Avec l’éviction de Lula, tout devient possible pour l’extrême droite

BrésilLula sera très prochainement incarcéré. Affliction à gauche, alors qu’à droite on reprend espoir pour la présidentielle.

Un supporter de Lula brandit une affiche en attendant le résultat des délibérations de la Cour suprême, qui a rejeté jeudi la demande d’habeas corpus de l’ex-président.

Un supporter de Lula brandit une affiche en attendant le résultat des délibérations de la Cour suprême, qui a rejeté jeudi la demande d’habeas corpus de l’ex-président. Image: Ueslei Marcelino/REUTERS

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Les mines fermées, les militants du mouvement des petits producteurs ruraux mangent en silence dans leurs locaux à Rio de Janeiro ce jeudi 5 avril. «Tout le monde est très pessimiste», dit Camille, qui a accepté de parler alors que ses collègues «n’ont pas le cœur à ça». «Il faut nous comprendre, Lula représentait l’espoir du retour au pouvoir du peuple, l’amélioration de nos conditions de vie. En lui retirant sa candidature, ils retirent aussi ce projet. C’est pour cela que nous sommes si tristes. Et surtout, on a ce sentiment énorme d’impuissance, on ne sait pas quoi faire», explique cette jeune femme, qui vend à Rio de Janeiro les produits des paysans des États les plus pauvres du pays.

Avec Lula, c’était aussi la première fois que les mouvements sociaux étaient reçus au palais présidentiel de Brasília. Certains, autour de la table, ont été conviés en réunion là-bas. «C’était à des années-lumière, on dirait! Maintenant, notre pays est vraiment entre les mains des putschistes, même le judiciaire nous a trahis!» s’emporte Beto, leur responsable à Rio.

La gauche a toujours considéré que la destitution de Dilma Rousseff, en 2016, avait été «un coup d’État parlementaire» pour mettre un terme aux treize ans de pouvoir de la gauche. Et que l’incarcération de l’ancien président Lula fait partie de ce même projet d’éviction. Mais ces militants plaçaient encore un espoir en la Cour suprême. De fait, le vote des onze juges a été très serré – six contre cinq –, montrant le visage d’une cour aussi divisée que l’est la société brésilienne. Tandis que la gauche pleurait parfois à chaudes larmes, toute la droite a bruyamment fêté mercredi soir la décision de justice: pétards et casseroles tapées sur les balcons ont résonné dans les beaux quartiers.

«Le Trump tropical»

La victoire n’est pas seulement judiciaire, elle est aussi politique. Une élection présidentielle sans Lula, cela change désormais complètement la donne. Si l’ancien syndicaliste était assuré de l’emporter haut la main, la consigne de vote qu’il donnera ne sera pas forcément respectée. Et la droite et l’extrême droite ont repris espoir dès la confirmation de l’incarcération.

Le challenger le plus sérieux de l’ancien président Lula était le député Jair Bolsonaro, que la presse internationale a vite surnommé «le Trump tropical». La comparaison avec le président américain s’explique par son soutien au port légal d’armes mais aussi par les commentaires sexistes, racistes et homophobes pour lesquels le député a déjà été condamné. «Pour moi, Bolsonaro est bien pire que Trump, qui n’aurait jamais dit à une députée «qu’elle ne méritait même pas d’être violée», ou encore qu’il faudrait «légaliser la torture dans les commissariats». Bolsonaro est dans une surenchère médiatique, bien sûr, mais il prône aussi la violence», considère le politologue Mauricio Santoro.

Lula avait 20 points d’avance sur Bolsonaro dans les sondages, mais ce dernier en a 10 sur les autres candidats. C’est la première fois que le Brésil a un candidat qui se dit d’extrême droite et assure avec succès que «le retour des militaires au pouvoir serait une excellente nouvelle» dans un pays qui a vécu trente ans de dictature. Les spécialistes sont divisés sur l’impact qu’aura sur sa candidature l’absence de Lula. Si beaucoup redoutent qu’«un boulevard lui soit désormais ouvert», d’autres pensent que sans Lula, le discours de Bolsonaro contre la corruption perd beaucoup de force.

«En réalité, la campagne que mènera Bolsonaro est une grande inconnue. Jusqu’à présent, il a fait une campagne très réussie sur les médias sociaux avec plus de 5 millions d’abonnés. Il a un discours qui fonctionne très bien contre les politiques, «tous pourris, tous corrompus». Mais ensuite, dans le cadre d’un débat, il se révèle très mal à l’aise et bien moins convaincant», analyse la sociologue Esther Solano, spécialiste des partis politiques à l’Université fédérale de São Paulo. Reste que sans Lula, l’élection de Bolsonaro fait désormais partie du domaine des possibles. Une option qui fait trembler les sympathisants des mouvements sociaux, pour qui Bolsonaro propose «la prison ou la mort».

Créé: 05.04.2018, 21h51

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