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À Tripoli, la trêve entre milices est une illusion

Les violences ont fait une soixantaine de morts au début du mois. Reportage dans une capitale qui retient son souffle.

De la fumée s'élève au-dessus de Tripoli lors des combats entre milices fin août.
De la fumée s'élève au-dessus de Tripoli lors des combats entre milices fin août.
Reuters

De la mer vient comme une tempête de vent qui soulève du sable, des déchets, des bouteilles en plastique et de la poussière. Un vent sale qui humilie une ville fantôme. Tripoli ressemble à une cinecittà à l’abandon. Les quelques magasins n’ouvrent qu’à moitié leurs volets dans des rues désertes. Les affrontements entre milices ont débuté fin août avant qu’une trêve intervienne le 4 septembre sous médiation de l’ONU. Mais tout indique qu’elle ne marque qu’une pause en attendant de nouveaux combats.

Pendant cinq jours, les vols à destination de Tripoli ont été déroutés vers Misrata, la deuxième ville de Tripolitaine. En y atterrissant, on découvre une autre Libye. Dans le hall de l’aéroport rénové avec le soutien du gouvernement turc, des scouts en uniforme portant un foulard accueillent les centaines de passagers. Eau, jus de fruits et desserts pour tous, alors que la protection civile et les compagnies aériennes organisent des navettes vers la capitale.

Sur la route de Misrata à Tripoli, les checkpoints sont inévitables. Des contrôles plus ou moins précis, en fonction de la milice et de la ville que l’on traverse. Mais ce trajet révèle une grande différence avec la situation dans la capitale, une différence qui explique en partie la dernière vague de violences déclenchée le 27 août par la «Septième Brigade» de Tarhouna, une ville à 60 km au sud-est de Tripoli.

Citoyens ou miliciens

Dans toutes les villes petites ou moyennes, les milices sont essentiellement des citoyens: des hommes en armes qui défendent leur propre communauté. À Tripoli, ces groupes sont surtout des bandes armées nées suite à la révolution de 2011. Les milliers d’armes en circulation après la chute de Kadhafi ont permis la création de milices dont les chefs gagnent de l’argent ou propagent une croyance religieuse, sans parler des groupes terroristes comme Ansar Al Sharia ou l’organisation État islamique qui, pour le moment, font profil bas.

Dans cette période de confusion, personne dans la capitale ne parle librement. Un député accepte de le faire sous couvert d’anonymat: «Ce qui s’est passé depuis des mois, c’est que les principales milices de Tripoli avaient pris trop de pouvoir. Elles étranglaient le premier ministre pour obtenir des millions et des millions de dinars.» Dans ces conditions, Fayez el-Sarraj, ce même premier ministre, était incapable de gouverner ne fût-ce que Tripoli. Le récent soulèvement a été déclenché par d’autres milices «provinciales» qui protestaient contre cette «corruption». Mais elles aussi souhaiteraient avoir leur part du gâteau dans le budget de l’État libyen.

Mystérieux missile

Dans le hall central de l’hôtel Waddan, il n’y a pas trace du missile qui a explosé au quatrième étage il y a quelques jours. Tout le monde pense que le projectile était dirigé contre l’ambassade italienne rattachée au complexe hôtelier, séparée seulement par une petite route. Après la révolution, les diplomates italiens ont dormi durant plusieurs mois au Waddan, traversant la route pour travailler. «Il n’y a pas que le maréchal Haftar (l’homme fort de l’est de la Libye et rival du gouvernement de Tripoli, ndlr) qui aurait voulu lancer ce missile», dit un expert italien de la sécurité, «il y a aussi des milices qui défient le premier ministre Serraj, comme s’il était responsable de tous les problèmes d’un gouvernement incapable d’agir.» Il y a donc des groupes armés qui voient l’Italie comme trop encline à défendre un système et un président qui n’offrent pas de réponses à la population.

À quelques dizaines de mètres du Waddan et de l’ambassade se trouve un complexe super-blindé entouré de blocs de béton armé. C’est l’une des bases de la «Brigade des révolutionnaires de Tripoli», la milice de Hajtam Tajuri. Ce capitaine de la police est l’un des seigneurs locaux qui ont fait du chantage au premier ministre. Quand un soir ce dernier a reporté un rendez-vous avec Tajuri, le capitaine a ordonné le lendemain à ses hommes de se présenter devant le palais de Serraj, d’en ôter les portes et de les emmener après avoir chassé la faible garde officielle que personne désormais ne respecte plus.

À Tripoli, les milices pullulent. Au sud de la ville, on s’observe à bonne distance entre les checkpoints ennemis. Les bâtiments sont noircis et éventrés par des impacts d’obus tirés sans aucun égard pour les civils. Le cessez-le-feu résiste donc pour l’heure, mais il est très faible. Sur internet, la «Septième Brigade», celle qui a déclenché les derniers affrontements, a publié un avertissement: «D’autres milices nous ont attaqués après la trêve, nous avons dû répondre à ces agressions indiscriminées.» À l’ambassade d’Italie, les réunions s’enchaînent: si la trêve saute, elle devra être totalement évacuée.

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