Près de 200 000 Californiens ont dû quitter leurs maisons pour échapper aux flammes

États-UnisDes incendies ont détruit plusieurs dizaines de milliers d’hectares dans la région de Los Angeles et au nord de San Francisco. Reportage dans le comté viticole de Sonoma.

Un pompier observe le «Kincade Fire» dont les flammes rougissent l’horizon au loin. L’incendie sévit depuis déjà une semaine.

Un pompier observe le «Kincade Fire» dont les flammes rougissent l’horizon au loin. L’incendie sévit depuis déjà une semaine. Image: AFP

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Les informations de la chaîne locale Kron-4 passent en boucle les mêmes images: des pompiers luttant contre les gigantesques flammes de l’incendie Kincade Fire. Des scènes presque apocalyptiques, que Daryl fixe, le regard un peu vide. «Je n’arrive pas à décrocher mon regard de la télévision, déplore ce professeur de 47 ans. Je veux m’assurer que les flammes ne s’approchent pas de ma maison.» Évacué de la ville de Windsor dans la nuit de samedi à dimanche avec sa femme, ses deux enfants et leur chien, il a trouvé refuge à 30 kilomètres de là, dans un centre d’hébergement d’urgence de Petaluma. Toute la journée, il scrute les informations sur le seul poste de télévision allumé en continu. Il tremble en buvant de petites gorgées de café et ses yeux sont embués. Pour l’instant, sa maison est à l’abri des flammes. Il vient tout juste de finir de la reconstruire. Elle avait été dévorée par les flammes dans les incendies de 2017, parmi les pires que la Californie ait connus. «C’est comme un cauchemar que je revis, encore et encore. Combien d’incendies allons-nous encore vivre?»

Mercredi, le Kincade Fire avait déjà ravagé 30 000 hectares et détruit 60 habitations dans le comté de Sonoma, près de San Francisco. L’incendie sévit depuis une semaine et a été accentué par de forts vents le week-end dernier. Les autorités ont alors ordonné une évacuation historique: 180 000 personnes ont été sommées de quitter leur domicile. Parmi elles, Carola, une quadragénaire qui vient de reprendre ses études. Elle a quitté son logement de location de Larkfield. «Contrairement à la dernière fois, on a été prévenus à l’avance. Comme j’ai déjà vécu la même chose il y a deux ans, j’avais une valise prête dans ma chambre, avec des vêtements, mes papiers et des chargeurs. Par contre, je suis partie avec des chaussures à talon. Mais ils m’ont donné des baskets ici! On est bien mieux préparés que la dernière fois. Mais c’est dur de voir les choses sous cet angle: si on est rodés, ça veut aussi dire que progressivement on s’habitue.»

Ce mercredi matin, les quelque 150 occupants du centre d’hébergement retrouvent un peu d’espace. Jusqu’à la veille, le centre était au maximum de sa capacité d’accueil. Aux habitants de la région de Santa Rosa, évacués en urgence, s’étaient ajoutés quelques résidents de la ville de Petaluma, pourtant épargnée par les flammes. Les résidents venaient profiter des douches et du chauffage fournis par les générateurs, car ils étaient privés d’électricité depuis quatre jours. Une mesure préventive de la compagnie Pacific Gas Electric, tenue pour responsable de plusieurs incendies, dont le Kincade Fire. Il aurait été déclenché par une branche d’arbre tombée sur une ligne électrique.

Depuis le week-end dernier, les habitants du comté de Sonoma vivent au ralenti. Ils sont habitués aux coupures d’électricité récurrentes, mais n’ont jamais vécu un black-out aussi long. Mercredi, à travers toute la Californie, un million de personnes restaient toujours privées d’électricité. Les stations d’essence ont été prises d’assaut dimanche, la plupart des magasins restent fermés et les feux de signalisation comme les distributeurs ne fonctionnent plus. Louis, résident de Forest Knolls, dans le comté voisin, est excédé: «On vit dans une région extrêmement riche. À 40 km d’ici se trouvent des entreprises parmi les plus puissantes du monde et on en est réduit à vivre comme ça? À devoir passer nos journées à partir à la chasse à l’essence et à faire des stocks de glace? C’est incroyable. Notre civilisation est en train de s’effondrer sous nos yeux.»

À Petaluma, l’électricité est revenue mardi soir. Les résidents ont pu rejoindre leurs foyers. Mais la compagnie Pacific Gas Electric avertit d’ores et déjà ses consommateurs de profiter du retour de l’électricité pour recharger les batteries et se préparer à la prochaine coupure. Carola espère que l’électricité tiendra au moins vingt-quatre heures. Elle aimerait bien aller jouer au bowling, avec d’autres personnes du centre d’urgence. «Au moins, ça nous donne un sens de la communauté», dit-elle. Les autorités estiment qu’il faudra encore plusieurs semaines pour venir à bout du Kincade Fire, et dans de nombreuses zones les risques de nouveaux incendies restent élevés.

Créé: 30.10.2019, 22h20

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