Le tueur de Halle avait prévu un massacre comme ceux d’Utøya ou de Christchurch

Stephan Balliet s’est inspiré des méthodes et de l’idéologie du Norvégien Breivik et de l’Australien Tarrant pour son attentat manqué.

Recueillement jeudi devant la synagogue de Halle, où un Allemand de 27 ans a tué deux personnes et en a blessé deux autres la veille.

Recueillement jeudi devant la synagogue de Halle, où un Allemand de 27 ans a tué deux personnes et en a blessé deux autres la veille. Image: AP

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L’Allemagne s’est réveillée au lendemain de l’attentat de Halle avec le sentiment d’un lourd échec dans la lutte contre l’antisémitisme. «Ce qui s’est passé mercredi à Halle est une honte pour notre pays au regard de notre histoire», a déclaré Horst Seehofer, le ministre de l’Intérieur, effondré par cet acte terroriste d’extrême droite qui a fait deux morts et deux blessés.

Selon les premiers éléments de l’enquête, le terroriste était déterminé à tuer le maximum de monde dans la communauté juive. «Il voulait provoquer un bain de sang», a confirmé le procureur de la République. La communauté juive de Halle, qui fêtait Yom Kippour, a eu «beaucoup de chance», a souligné Josef Schuster, le président du Conseil central des juifs d’Allemagne. «Si la porte avait cédé, nous aurions vécu un massacre sans précédent», a-t-il déclaré.

L’AfD «coresponsable»

Si l’on peut dire que l’attentat a été manqué, malgré deux morts, le choc est néanmoins énorme en Allemagne. «Celui qui tire sur une synagogue tire sur nous tous», a déclaré Robert Habeck, le leader de l’opposition écologiste. «Nous avions juré: plus jamais ça. Nous ne voulons plus jamais de cela», a répété Horst Seehofer, qui a fustigé le discours de «certains membres» du parti d’extrême droite AfD (Alternative pour l’Allemagne), au parlement depuis 2017. «Ceux qui utilisent une rhétorique nationale-socialiste dans nos parlements sont moralement coresponsables. Ils attisent la haine», a-t-il dénoncé.

Dans son «manifeste», le terroriste décrit minutieusement la préparation de son acte en se donnant pour mission de tuer un «maximum de juifs». Il décrit également son intention d’éliminer des musulmans et des militants de gauche, ce qui explique qu’il se soit attaqué à un kebab. Blessé dans un échange de tirs avec la police, il est actuellement hospitalisé dans la région.

Une chose est sûre: Stephan Balliet, un Allemand âgé de 27 ans, s’est clairement inspiré des méthodes et de l’idéologie du Norvégien Anders Behring Breivik, auteur du massacre d’Oslo et de l’île d’Utøya en 2011 (77 morts), et de l’Australien Brenton Tarrant, auteur de la tuerie de Christchurch dans deux mosquées en mars dernier (51 morts). Matthias Quent, spécialiste de l’extrême droite et directeur de l’Institut pour la démocratie de Jena, y voit un «phénomène international». Comme Brenton Tarrant, il a filmé l’attaque «en direct» avec une caméra embarquée sur son casque en s’exprimant en anglais pour atteindre un maximum de monde. La vidéo de trente-cinq minutes saisie par la police a pu être visionnée par 2000 personnes sur internet.

Comme d’autres terroristes isolés, Stephan Balliet s’est vraisemblablement radicalisé sur internet. Inconnu des services de police, son père l’a décrit comme un «cavalier seul» toujours assis devant son ordinateur. «Il n’a jamais été en phase avec lui-même ni avec le monde qui l’entoure», a-t-il expliqué au journal «Bild». Il avait peu d’amis et passait le plus clair de son temps sur le darknet, ce réseau internet anonyme utilisé par le crime organisé pour des activités commerciales illégales, où il s’est procuré des armes en pièces détachées, dont certaines en impression 3D.

Surveillance promise

Pour les Allemands, cet attentat constitue une césure dans l’histoire de la République fédérale alors que les infractions et délits antisémites ont encore progressé de 20% en 2018. «Une nouvelle étape dans la violence a été franchie», estime l’expert Matthias Quent, qui s’inquiète d’une menace d’extrême droite qui a «énormément augmenté ces dernières années». «Le nombre d’armes saisies dans les milieux d’extrême droite est devenu alarmant», a constaté le Ministère de l’intérieur, qui a promis de surveiller ces réseaux de la même manière que les islamistes. Actuellement, la police judiciaire fédérale allemande (BKA) n’a fiché qu’une quarantaine de néonazis présentant un danger pour la sécurité de l’État (fichés S), contre plus de 700 islamistes. La violence d’extrême droite a pourtant fait beaucoup plus de victimes que l’islamisme, près de 200 morts depuis 1990.

Créé: 10.10.2019, 21h40

La Suisse débloque de l’argent

C’est un hasard du calendrier. Le jour même où l’attentat terroriste a frappé la ville de Halle, le Conseil fédéral a débloqué un demi-million de francs pour protéger en Suisse les minorités menacées par le terrorisme ou l’extrémisme violent. La mesure vise particulièrement à sécuriser les synagogues et les mosquées.
À quoi servira l’argent? Principalement à financer des clôtures, des murs, des caméras de surveillance ou des systèmes d’alarme. On a vu à Halle que la protection de l’entrée de la synagogue et la solidité de la porte avaient joué un rôle crucial et sans doute épargné des dizaines de vie. Ce qui n’avait pas été le cas lors
de l’attentat terroriste dans une mosquée de Christchurch, en Nouvelle-Zélande.

Herbert Winter, le président de la Fédération suisse des communautés israélites, se réjouit de ce nouveau financement. «Mais ce premier pas ne résout ni la problématique sécuritaire ni celle des coûts importants qui en résultent pour la communauté juive», déplore-t-il. Il attend rapidement une aide conséquente de la Confédération et des cantons.

L’argent, débloqué dès le 1er novembre, ne pourra pas être utilisé pour payer des agents de sécurité aux abords des lieux de culte. Il manque une base légale pour cela. En revanche, les 500 000 francs pourront servir au financement de la formation de membres des minorités dans les domaines de la gestion des risques et
de la prévention des menaces.

À noter que les minorités menacées ne sont pas que religieuses. La Confédération peut aider d’autres groupes ciblés pour leurs traditions, leur langue ou leur orientation sexuelle.
Arthur Grosjean

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