«El Chapo» écrit le dernier épisode de sa saga criminelle

Mexique - États-UnisLe verdict du jugement de l'ex-patron du cartel de Sinaloa, le plus puissant du monde, sera prononcé ce 17 juillet 2019.

Joaquín Guzmán, 61 ans, était le baron de la drogue le plus puissant de la planète jusqu’à son ultime arrestation en janvier 2016.

Joaquín Guzmán, 61 ans, était le baron de la drogue le plus puissant de la planète jusqu’à son ultime arrestation en janvier 2016. Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le procès aura duré quatre mois, du 5 novembre 2018 au 13 février 2018, et il s'est tenu sous haute sécurité, à New York. Joaquín Guzmán, alias «El Chapo» («Le Trapu»), 61 ans, n'attend plus que le verdict du tribunal de Brooklyn, prévu ce mercredi, et qui mettra un terme à une carrière pour le moins remarquée: trente ans d’activité dans le narcotrafic, avec quelques breaks en prison, jusqu’à son ultime arrestation en janvier 2016.

Dans les années 2000, le boss du cartel de Sinaloa, au Mexique, est devenu le baron de la drogue le plus puissant de la planète. Expert en tunnels transfrontaliers, doté de toutes sortes de moyens de transport, y compris des avions et des sous-marins, son cartel a exporté depuis la Colombie et via le Mexique des substances illicites dans le monde entier. Rien que sur le marché étasunien, cela représente un profit d’au moins 14 milliards de dollars, selon l’acte d’accusation.

Ce dernier, tout comme le procès qui a fait la place aux règlements de comptes, a révélé au grand jour la puissance de cette multinationale du crime. Ce mégaprocès a résumé à lui seul les années d’ultraviolence que traverse le Mexique, devenu un narco-État. Entre autres charges, «El Chapo» a dû répondre aux actions de ses «sicarios», auteurs de centaines d’assassinats, meurtres, kidnappings, agressions et actes de torture. Depuis 2006, on estime que 200 000 personnes sont mortes au Mexique à cause de la guerre des cartels et des actions de l’armée et de la police, elles-mêmes très largement infiltrées par les organisations criminelles.

Le procès a aussi révélé des détails sanglants qui en disent long sur la personnalité d'«El Chapo». L'un des ses hommes de main a raconté par exemple comment son patron avait, un jour, exécuté le membre d'un cartel rival après deux séances d'interrogatoire. Avant de le questionner une dernière fois, Guzmán l'avait laissé trois jours attaché dans une sorte de poulailler. Avant cela, il avait été brûlé avec un fer à repasser et un allume-cigare.

Joaquín Guzmán, dit «El Chapo», est capturé une ultime fois par les forces spéciales mexicaines en janvier 2016. Photo: Keystone

Signe de la stature du personnage – en dépit de sa petite taille (1,68 m) –, la procédure l’amenant à répondre de ses actes a été entourée d’innombrables précautions: les membres du jury sont restés anonymes. Par peur qu’ils ne se fassent éliminer, tous ceux qui ont osé témoigner à charge bénéficient d’une protection absolue. Un témoin a d'ailleurs raconté avoir échappé à trois tentatives d'assassinat par les membres du cartel.

Une légende

Bien qu’emprisonné et en mauvaise santé, «El Jefe», comme on l’appelle aussi, continue d’entretenir la légende. Au Mexique, ce fils de cultivateur, qui a fait fortune grâce à ses activités criminelles telle une revanche sur le destin, a aussi ses supporters. Malgré une récompense offerte par les États-Unis de 5 millions de dollars pour sa capture, l’homme gère ses activités sans être inquiété durant treize ans, entre 2001 et 2014. Dans l’État du Sinaloa, où «El Chapo» savait aussi aider les modestes, des citoyens ont manifesté banderole à la main contre son extradition vers les États-Unis et réclamé sa libération. «Il a toujours combattu pour une vie meilleure, déjà enfant», confiait en mai 2018, au magazine «Time», sa mère, âgée de 88 ans, convaincue que son fils serait bientôt libéré.

