Facebook au cœur d’une nouvelle tempête

Réseaux sociaux Une enquête publiée par le «New York Times», mercredi, révèle que le réseau social a échangé les données de millions de ses utilisateurs avec d’autres géants technologiques.

Quelques mois après son audition à Washington, Mark Zuckerberg à nouveau sous les projecteurs.

Quelques mois après son audition à Washington, Mark Zuckerberg à nouveau sous les projecteurs. Image: REUTERS

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Facebook a enregistré un double coup dur mercredi. Le «New York Times» a révélé au terme d’une longue enquête que le réseau social avait partagé les données personnelles de ses utilisateurs avec certains de ses partenaires dont Netflix, Apple, Yahoo et Microsoft. Dans la foulée, le procureur général du district de Columbia (Washington) a annoncé des poursuites contre Facebook dans le cadre du scandale Cambridge Analytica. Le réseau social est accusé de n’avoir pas protégé les informations personnelles de dizaines de millions d’usagers. Cette absence de protection a permis à la société britannique, qui a collaboré avec la campagne de Donald Trump en 2016, de se procurer de précieuses informations sur les internautes américains.

«Facebook n’a pas réussi à protéger la vie privée de ses utilisateurs et les a trompés sur l’identité de ceux qui avaient accès à leurs données et sur la manière dont elles étaient utilisées», a déclaré Karl Racine, le procureur du district de Columbia, dans un communiqué. «La plainte déposée aujourd’hui (ndlr: mercredi) a pour but que Facebook remplisse sa promesse de protéger ses utilisateurs.»

Décret contourné

Cette plainte a été déposée quelques heures à peine après les révélations du «New York Times». Le quotidien a affirmé que Facebook aurait communiqué à quelque 150 groupes des données privées sous prétexte qu’ils étaient des partenaires commerciaux. Cette démarche placée aurait permis à Facebook de contourner un décret de la Federal Trade Commission (FTC, la commission fédérale qui régule la concurrence aux États-Unis) lui interdisant de transférer les données personnelles de ses 2,2 milliards d’utilisateurs sans l’autorisation de ces derniers.

«Cela donne à des tierces parties la permission de moissonner des données sans que vous en soyez informés ou que vous donniez votre consentement», a déclaré au «New York Times» David Vladeck, l’ancien responsable du bureau de protection des consommateurs au sein de la FTC. «C’est très troublant», réagit pour sa part Pam Dixon, la directrice du World Privacy Forum dans l’Oregon. «Cela montre que le scandale de Cambridge Analytica n’était pas une affaire isolée. Cette affaire n’est pas seulement une question de vie privée. Elle est importante pour notre démocratie. J’ai de nombreuses questions à propos de l’accès que Facebook a donné aux Russes.»

Selon le «New York Times», Facebook avait qualifié le moteur de rechercher russe Yandex de «partenaire d’intégration». Ce label a permis au réseau social de poursuivre son partage de données avec le groupe russe, accusé par les services secrets ukrainiens de partager ses données avec le Kremlin. En 2017, Yandex avait encore accès aux noms d’utilisateurs de Facebook alors que le réseau social avait arrêté de les partager avec d’autres applications pour protéger les données personnelles. Toujours selon cette enquête, les partenariats connus par Facebook ont permis à Amazon d’obtenir des noms et des contacts d’utilisateurs via des amis de ceux-ci. Et Yahoo! a pu visionner les données publiées sur les pages Facebook.

Moins protégés qu’en Europe

«Il n’y a aucun doute dans mon esprit que les internautes américains sont moins protégés que les Européens surtout depuis l’entrée en vigueur de la réglementation générale sur la protection des données dans l’Union européenne en mai dernier», poursuit Pam Dixon. «Les États-Unis n’ont pas de loi fédérale sur la protection des données personnelles, seulement un patchwork de lois fédérales et étatiques qui couvrent partiellement cette question. Comme l’a démontré le scandale de Cambridge Analytica cette année, le partage des données représente un risque pour notre démocratie. Et je pars du principe que les parlementaires américains se mettront d’accord dans les deux prochaines années pour voter une loi permettant de protéger les données des internautes américains.»

