«Mon peuple meurt, Shell doit nettoyer sa pollution»

JusticeUn roi tribal du Nigeria a fait le voyage jusqu’à Londres pour défier le géant pétrolier devant la Haute Cour

Venu défier Shell, le roi Okpabi ne passait pas inaperçu,
ce mardi à Londres, à la Haute Cour britannique.

Venu défier Shell, le roi Okpabi ne passait pas inaperçu, ce mardi à Londres, à la Haute Cour britannique. Image: AFP

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«Si j’ouvre cette bouteille, toute la pièce va sentir le pétrole. Cette eau, mon peuple la boit!» Coiffé d’un haut-de-forme et arborant un imposant collier orange sur sa longue tunique traditionnelle, le roi Okpabi de la communauté Ogale ne passait pas inaperçu, ce mardi à Londres, à la Haute Cour britannique. Il s’y tient trois jours d’audience pour étudier deux plaintes déposées par de simples Nigérians contre le géant anglo-néerlandais Shell.

Spécialiste des recours collectifs, le cabinet Leigh Day représente 40 000 agriculteurs et pêcheurs de la communauté Ogale et 2335 pêcheurs du royaume Bille, tous victimes de la pollution dans le Delta du Niger et réclamant de la compagnie anglo-néerlandaise qu’elle nettoie et réhabilite enfin la région, souillée par les fuites d’oléoducs qui ont détruit les terres et pollué les étangs.

«Les gens de ma communauté sont frappés par des maladies étranges. Certains souffrent de maladies de la peau ou d’infertilité. D’autres meurent subitement. J’ai les moyens d’acheter de l’eau minérale, mais pas pour tout le monde!» lance le chef tribal Emere Godwin Bebe Okpabi, qui met tout son espoir dans la justice britannique.

Le géant Royal Dutch Shell estime que la cour britannique devrait laisser la justice nigériane se pencher sur ces plaintes, qui concernent en premier chef la filiale Shell Petroleum Development Company of Nigeria (SPDC). Mais pour le roi venu de l’Ogoniland, «Shell, c’est le Nigeria, autant que le Nigeria, c’est Shell. Jamais vous n’allez gagner devant un tribunal nigérian. Le système judiciaire est miné par la corruption.»

Or, un rapport alarmant a été publié en 2011 déjà par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), suite à une enquête en profondeur sur les ravages causés par la pollution dans le Delta du Niger. Pour réparer les dégâts, estime l’ONU, il faudra lancer l’opération de nettoyage la plus vaste jamais entreprise au monde, sur une durée de vingt-cinq à trente ans. Une responsabilité que Shell refuse d’endosser.

Le géant affirme que les principales fuites d’oléoducs sont le fruit de vols de pétrole ou de sabotages. Le raffinage illégal est également cause de pollution. Quant à la filiale SPDC, elle indique fournir de l’eau et des soins aux communautés et soutenir un programme gouvernemental de nettoyage. Trop peu et trop lentement, estime le roi Okpabi.

A La Haye, aux Pays-Bas, le géant pétrolier affronte une affaire similaire dès jeudi. Quatre agriculteurs nigérians et l’organisation Friends of the Earth ont en effet gagné leur appel contre un jugement de 2015 qui était largement favorable au groupe Royal Dutch Shell. Les plaignants ont acquis le droit de poursuivre en justice la compagnie aux Pays-Bas.

Après des décennies d’exploitation pétrolière dans le Delta du Niger, la firme anglo-néerlandaise voit les procès se multiplier. L’an dernier à Londres, au terme d’une bataille juridique de trois ans, Shell a accepté de verser, en guise de compensation, plus de 55 millions de livres sterling (69 millions de francs) à 15 600 pêcheurs de la communauté Bodo défendus par le même cabinet Leigh Day. Du jamais vu.

Créé: 23.11.2016, 08h25

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