En 2015, alors en cavale, il avait donné une interview à l'acteur américain Sean Penn. Photo: AFP

Évasions rocambolesques

S’il a été jugé aux États-Unis, c’est que le Mexique, État failli, l’a laissé s’échapper par deux fois d’une prison de haute sécurité. Cela aussi fait sa légende. En 2001, le bonhomme s’évade une première fois, caché dans un panier à linge sale ou vêtu d’un costume de policier, dit l’une ou l’autre version du récit populaire, en tous les cas grâce à la corruption des gardiens. Rebelote en juillet 2015, lorsqu’il s’évade en toute tranquillité de la prison fédérale de l’Altiplano, chevauchant une moto sur rail, via un tunnel de 1,5 km de long creusé par ses hommes. La signature d’un baron omnipotent qui a acheté le pays jusqu’au plus haut niveau de l’État.

«Le jour où je n'existerai plus, le trafic de drogue ne va pas diminuer pour autant»

Joaquín Guzmán, dit «El Chapo»

Tout aussi improbable est l’interview qu’il donne à l’acteur américain Sean Penn, quelques mois après cette évasion, alors qu’il est encore en cavale: «C’est vrai que la drogue détruit. Mais ici, il n’y avait aucun moyen de survivre autrement. Je ne suis pas responsable de la dépendance des gens. Le jour où je n’existerai plus, le trafic de drogue ne va pas diminuer pour autant», confie-t-il devant la caméra, dans un décor qui ressemble à une cour de ferme, alors que des coqs crient à tue-tête. On raconte que cet entretien aurait causé sa perte.

Sur Netflix et Amazon

Le mythe pourrait bien perdurer grâce… aux produits dérivés. Sean Penn a fait de sa rencontre avec Guzmán un documentaire inachevé, mais c’est surtout Netflix qui, avec sa série du même nom, va vendre «El Chapo» à l’échelle planétaire, comme le cartel de Sinaloa écoule sur un marché plus globalisé que jamais méthamphétamine et autres substances. Depuis sa prison de Manhattan, le narcotrafiquant, en bon businessman, a même tenté de réclamer des droits d’auteur à Netflix pour l’utilisation de son image. Sur Amazon sont proposés des t-shirts, des casquettes et des tasses à son effigie…

On dit d’«El Chapo» qu’il a connu des centaines de femmes, des prostituées mais aussi des politiciennes en vue ou des actrices. Il a fait enlever sa seconde femme, Estela Peña, après qu’elle avait refusé ses avances. DR

Quant au cartel de Sinaloa, même sans son petit boss aux yeux sombres, il ne se porte pas trop mal. Après l’extradition d’«El Chapo», en janvier 2017, trois clans se sont violemment affrontés pour prendre le contrôle de l’organisation. Malgré ces guerres intestines, le cartel demeure géré par plusieurs membres de la famille, ainsi que par Ismael Zambada García, d’ailleurs visé par l’acte d’accusation de la procédure américaine, mais resté intouchable jusqu’ici. Selon la DEA, l’administration américaine de contrôle des drogues, le chiffre d’affaires de l’organisation est estimé à 3 milliards de dollars par an.

Créé: 16.07.2019, 17h49

Articles en relation

El Chapo: le parquet réclame la prison à vie

Etats-Unis Le parquet a demandé la réclusion à perpétuité contre le narcotrafiquant El Chapo, reconnu coupable en février. Plus...

«El Chapo» pourrait se faire saisir une fortune

Procès Un procureur américain a demandé à saisir environ 12,5 milliards de dollars de biens du narcotrafiquant mexicain. Plus...

Deux fils d'«El Chapo» inculpés aux Etats-Unis

Trafic de drogue Deux fils du narcotrafiquant récemment jugé à New York ont été inculpés jeudi de trafic de drogue. Ils se trouvent sur le sol mexicain. Plus...

L’interview par Sean Penn de l’évadé «El Chapo» n'en finit pas de faire polémique

Mexique L’entretien du baron de la drogue fait grincer des dents dans l’un des pays les plus dangereux au monde pour les journalistes. Plus...

L’évasion d’«El Chapo» est un affront

Mexique La «belle» du «Chapo» est entrée dans la légende, tandis que Peña Nieto, le président, affronte la crise depuis la France. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Genève éteint ses lumières le 26 septembre
Plus...