérité soit rétablie.» Dans les premiers documents présentés mardi et qui seront analysés dans les jours à venir, Carlos Ghosn a non seulement contesté les chefs d’accusation établis à son encontre par les autorités japonaises, mais aussi déclaré n’avoir jamais démissionné de son poste de président de Renault-Nissan. «C'est une forfaiture de dire que j’ai démissionné», a-t-il réagi en confirmant qu’il compte bien «faire respecter ses droits» à l’encontre des deux sociétés.

Fiat-Chrysler Les négociations autour d’une alliance avec le groupe italo-américain étaient bien avancées, selon Carlos Ghosn. «En 2017, j’ai commencé à discuter avec John Elkann (ndlr: propriétaire et patron du constructeur italo-américain) d’une potentielle arrivée de Fiat Chrysler dans le groupe», a-t-il déclaré en assurant que les négociations étaient sur la bonne voie. «Mais j’ai été arrêté quelques jours avant de pouvoir conclure l’affaire», regrette-t-il. Pour mémoire, Fiat Chrysler a finalement fusionné avec PSA quelques jours avant Noël.

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