«Mon rôle est d’imposer le débat sur la cause LGBT dans la campagne électorale»

Présidentielle tunisienneLa candidature de Mounir Baatour, avocat ouvertement gay, pour succéder à Béji Caïd Essebsi a été rejetée ce mercredi alors qu’il nous accordait un entretien.

Mounir Baatour a cofondé l’association tunisienne de défense des personnes LGBT Shams. Il a été condamné à 3 mois de prison en 2013 en raison de son homosexualité.

Mounir Baatour a cofondé l’association tunisienne de défense des personnes LGBT Shams. Il a été condamné à 3 mois de prison en 2013 en raison de son homosexualité. Image: AP PHOTO/HASSENE DRIDI

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Le dépôt de sa candidature était inédit dans le monde arabo-musulman. Son invalidation mercredi par l’Instance supérieure des élections tunisiennes (Isie) n’est malheureusement pas une surprise. Mounir Baatour, avocat à la Cour de cassation et président du Parti libéral (PLT), n’accédera pas à la fonction suprême. En tout cas pas pour l’instant. Même si le cofondateur d’une association pour la défense de la cause LGBT a la ferme intention de déposer un recours et d’aller «jusqu’au bout», comme il l’a promis lors de l’interview qu’il nous a accordée une heure avant l’annonce de la décision de l’Isie.

Condamné à 3 mois de prison en 2013 en vertu de l’article 230 du Code pénal, qui criminalise l’homosexualité, et ardent défenseur des droits de l’homme, ce juriste de 48 ans devait recueillir 10 000 signatures pour se présenter à la présidentielle. Pari tenu. Il en a même récolté le double. Mais ça n’a pas suffi à convaincre les autorités conservatrices. Face aux poids lourds de la politique tunisienne, les islamistes d’Ennahdha, Nidaa Tounes, le parti de l’ancien président, ou ses héritiers, Mounir Baatour avait certes peu de chance d’être élu. Reste que sa candidature et la polémique qu’elle a suscitée en Tunisie ont permis de donner une visibilité aux difficultés rencontrées par la communauté LGBT de ce pays. Entretien.

Votre candidature à la présidentielle est-elle le prolongement de votre combat pour la cause LGBT?

C’est avant tout celle d’un homme qui fait de la politique depuis des années au sein du Parti libéral. Nous avons tout un programme économique et social pour la Tunisie, et il englobe bien évidemment la défense des minorités, celle de la communauté LGBT, et l’égalité entre hommes et femmes.

En assumant votre orientation sexuelle, vous faites entrer la sexualité dans le débat politique. C’est une démarche risquée dans le monde musulman?

Je ne fais pas entrer la sexualité dans le débat politique. Je n’ai jamais souhaité médiatiser mon homosexualité, mais je l’assume et j’estime que les questions relevant de la vie privée et du droit à disposer de son corps librement sont des thèmes sociétaux importants qui doivent être débattus lors de tous types d’élections.

Comment votre candidature est-elle perçue?

Les réactions sont mitigées. Il y a des gens très enthousiastes qui m’envoient des messages d’encouragement, et d’autres, dont certains de mes confrères, pour qui c’est une honte. Ils estiment que ma candidature donne une mauvaise image de la Tunisie. En juillet, certains avocats ont d’ailleurs réclamé ma radiation du barreau.

Qui vous soutient?

Ce sont surtout les jeunes de 18 à 30 ans qui aspirent à plus de démocratie. Pour cette génération, ma candidature est très symbolique.

Selon un sondage diffusé par la BBC, la Tunisie est le pays le plus homophobe du Maghreb.

Ce sondage, qui dit que seuls 7% des Tunisiens trouvent que l’homosexualité est acceptable, ne reflète pas la réalité. Dans notre société, le tabou est tel que les gens n’osent pas donner leur avis. Ils se prononcent contre pour ne pas être catalogués. Ou, pire, être taxés de gays. Reste que l’homophobie est très ancrée dans notre pays. Cela s’explique par la misogynie et le machisme ambiants. L’homosexuel donne une mauvaise image de la masculinité et de la virilité chevaleresque arabo-musulmane.

La condition des homosexuels a-t-elle progressé depuis la révolution de 2011?

Oui et non. Nous avons pu par exemple créer l’association de défense des droits LGBT Shams, qui est reconnue par l’État. Mais avec l’arrivée des islamistes au pouvoir, les persécutions ont aussi fortement augmenté. Le nombre d’agressions, d’arrestations et de viols a fait exploser les demandes d’asile vers l’Europe.

Vous exigez l’abrogation de l’article 230 du Code pénal. Qu’en est-il des autres partis?

Le parti Machrou Tounes de Mohsen Marzouk s’est prononcé en faveur de la dépénalisation de l’homosexualité. Mais à ce stade, les autres candidats restent muets, ils préfèrent éviter le sujet. Personnellement, j’estime que mon rôle est d’imposer ce débat dans la campagne électorale.

Le porte-parole de Shams a été agressé à Paris la semaine dernière. Est-ce en lien avec votre candidature?

Je ne crois pas, il s’agit d’une agression homophobe. Nidal Belarbi est réfugié politique en France depuis un an suite à sa condamnation à 3 mois de prison en Tunisie pour homosexualité dans des conditions extrêmement difficiles. L’homme qui l’a agressé à Paris l’avait déjà attaqué en Tunisie il y a six ans. C’est un Tunisien homophobe qui, comme tant d’autres, se soulage en frappant un gay.

Créé: 14.08.2019, 21h07

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