Appel au Congrès

Plusieurs élus américains ont réagi, mercredi, à l’enquête du «New York Times» et à la plainte du district de Columbia. Le sénateur démocrate Richard Blumenthal, qui avait déposé en avril un projet de loi pour protéger les données personnelles des Américains au moment du scandale de Cambridge Analytica, a demandé que le Congrès agisse «promptement et avec détermination» en 2019 contre les «utilisations abusives des informations sur les consommateurs». «Ouvrir le courrier de quelqu’un d’autre est un crime fédéral», a pour sa part martelé sur Twitter le sénateur démocrate Ed Markey, le cosponsor du projet de loi sur la protection des données au Congrès. «Pourquoi Facebook a-t-il autorisé Netflix et Spotify à ouvrir vos messages? Mark Zuckerberg pense peut-être que ce ne sont que des «données», mais il s’agit de la vie privée des gens. Nous avons besoin d’une loi pour protéger les informations des Américains.»

Créé: 20.12.2018, 07h08

L'avocat Sébastien Fanti

«Il faut exiger l’accès à vos données»

De quelles armes dispose un utilisateur de Facebook contre l’exploitation de ses données personnelles? Selon l’avocat Sébastien Fanti, préposé à la protection des données dans le canton du Valais, il y a certes un sentiment d’impuissance souvent partagé face aux géants du web, mais il y a pourtant des actions à entreprendre contre les sociétés sans éthique. «Tirer la prise Facebook? La tendance existe, mais ce n’est pas forcément une solution très pratique, lorsque ce réseau s’est installé dans votre vie», dit Sébastien Fanti. «Mais chaque citoyen devrait au moins faire deux choses: primo, demander à Facebook l’accès à ses données personnelles.

Quand vous faites cette démarche, vous commencez par prendre conscience de tout ce que le réseau social sait de vous. Et là, il faut être prêt à avoir peur! Deuxièmement, j’encourage chaque Suisse à écrire au préposé fédéral à la protection des données pour qu’il émette une recommandation sur les pratiques d’usage abusif des données personnelles: saisi de nombreuses plaintes, il pourra agir avec force.»

Un ado au-dessus des lois

Selon l’avocat, la nouvelle loi fédérale sur la protection des données, actuellement en débat au parlement, devrait apporter des améliorations, notamment parce qu’il sera plus facile d’engager des procédures légales contre des firmes à l’avenir et que celles-ci pourraient être obligées d’avoir une représentation en Suisse.

Cela dit, c’est surtout la nouvelle réglementation européenne qui va mettre la pression sur les GAFA, souligne l’expert. «Et concernant Facebook en particulier, je pense que c’est d’abord le marché, aux États-Unis, qui va y mettre bon ordre. Mark Zuckerberg est un adolescent qui se croit au-dessus des lois et accumule les erreurs dommageables à l’image de l’entreprise. Les actionnaires ne vont pas supporter cela encore longtemps. À terme, il est fort probable que le fusible Zuckerberg saute.»

Cathy Macherel

Articles en relation

Les temps changent pour Facebook

L’éditorial Plus...

Poursuites judiciaires lancées contre Facebook

Etats-Unis Le procureur de la capitale fédérale américaine a lancé des poursuites contre Facebook, selon un communiqué mercredi. Plus...

Nos données Facebook font la joie des criminels

Consommation Malgré les nouvelles règles, la vente de données et le ciblage publicitaire restent d’actualité et débouchent même sur des arnaques. Plus...

Facebook a «trahi la confiance» des Européens

Scandale Cambridge Analytica Les eurodéputés ont voté jeudi une résolution, qui charge Facebook, accusé d'avoir «trahi la confiance» des Européens. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Les grands partis désemparés
Plus...